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L’UOIF torpille la charte halal du CFCM

Comme toutes les autres organisations censées représenter les musulmans de France, l’Union des organisations islamiques de France (UOIF) n’a jamais réagi aux différents scandales liés au faux halal qui ont émaillé l’actualité de ces derniers mois.

A l’instar du CFCM [1], les problèmes des musulmans ne l’intéressent pas. Pas un seul communiqué de presse, même frileux, pour dire non pas sa consternation ni même sa désapprobation – on n’attend pas autant de cette organisation –, mais son inquiétude face aux révélations médiatiques.

On se tait, on se terre, et on évite tout ce qui pourrait nuire aux intérêts directs de l’organisation et de ses objectifs, même si pendant ce temps les musulmans consomment du porc à leur insu [2]. L’UOIF s’en moque.

Pendant des années, silence radio, silence complice, et voilà qu’en quinze jours trois communiqués tombent. Et même deux en deux jours.

Charte Halal : communiqué de l’UOIF – 2 janvier 2011 [3]
Le projet de Charte « Halal » du CFCM ; Mise au point de l’UOIF – 20 janvier 2011 [4]
L’UOIF ne participera pas à la réunion du Conseil d’Administration du CFCM – 21 janvier 2011 [5]

Le communiqué de presse du 3 janvier précédait une réunion du CFCM, et de toutes ses composantes, dont le RMF, la mosquée de Paris, etc., qui a eu lieu deux jours plus tard et dont l’objet était le projet de charte halal, projet qui peut bon an mal an participer à un assainissement du marché du halal. Ce communiqué sonnait évidemment comme une mise en garde : si vous n’entendez pas nos revendications, si vous ne cédez pas à nos exigences, nous ferons capoter le projet. Trois semaines plus tard, le second communiqué est publié. Coïncidence : il tombe trois jours avant la réunion de dimanche 23 janvier qui devait entériner le projet de charte halal.

Dans ce communiqué, l’UOIF pose des conditions évidemment impossibles à observer :
1- « Le cahier des charges de la norme « Halal » proposé par le CFCM devra obtenir l’approbation de toutes ses composantes avant d’être entériné par ses instances. »
Depuis quand faut-il l’unanimité pour adopter un projet ? L’UOIF, qui aime tant vanter les vertus démocratiques, ignore-t-elle qu’un vote peut être légitime à partir du moment où une majorité émerge ? Si le projet est bon – et au fond c’est ce qui importe –, pourquoi vouloir absolument que tout le monde soit d’accord. Chacun sait très bien que ce projet en lui-même est une gageure. Réussir à faire adopter une charte dans laquelle on aurait mis en avant les exigences du halal (pas de recours à l’assommage, pas de recours à l’abattage mécanique, la nécessité de contrôleurs) serait une avancée formidable. Cela ne résoudrait pas tout, surtout si le texte n’est pas opposable aux organismes de certification, mais les musulmans auraient un texte de référence et un premier jalon capital serait posé. Les consommateurs musulmans ne gagneraient pas la guerre contre le faux halal, mais remporteraient tout de même une belle bataille.

2- « L’examen du dossier de la norme « Halal » doit se faire dans sa globalité en reconsidérant la désignation et la formation des sacrificateurs que seules trois Mosquées sont, à ce jour, habilitées à nommer. »
Cette seconde condition est très maladroite en ce qu’elle dévoile les manœuvres de l’organisation. Depuis quelques années, l’UOIF tente sans succès d’obtenir que la mosquée de Lille, qui lui est affiliée, obtienne comme les mosquées de Paris, d’Évry et de Lyon, la possibilité de délivrer des cartes de sacrificateurs (sur ce point voir Halalisation de la France : Chut Zemmour, pas trop fort [6]). A son grand dam, les autorités françaises refusent d’accéder à sa demande. En posant cette condition, qu’elle sait totalement irrecevable, l’UOIF sait qu’elle torpille le projet de charte halal. Elle le sait d’autant plus qu’il n’est pas du ressort du CFCM et d’aucune de ces composantes de décider ou non qui peut être habilité à délivrer des cartes de sacrificateurs. Donnez-moi l’impossible ou je sabote tout.

3- Le marché du halal en France souffre avant tout de la déficience du contrôle et non de l’absence d’une charte. Aussi, l’UOIF ne peut admettre qu’une charte soit adoptée sans la mise en place de procédures transparentes pour la faire respecter. Une solution globale devra être installée pour réguler ce marché.
A l’UOIF, on ne construit pas un projet d’envergure pas-à-pas. Non, on le veut « global ». Heureusement que l’Union, comme l’appelle les membres historiques, ne gouverne pas la France, sinon aucune loi ne pourrait jamais voir le jour tant la méthode préconisée rendrait impossible toute adoption de textes. L’argument est fallacieux et opportuniste.

Une fois encore, l’UOIF joue perso sans considérer l’intérêt des musulmans, l’intérêt « de la base » comme ils disent. Faute de pouvoir arriver à ses fins, elle pèse de tout son poids pour renforcer son pouvoir de nuisance. Plutôt que d’être pragmatique, surtout en cette période où plusieurs acteurs économiques ont déclaré la guerre au halal, l’UOIF préfère que rien ne se fasse si elle n’obtient pas satisfaction, quitte à ce que les conséquences de cette obstruction soient dommageables aux musulmans. Mais, beaucoup seront à demi-surpris. On se souvient du profil bas adopté par cette organisation lors du débat qui a abouti, en 2004, à l’adoption de la loi contre le hijab. Au lieu de prendre fait et cause pour les jeunes filles voilées, l’UOIF s’est réfugiée dans le silence pour ne pas déplaire aux autorités. Si l’objectif de l’UOIF avait été de torpiller le projet de charte halal dans le but d’éviter que le CFCM ne redore son blason, on aurait pu comprendre, tant cette instance ne représente qu’elle-même. Mais non, ce n’est rien de cela. D’ailleurs, cela n’est pas dans les plans de l’UOIF, vu que l’un de ses objectifs inavoués est précisément d’accéder à la présidence du CFCM (les élections sont prévues en juin prochain [7]). Et pour cela, tous les coups sont permis.

Nasredine, du site Tendances halal, publie ce soir un article sur le sujet : Charte halal : l’UOIF veut sa part du gâteau halal et son « territoire  » dans le projet de Charte « Halal » [8]