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"Consommer responsable, c’est inculquer des valeurs à la oumma de demain"

Emilie-Nourra, fondatrice et responsable du blog Mamans musulmanes [1], nous offre un article sur la diversification alimentaire des jeunes enfants et plus généralement sur la consommation responsable.

Bon nombre de parents vous le diront. Pour le premier enfant, on a tendance à beaucoup dépenser, beaucoup trop. Il vous faut absolument cette table à langer qui fait aussi baignoire. Il faut un lit à barreaux, une chaine haute, un parc, des biberons (au cas où), une gigoteuse, un tour de lit… La liste est longue. Les professionnels de la puériculture le savent bien. Lorsqu’on attend un bébé, on veut bien l’accueillir, et d’après les codes de la société occidentale, on accueille bien un nouveau né en (sur)consommant. Si je vous parle de tout cela, c’est que je suis passée par là. Bien qu’ayant peu de moyens pour mon premier enfant, j’avais peur qu’il manque de quelque chose et j’ai donc acheté énormément d’objets inutiles, ou on me les a offerts. J’en ai eu plus ou moins l’utilité sur le moment, mais j’aurais pu faire sans. C’est ce que j’ai fait pour d’ailleurs pour mon bébé suivant. On estime le budget à plus de 800 euros pour un premier nouveau-né (uniquement pour le mobilier). Est-ce bien raisonnable ? Ce phénomène ne touche pas que le matériel de puériculture, il concerne également l’alimentation du tout-petit. Passage obligé : le biberon, ensuite les petits pots. Blédina me l’a dit et Blédina est du côté des mamans. Pourtant, on peut faire autrement.

Les bienfaits de l’allaitement

Tout d’abord l’allaitement, dont les bienfaits ne sont plus à démontrer. Lorsqu’on s’y prépare bien, qu’on est entourée, l’allaitement est un véritable plaisir, en plus d’être économique, écologique et une prescription islamique. C’est un sujet sensible : promouvoir l’allaitement et mettre en lumière sa grande valeur est un sujet qui peut parfois s’avérer douloureux pour certaines mères qui n’ont pas allaité quelque en soient les raisons. Cela dit, il faut savoir qu’on estime pour la dépense (la première année) à un coût allant de 126 à 470 euros pour le matériel et de 580 à 880 euros pour la préparation des biberons de lait industriel. Or, le lait maternel est gratuit, prêt à l’emploi, à la bonne température et s’adapte à l’enfant, au cour de sa croissance, mais aussi de la journée voire de la tétée elle-même. Il ne fatigue pas plus que de nettoyer, stériliser, préparer les biberons, la maman elle aussi bénéficiant de ses bienfaits. Donc, exit les biberons : une dépense d’énergie et d’argent inutile en moins. Ça, c’est fait.

Ouste, les petits pots !

Parlons maintenant des petits pots vantés dans ces publicités ciblant les jeunes (ou moins jeunes) parents. Sont-ils obligatoires ? Pour mon premier garçon, j’en étais persuadée. On m’avait dit (et pas uniquement Blédina cette fois-ci, à la PMI également) que les petits pots étaient dosés comme il le fallait, cuits à la vapeur, répondant aux valeurs nutritionnelles établies par des experts. Jeune maman, je ne me sentais pas capable d’apporter ce que ces multinationales pouvaient offrir à mon bébé. Quelques années plus tard, mon alimentation a changé. J’ai commencé à cuisiner à la vapeur douce. On s’est mis à manger « sunna », c’est-à-dire à même le sol (sur une nappe quand même on est pas des sauvages) et vers l’âge de 5 ou 6 mois mon deuxième enfant a manifesté l’envie de goûter à ce que nous mangions. Mon alimentation était le plus souvent bio, cuite à la vapeur douce, quoi de plus naturel que d’en faire notre tout-petit ? J’ai donc prémaché un petit morceau de carotte et le lui ai donné à goûter. Un grand bonheur pour lui : c’est ainsi qu’a commencé sa diversification. Allaitement exclusif d’abord, quelques aliments apportés en complément progressivement en les sélectionnant de telle sorte qu’il les distingue au mieux et apprécie les différents goûts, puis petit à petit lorsqu’il a pu mâcher avec ses petites dents, j’ai écrasé les légumes sur le bord de l’assiette avec la fourchette, ajouté des petits morceaux de viande ou des légumineuses plus tard. Il a eu quelques petits pots bio pour dépanner, mais son alimentation s’est faite de manière très naturelle, non pas avec des purées insipides. Pour les fruits j’ai préparé quelques compotes, mais il a surtout goûté aux fruits crus de la même manière que les légumes. Je n’ai pas acheté de robot hors de prix, encore une dépense inutile évitée. Ce schéma d’introduction des produits alimentaires pourra vous aider dans cette démarche de transition à une alimentation solide et vous donnera quelques idées.

Apprendre à manger dès le plus jeune âge

Aujourd’hui, mes deux garçons ont grandi. L’aîné a sept ans. Il est difficile au possible en ce qui concerne la nourriture (mais pourtant Blédina avait dit que…) et le second mange de tout, y compris ce qu’il appelle des « arbres » (les brocolis), ce depuis toujours. Cela bien entendu n’a pas de valeur scientifique, ce n’est qu’une étude qualitative avec deux sujets d’observation (“des corpus à pattes” comme je les appelle). Il faudrait faire une étude à long terme, je serais curieuse de ses résultats. Quoiqu’il en soit, on peut faire simple, en suivant la sunna, en allant à l’essentiel. Inutile de s’encombrer d’objets futiles suivant les diktats de la société de surconsommation. Nous, parents, avons les ressources nécessaires pour éduquer nos enfants. L’un des apprentissages du tout-petit passe par l’alimentation : choisir le meilleur sur le plan nutritionnel est le moyen le plus simple pour qu’ils fassent de même plus tard. Mieux que consommer des produits raffinés (au sens négatif du terme) dès la naissance, bourrés de produits nocifs, pourquoi ne pas choisir de leur offrir des aliments sains à la fois pour eux et pour la planète ? Car consommer responsable, c’est inculquer des valeurs à la oumma de demain.

Pour aller plus loin : http://www.diversificationalimentaire.com [2]

Crédit photo Une : Robert Couse-Baker [3]