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Nouvelle fatwa contre les poulets Doux, KFC, Carrefour et assimilés

Nouvelle fatwa contre les poulets Doux, KFC, Carrefour et assimilés
Poulet non halal estampillé halal, Dubaï (février 2011)

Les poulets vendus dans les restaurants KFC ne sont pas halal, tout comme les poulets Doux qui ne sont pas non plus halal. Fin février, nous étions au Gulfood, un salon alimentaire en passe devenir la référence internationale en la matière.

Nous y avons rencontré Guy Odri, directeur général du groupe Doux, qui avant de nous chasser de son stand [1] a clairement reconnu que les poulets Doux sont passés par électronarcose et abattus mécaniquement.

Les viandes vendus chez Quick, non plus, ne sont pas halal, comme l’ont clairement dénoncé, l’an dernier, les mosquées d’Evry et de Paris (voir Selon les mosquées d’Evry et de Paris, Quick n’est pas halal [2]). Quant à la gamme Carrefour halal, le numéro 2 mondial de la grande distribution a décidé d’assumer publiquement le recours systématique à l’abattage mécanique.

En 2010, quelques semaines après nous avoir fait parvenir une première fatwa (avis juridique) condamnant le recours à l’électronarcose et l’abattage mécanique [3], Majarrah, lecteur d’Al-Kanz, nous envoyait une seconde fatwa, en version audio. La première fatwa émanait du cheikh Rajihi, celle-ci du cheikh Abd Al-‘Aziz ‘al ash-Shaykh, mufti d’Arabie saoudite, président du comité permanent des recherches scientifiques et de l’Ifta* et président du l’assemblée des grands savants. Vous la trouverez ci-dessous. Quelques précisions au préalable sur les conditions de cette fatwa :

– la question a été posée le dimanche 1er dhul-hijjah 1431, qui correspond au 7 Novembre 2010, à l’issue d’un cours que le cheikh a donné dans la mosquée Ibn Baz (La Mecque). Cette mosquée est fréquentée par les musulmans de France venant accomplir leur pèlerinage, car réputée pour accueillir de nombreux cours de savants avant le début du hajj. Ce jour-là, l’assistance comptait plusieurs pèlerins français.
– la question est posée au cheikh sans que ce ne soit précisée la méthode d’abattage. Il est simplement indiqué que la méthode d’abattage n’est pas conforme au rite islamique. Le cheikh répond en évoquant l’une des méthodes non conformes, en l’occurrence l’abattage par étranglement. La réponse du cheikh vaut pour tout mode d’abattage haram (interdit), comme l’est l’abattage mécanique.
– la seconde partie de la réponse du cheikh est une réponse de prudence. Lors de ce genre d’assises, un savant répond en fonction des éléments apportés dans la question qu’on lui soumet. Il doit à cet égard faire preuve de prudence et ne pas prendre pour argent comptant ce qu’on lui affirme. D’où le conditionnel. Ajoutons qu’un droit de réserve oblige le cheikh à s’en tenir à des déclarations mesurées.

Question : Nous résidons en France et nous avons récemment vu à la télévision française la diffusion d’un reportage consacré à la production de viande halal en France.
Notre plus grande surprise a été d’apprendre qu’une grande société vend des poulets en prétendant que ces derniers sont halal, mais il est ensuite apparu qu’elle ne procédait pas à la mise à mort des poulets selon le rite islamique, et qu’aucun contrôleur de la méthode d’abattage n’était présent dans ses bâtiments. De plus, cette société importe ses bêtes dans le Golfe, et particulièrement dans le royaume d’Arabie Saoudite. Nous espérons donc que vous pourrez nous donner votre point de vue à ce sujet.

Réponse : Premièrement, il est à noter que la nourriture des gens du Livre (Ahl al-Kitâb) nous est permise, car Allâh a dit : « Vous est permise la nourriture des gens du Livre, et votre propre nourriture leur est permise. » (Sourate 5, Verset 5), « nourriture » signifiant ici « animaux abattus ». Nous en déduisons ainsi que les animaux abattus par les gens du Livre nous est licite, de même que les animaux que nous avons abattus leur sont permis. Il est également à savoir que le Prophète صلى الله عليه وسلم s’est nourri de ce qui avait été préparé par des juifs : lorsqu’une femme juive lui offrit un plat contenant de la viande, et qu’un juif lui offrit un pain d’orge sur lequel se trouvait de la graisse animale fondue, il les consomma.

Cependant, s’il est avéré que l’abattage [pratiqué par cette société, NDT] s’effectue par exemple par étranglement de l’animal*, cela est une autre affaire : si l’abattage des animaux s’effectue selon le rite légiféré en Islam, Allah nous a certes permis de les consommer, mais si cet abattage est réalisé dans des conditions contraires au rite islamique, comme le fait de mettre à mort l’animal en l’étranglant, l’affaire est ici toute autre.

Ce que l’on sait à l’heure actuelle, et Allâh est le plus Savant, cet abattage est généralement réalisé conformément au rite islamique, car de nombreuses recherches ont été effectuées à ce sujet par Al-Hay’ah (l’assemblée des grands savants d’Arabie Saoudite). Et ce qui résulte de ces recherches, c’est que la base réside dans la permission, tant qu’un élément ne vient pas montrer avec certitude que l’abattage de cette société n’est pas réalisé selon le rite islamique.

Pour écouter la question et la réponse du cheikh, cliquez sur le lien suivant : Abstenez-vous des poulets douteux [4]

La dernière phrase est intéressante, en ce qu’elle illustre pleinement la réalité d’aujourd’hui : l’abattage mécanique, tel qu’effectué dans les sites de production des poulets Doux, Carrefour, etc., n’est islamiquement pas acceptable. Sauf qu’il existe un décalage, qui profite au faux halal, entre les principes qui régissent le halal et ceux qui ont réussi à faire croire tant aux autorités gouvernementales des pays musulmans qu’aux consommateurs eux-mêmes que leurs méthodes sont conformes au rite islamique.

Nouvelle fatwa contre les poulets Doux, KFC, Carrefour et assimilés
Poulet abattu mécaniquement estampillé halal

Une fois encore, on se rend compte combien les industriels travaillent pour leur propre intérêt et se fichent de l’intérêt tant de leurs salariés que de la France. 1) De leurs salariés : les pays musulmans sont de plus en plus sensibles à ce que les entreprises étrangères importent chez eux. Aux Emirats arabes unis, par exemple, certaines entreprises françaises ne sont pas les bienvenues du fait de leur partenariat avec tel ou tel organisme de certification. D’autres entreprises sont aujourd’hui clairement menacées. Plutôt que de se conformer aux règles, pourtant simples, qui régissent le halal, elles préfèrent commercialiser du halal contrefait, avec le risque de se voir prochainement blacklisté, ce qui mènerait en France, dans certains cas, au licenciement de plusieurs centaines de salariés. 2) De la France : nous ne cessons de le dire depuis des années. Le halal est une chance pour la France. Notre pays dispose d’un outil industriel et d’une large population musulmane, deux atouts pour devenir l’un des fleurons mondial sur le marché du halal. En lieu et place, les produits halal français font, à l’étranger, de plus en plus l’objet de suspicion, voire de rejet. En laissant le champ libre aux mauvaises pratiques et aux entreprises qui ont choisi la stratégie du faux halal, les décideurs participent à la déréliction de l’économie de notre pays. Jusqu’ici, tout va bien… mais l’important ce n’est pas la chute, c’est l’atterrissage.

* La position de l’ifta est très claire : selon les principes rappelés par ce conseil de savants, l’abattage tel qu’il est pratiqué notamment par Doux, Carrefour et les fournisseurs de Quick, n’est pas acceptable islamiquement parlant. Cf. la seconde partie d’un article publié en juin 2010 : Non-halal : Doux rencontre des acheteurs saoudiens [5].