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Laïcité : la duplicité islamophobe de l’UMP

L’UMP ne peut être antisémite. Non que l’antisémitisme soit véritablement éradiqué en France – il ne demande qu’à s’exprimer –, mais la vigilance des instances et associations communautaristes juives, tel le CRIF, veille à contenir la bête. Ainsi, même si bouffer du juif offre un meilleur taux de pénétration dans les consciences que bouffer du musulman, l’antisémitisme n’est plus aussi rentable qu’il ne fut. Un Coluche nous dirait que c’est encore là la faute aux juifs. A contrario, l’islamophobie offre encore quelques atouts électoralistes. Mais faut-il encore en faire bon usage, ce qui ne semble guère être le cas à l’UMP, qui va devoir s’expliquer sur sa duplicité.

Jean-François Copé, un maire de banlieue qui a fait de l’islamophobie un plan de carrière, affirme donc aujourd’hui vouloir débattre très concrètement de laïcité en abordant « très concrètement » (sic) « les créneaux horaires dans les piscines » et, Nicolas Sarkozy, son ennemi juré, de confirmer l’urgence de la question de la mixité à la piscine. Dont acte. Puisque le débat sur la laïcité porte sur la laïcité, et évidemment pas sur l’islam. Puisqu’il ne s’agit en aucune manière, hein, de stigmatiser l’islam et les musulmans, puisqu’il s’agit d’aborder aussi les questions qui fâchent, car si le FN a autant le vent en poupe, blablabla blablabla. Puisque tout cela, abordons le problème. Concrètement.

Le 24 septembre 2003, Le Monde, sous la plume de Catherine Simon, publiait un article sur les « piscines pour dames ».

A l’évidence, le respect des contraintes religieuses ou de la « tradition »varie en fonction des personnes et des villes – selon que l’on soit à Strasbourg, à Sarcelles ou à Lille…

C’est à l’initiative d’une association religieuse juive, en 1996, que le créneau horaire féminin du lundi strasbourgeois a été choisi : « La municipalité -alors dirigée par Catherine Trautmann- a donné son accord. Mais à la condition expresse que ce créneau ne soit pas réservé à une communauté particulière. Depuis, toutes les femmes qui veulent se baigner à l’écart des yeux masculins peuvent le faire », ont récemment rappelé Les Dernières Nouvelles d’Alsace. Cette même année 1996, il y a sept ans, la piscine de Mons-en-Barœul, dans les faubourgs de Lille, acceptait, elle aussi, que soient organisées, sous la responsabilité d’une association locale, des séances de gym aquatique et autres cours de natation réservés aux femmes.

[…]
Des trois piscines pour dames en activité, la plus ancienne est celle de Sarcelles, au nord de Paris. Chaque dimanche, depuis huit ans, les fidèles d’une association juive dans la mouvance des Loubavitchs disposent d’un créneau horaire pour utiliser la piscine. « Si vous n’êtes pas juive, je ne pense pas que vous puissiez y aller« , lâche un membre du personnel du centre nautique Nelson-Mandela. Comme chez les musulmanes rigoristes, les juives loubavitchs « n’ont pas le droit de se montrer déshabillées devant les hommes, hormis leur mari », ajoute l’employé

Source : Le Monde, « Des piscines pour dames [1] », 23 septembre 2003

Toujours dans Le Monde, en juin 2003.

Depuis une dizaine d’années, plusieurs municipalités ont reçu ce type de demandes. Et pas seulement de la part d’associations musulmanes. Le maire de Sarcelles, François Pupponi (PS), et celui de Strasbourg, Fabienne Keller (UMP), ont ainsi accédé à des demandes d’associations juives orthodoxes réclamant une période ouverte exclusivement aux hommes et une autre aux femmes.

Source : Le Monde, « La laïcité au fond de la piscine », 27 juin 2003

Mais aussi dans L’Express.

A Strasbourg, à la piscine des Bains municipaux, c’est à la demande d’associations juives que les hommes disposent depuis une quarantaine d’années de deux heures qui leur sont réservées. Depuis 1996, les femmes aussi ont leur créneau horaire. Mais l’encadrement reste mixte. A Sarcelles, l’association juive Beth Hamidrach loue les bassins certains dimanches: une heure pour les femmes, une heure pour les hommes.

Source : L’Express, « Sexisme à la piscine », 24 juin 2003

Quelques esprits chagrins nous expliqueront que c’est là des associations zélées qui ne représentent qu’elles-mêmes et que l’on ne peut généraliser cela au point d’en faire un débat national. Peut-être, mais c’est aussi la position officielle du grand rabbinat de France, qui en la matière s’accorde complètement avec les musulmans qui ne veulent pas se baigner avec le sexe opposé. Le 24 juin 2008, Jean-Jacques Bourdin interviewe le grand rabbin de France à propos des horaires de piscine accordées aux femmes juives.

La position du rabbin est on ne peut plus claire. Nous la partageons.

Tout cela n’est pas nouveau, pas plus que les subventions publiques aux institutions Loubavitch – les salafistes juifs pour reprendre un terme à la mode – par le maire socialiste de Paris, Bertrant Delanoë, qui déjà en 2008 faisait grincer des dents.

Lundi, ces mêmes élus Verts sont montés au créneau avec les radicaux de gauche, pour aborder le deuxième des sujets ayant divisé la majorité municipale : celui des subventions accordées aux crèches associatives des juifs loubavitch. «Elles approchent le million d’euros, note Garel, pour des crèches limite sectaires, non mixtes où, de fait, seuls sont acceptés les enfants de confession juive.» Il regrette que Delanoë, «pour des raisons électoralistes», ne soit pas «plus attentif au respect du service public et de la laïcité».

Source : Le Figaro, « À Paris, Delanoë fait grincer les dents dans son camp [2]« , 29 septembre 2008

Déjà en 1995.

[…] Ces réjouissances avaient peut-être aussi pour objet la récente décision de la mairie de Paris, qui vient d’accorder sa garantie sur un prêt de 10 millions de francs à l’association Jeunesse Loubavitch, lui permettant ainsi de construire son grand complexe scolaire privé, rue Petit, dans le XIXe arrondissement: «15 000 mètres carrés d’éducation juive pour 2 000 élèves, de la maternelle à la terminale.» La demande de subvention avait en effet été refusée trois fois de suite par le conseil régional d’Ile-de-France. Les élus de la capitale, eux, ont donné leur feu vert.

Source : L’Express, « La mairie de Paris soutient les loubavitch [3]« , 16 novembre 1995

Rebelote en 2010.


Source : Le Parisien [4]

Cette affaire, qui a fait à peine plus de bruit que le pet d’une mouche, est du pain béni pour l’UMP qui, chacun le sait, instrumentalise l’islam pour piéger le PS. Un maire PS, et de quelle ville !, qui finance des crèches religieuses, quelle formidable occasion pour l’UMP de taper sur les socialistes. Mais, car il y a un mais, ces crèches ne sont pas musulmanes, elles sont Loubavitch. Or, l’UMP ne peut être antisémite. Le parti présidentiel est en revanche, ouvertement et sans complexe, islamophobe. Qu’importe la laïcité pourvu qu’on se farcisse les barbus.

Que penser de tout cela, sinon que les violentes attaques de Jean-François Copé, le wanabe Nicolas, contre les musulmans n’ont strictement aucun rapport avec la laïcité, mais bien avec la volonté ferme d’asseoir une stature d’homme d’Etat qui lui fait cruellement défaut, faute d’épaisseur politique. L’histoire a montré que, lorsqu’on n’aime pas les Français, détester ceux que l’on aura au préalable largement stigmatisés est la seule arme politique qui demeure. Le problème de la France, aujourd’hui, n’est pas l’islam ni les musulmans, mais l’incapacité du pouvoir en place à s’occuper, mais encore à aimer les Français, si bien que le souci du peuple a disparu au profit d’une chasse aux musulmans dont les prémisses apparaissent dans ce débat sur la laïcité.

Mise à jour 16h27 : Jean-François Copé sera dimanche l’invité de Radio J, la radio de la communauté juive. Il serait intéressant qu’il nous dise clairement ce qu’il pense de la position du rabbin Berhneim et des salafistes juifs que sont les Loubavitch.


Source : Site de l’UMP [5]

Crédit photo Une : Jean-Louis Zimmermann [6]