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Certification halal : comment Reghalal entretient la confusion

Si l’organisme de certification SFCVH-mosquée de Paris est sous le feu de l’actualité depuis la publication d’un rapport d’analyses du laboratoire Eurofins indiquant que du porc a été trouvé dans des Knacki Herta halal [1], il n’est pas le seul organisme à ne pas employer et envoyer sur site (abattoir, centre d’élaboration des viandes, etc.) ses propres contrôleurs.

L’ACMIF-mosquée d’Evry, plus discrète, n’a aucun contrôleur. Elle fait “confiance” aux industriels qui se réjouissent de ce mode de fonctionnement, puisque là aussi ces derniers ont les mains totalement libres.

Dans un reportage diffusé sur France 24, Adel Gastel, journaliste, interroge Khaled Merroun, recteur de la mosquée d’Évry, sur le statut de ses prétendus contrôleurs. M. Merroun indique qu’il choisit (sic) les contrôleurs – parmi les employés du partenaire industriel -, mais ce n’est jamais l’entreprise qui les lui impose.

Sophisme qui ne résiste pas à la question immédiate du journaliste : “c’est vous qui les payez ?”. Embarras du recteur, mais réponse claire : non, mais il fait confiance à ses partenaires. “C’est une question de moralité et d’honnêteté”, nous dit-il. Et A. Gastel de conclure : il y a donc un risque de conflits d’intérêts. Élémentaire, mon cher Watson !

Comme Quick, Duc ou encore Médina Halal, la marque Reghalal est certifiée par l’ACMIF-mosquée d’Evry ; une certification toute relative puisqu’il n’y a pas de contrôle extérieur et indépendant. Certes, rien ne dit aujourd’hui que certains produits Reghalal contiennent du porc, mais rien ne garantit non plus au consommateur musulman qu’un incident tel celui de l’affaire Herta ne puisse un jour arriver. Les conditions de fabrication des nems Reghalal, par exemple, correspondent peu au prou avec celle des Knacki Herta halal : ces nems sont élaborés sur un site où l’on manipule de la viande porcine sans qu’aucun contrôleur extérieur à l’entreprise, indépendant et surtout salarié par l’organisme de certification ne soit présent sur place. Il serait à cet égard intéressant de procéder à des analyses régulières sur ces produits pour s’assurer qu’elles ne contiennent aucune trace de porc. Car, comme dans le cas d’Herta et la SFCVH-mosquée de Paris, Reghalal et toutes les marques certifiées par l’ACMIF-mosquée d’Evry n’offrent pas tous les gages de traçabilité et de contrôles (indépendant et systématique). Plus grave, elles entretiennent une véritable confusion, comme nous allons tout de suite le constater.

Dans l’image ci-dessous, correspondant à une capture d’écran du site Reghalal.fr, la marque du 1er volailler européen, LDC, s’efforce de rassurer le consommateur : garantie halal, traçabilité 100 % halal, produits contrôlés et carte de… sacrificateurs.

Certification halal : comment Reghalal entretient la confusion
Capture d’écran du site Reghalal.fr [2]

Ce que ne dit pas Reghalal, c’est que :

1- La garantie halal n’est absolument pas assurée par la mosquée d’Evry, qui certes certifie ces produits, mais ne les contrôle pas. Elle délègue le contrôle aux employés de Reghalal dans le cadre du partenariat qui les lie. Comment dans ces conditions affirmer que le contrôle se fait par la mosquée d’Evry, alors qu’il se fait par les salariés de l’entreprise certifiée ? Comment peut-on écrire sur le macaron qui figure sur tous les produits certifiés par la mosquée d’Evry “contrôle de la mosquée”. Cette formulation ne correspond pas à la stricte réalité et elle induit les consommateurs en erreur.

Certification halal : comment Reghalal entretient la confusion
Capture d’écran du site Wassila.fr [3]

2- Un sacrificateur n’est pas un contrôleur. C’est là une nuance capitale et l’un des talons d’Achille de tous ces industriels et des géants de la grande distribution qui redoutent que les consommateurs musulmans puissent se rendre compte qu’une confusion volontaire est entretenue depuis des années. Depuis 1994, parce que Charles Pasqua, alors ministre de l’Intérieur et des Cultes, a décidé arbitrairement que le halal serait la chasse-gardée de trois mosquées, Évry, Paris, Lyon, il n’est pas possible d’avoir le statut de sacrificateur sans avoir au préalable été habilité par l’une de ces trois mosquées. Ce monopole, jalousement gardé par ces mosquées avec l’assentiment appuyé des autorités françaises, notre Président au premier chef, offre aux trois mosquées une légitimité aux yeux des acteurs économiques. Or s’il y a légitimité, ce qui est le cas d’un point de vue légal, elle ne concerne que l’habilitation des sacrificateurs et non pas le contrôle, qui lui dépend d’autres critères. Les mosquées de Paris, d’Évry et de Lyon sont à l’évidence les seules à pouvoir délivrer une carte de sacrificateur à qui en fait la demande, mais ce pouvoir administratif ne fait pas d’elles ni de leur partenaire immédiat (SFCVH ou ACMIF) de facto des organismes de certification et de contrôle.
Pourtant, Reghalal, comme tous les autres, joue de cette confusion : parce que la mosquée d’Evry est administrativement habilitée à délivrer des cartes de sacrificateurs alors elle est aussi un organisme de contrôle. CQFD, circulez, il n’y a rien à voir. Peu importe que l’ACMIF-mosquée d’Evry n’ait aucun contrôleur salarié et indépendant, contrairement à la mosquée de Lyon, d’AVS ou de l’organisme britannique HMC. La posture est insultante, tant elle prend les consommateurs musulmans pour des imbéciles, mais elle est redoutablement efficace, puisque cet enfumage dure depuis des années.

Dans le cas de Reghalal, une circonstance aggravante s’ajoute à tout cela : qui reproche à Reghalal cette façon de faire se voit immédiatement rétorquer que la marque est très sérieuse, d’ailleurs, précise-t-on, elle fait fabriquer ses produits dans la même usine qu’AVS, celle de Celvia. Reghalal veut profiter de l’aura d’AVS sans en assumer les contraintes. Ce qu’on oublie alors de dire, c’est que si cet organisme de certification intervient effectivement dans la même usine, c’est uniquement pour les produits Isla Délice. Les contrôleurs AVS ne supervisent absolument pas les produits Reghalal. Ajoutons que LDC, propriétaire de Reghalal, fait fabriquer ses produits prétendument halal sur plusieurs sites différents et que des ingrédients qui entrent dans la composition de certains produits élaborés sont achetés à des tiers sans que l’on sache vraiment s’ils ont fait l’objet de contrôle rigoureux et sérieux.

Il est aujourd’hui impératif que les consommateurs musulmans fassent pression sur les industriels pour qu’il y ait une totale transparence. Libre ensuite à chacun de consommer ou non des produits certifiés halal, mais non contrôlés. A défaut de garantir un halal véritablement halal, Reghalal, comme Quick, Duc, Medina Halal, etc., auront au moins le mérite de jouer franc-jeu.

Un sacrificateur non musulman pris en flagrant délit

Comme chacun le sait, pour qu’une viande soit halal, il faut entre autres que le sacrificateur soit de confession musulmane (ou par un juif ou un chrétien, de foi, pas de seulement de culture ou d’héritage). Il y a quelques semaines sur le site de Celvia, celui-là même où sont fabriqués entre autres des produits Reghalal et des produits Isla Délice, est survenu un grave incident. En cours d’abattage, un employé non musulman de l’usine a été pris en flagrant délit en train d’abattre de la volaille. Le malheureux, qui ne s’attendait pas à ce qu’on l’interpelle, est intervenu à quelques mètres d’un contrôleur… AVS. Il s’agissait en effet d’une production Isla Délice, contrôlé par plusieurs salariés de cet organisme de certification et de contrôle.

Le geste est si osé que l’on est en droit se demander si ce salarié n’avait pas l’habitude d’agir de la sorte ailleurs, pour Reghalal par exemple, et s’il ne pensait pas être sur une production autre que celle contrôlée par AVS. Il aurait dans ces conditions voulu donner un coup de main, comme il lui arrive naturellement tous les jours de le faire. Bien mal lui en a pris puisque l’incident a provoqué un arrêt immédiat de la production, un refus de la certifier halal et une crise au sein de l’usine. Contacté par nos soins, le directeur du site de Celvia a préféré s’indigner que nous puissions remettre en cause son sérieux et sa bonne moralité. Le plus drôle réside peut-être dans l’éloge qu’il fit de l’organisme AVS…

Vu la gravité des faits, nous aurions préféré qu’il nous explique comment il garantit aux consommateurs musulmans que ce genre de pratiques n’ait jamais lieu lors de productions non contrôlées par un organisme de certification extérieur à l’entreprise. S’il n’y avait eu la vigilance des contrôleurs indépendants sur place, ceux qui supervisaient la production Isla Délice, rien ne dit que ces dindes non halal n’auraient été commercialisées dans les rayons halal de nos magasins. Que chacun prenne bien conscience de la gravité de cet incident : même en présence de l’un des organismes les plus rigoureux, certains s’arrogent le droit d’intervenir comme bon leur semble. Qu’en est-il quand il n’y a aucun contrôleur indépendant ? Rappelons-nous que sur les autres sites de Reghalal, cette vigilance extérieure et indépendante n’est pas de mise… Que chacun en tire les conséquences qui conviennent.

Celvia : 02 97 60 33 88 / 02 97 60 30 80 (fax) – Email [4]