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Hervé de Charette défend une finance islamique pour tous

Finance islamique. On le sait, la France veut combler son retard sur la Grande-Bretagne qui a réussi à faire de Londres la place de la finance islamique en Europe. Car Paris est à la traîne. Jeudi se tenait la quatrième édition du forum français de la finance islamique. Les participants devaient y parler surtout de sukuk, de banques d’investissements et de la stratégie à adopter pour attirer les pétro-dollars en vue de financer l’économie française (infrastructure et PME). Mais, surprise, on y parla aussi banques de détail et donc finance islamique pour les particuliers.

Je t’aime moi non plus

Plombée par les postures idéologiques de quelques décideurs conscients que la finance islamique est un bien pour le pays, mais hostiles de juri à tout ce qui a un rapport de près ou de loin à l’islam, la France ne réussit pas à profiter du potentiel de la finance islamique. Plutôt que de prendre en marche le train de la finance islamique, Paris choisit de rester sur le quai à regarder ses concurrents.

C’est ce qui explique que ces dernières années, les annonces euphoriques ont laissé place à la déception et à un certain pessimisme. Non pas qu’il soit impossible que la finance islamique s’installe un jour en France. Aucun pays au monde ne pourra en faire l’impasse. D’abord parce que les principes qui la fondent sont de nature à favoriser et pérenniser tout un système économique, ensuite parce que l’émergence d’une nouvelle économie liée à ses principes obligera tôt ou tard les pays développés à composer avec.

Le coup de théâtre d’Hervé de Charette

Ce jeudi donc, toute une brochette d’avocats, de notaires, de banquiers, de spécialistes de la finance, discutaient de la stratégie à adopter pour attirer les capitaux des monarchies du pétrole et permettre ainsi à l’économie française de retrouver un second souffle. Avec un marché estimé à quatorze milliards d’euros et un environnement français particulièrement propice à son développement réseau bancaire développé, experts d’envergure internationale, corpus juridique adapté, etc.), la finance islamique est un puissant levier qu’il n’est plus question de bouder. Pour autant, les col-blancs de la finance n’ont d’yeux que pour les banques d’investissements, c’est-à-dire ces établissements bancaires qui ne traitent qu’avec les grandes entreprises, les fonds d’investissement, les Etats. La banque de détail, qui a contrario s’adresse aux particuliers, ne les intéresse pas.

Mais coup de théâtre en pleine conférence, lorsque l’ancien ministre des Affaires étrangères et actuel député du Nouveau Centre, Hervé de Charette déclare sans ambages qu’il n’est plus possible de disjoindre la finance islamique qui s’intéresse aux pétro-dollars de la finance islamique destinée aux particuliers. C’est lorsque fut projetée la diapositive ci-dessous que H. de Charette profita pour rappeler, non sans surprendre, quelques éléments d’analyse du marché.

What if they were muslim ?

Cette diapositive représente une cartographie de l’offre et de l’interdépendance entre d’un coté les différents métiers de la banque (banque d’investissement, banque privée et banque de réseau) et de l’autre la demande de produits liés à l’immobilier ; aussi bien pour les fonds institutionnels que pour les segments de la clientèle grand public, des produits de placement et d’accession à la propriété.

Selon M. de Charette, la finance islamique old school, celle qui ne jurait que par l’argent du Moyen-Orient, doit faire son aggionarmento et accepter ce mouvement inexorable qui la verra passer de la banque d’investissement à la banque de détail. Cette tendance lourde, loin d’être une fatalité, est un atout inespéré que les banques françaises ne peuvent ignorer si elles ne veulent pas être les laisser-pour-compte dans un avenir proche. Ajoutons qu’Arnaud de Bresson, délégué général de Paris Europlace, est intervenu en fin de séance pour dire toute sa volonté de voir en 2011 une année de concrétisation de la finance islamique en France, et de faire un appel du pied particulièrement appuyé et remarqué au représentant, présent dans la salle, de la banque tunisienne Zitouna.

S’il est évidemment trop tôt pour se réjouir de quoi que ce soit, les prises de position de ce jeudi 28 octobre tranchent singulièrement avec la mollesse et le discours convenu auxquels on nous a habitués jusque-là.