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Passage de l’autoentreprise à la SARL

Nous venons de franchir un deuxième cap dans notre projet : la création de la société Soliv’r. Petit retour d’expérience sur cette transition…

Contours et limites de l’autoentreprise

L’autoentreprise (AE) présente beaucoup d’avantages, connus de tous aujourd’hui tant ce statut s’est largement et facilement démocratisé : plusieurs centaines de milliers d’autoentreprises créées depuis le lancement du statut. Pas de gestion de TVA, pas de bilan comptable à tenir, pas de compte bancaire professionnel exigé… Une seule contrainte étant de déclarer 13 % de son CA pour un commerçant ou 23 % pour un prestataire de service. Accommodant et facile. Nombreux donc sont ceux qui tentent l’aventure.

Nous nous sommes donc lancés mais avons vite touché aux limites du statut lorsqu’il s’agissait d’êtres considérés comme professionnels par les professionnels eux-mêmes : SARL, SA, et autres. Les prix publics étant largement appliqués lorsque nous achetions des fournitures, la TVA n’était pas récupérable lorsque nous importions ou travaillons avec des professionnels. Les tarifs des prestataires n’étaient de plus jamais adaptés.
L’évidence du changement de statut pour continuer sereinement notre projet s’est vite présentée à nous.

Une transition difficile

Au départ, nous pensions que ce serait l’étape la plus simple à réaliser. En réalité, aucune aide précise ni assistance n’est proposée par les chambres de commerce et autres sites web spécialisés. Les uns et les autres se renvoient la balle. Cela devenait plus ardu encore en considérant les stocks restants de l’activité en autoentreprise. Alors que nous pensions liquider ces stocks pendant la création de la société en parallèle, nous nous sommes rendus compte que cela était interdit. En effet, pratiquer deux activités identiques sous deux statuts différents n’est pas légal.

Il ne nous restait plus que la débrouille et la patience pour la suite. Nous avons pris soin de liquider nos stocks, arrêter le réapprovisionnement, stopper l’activité sur notre boutique web et le blog, expliquer à nos partenaires que nous faisions une pause forcée le temps de changer nos statuts pour enfin déclarer la cession d’activité à l’URSSAF. Gros risque pour nous : l’inexistence sur le web pendant quelques temps et c’est le travail fourni pendant plusieurs mois qui s’écroule (référencement, présence sur les réseaux sociaux, le blog…).

La pause s’est éternisée lorsqu’il a fallu présenter notre projet aux banques pour l’ouverture d’un compte pro dans un premier temps. En effet, avec pourtant plus d’une année d’exercice en AE avec un chiffre d’affaire correcte, pour les banques, nous n’étions rien. Tout reste à prouver, aussi bien la pertinence du projet que sa rentabilité. Il semblerait que l’e-commerce fait peur. Trop d’arnaques, trop de boutiques en ligne factices, dont le seul but serait de voler les banques… Inutile de décrire leurs réactions quand nous avons demandé une application de paiement en ligne. La réponse fut claire et nette : non ! Est-ce réellement notre business-plan ou notre domaine d’activité qui crée tant de troubles ? Nous avons notre petite idée.

Après quelques refus, et plusieurs justificatifs fournis pour prouver l’activité de notre boutique en AE, nous avons enfin obtenu l’ouverture d’un compte pro pour poursuivre les démarches de création de la société. Quel plaisir lorsque nous avons reçu le précieux SIRET et KBIS !

Les soucis ne sont pas pour autant finis, car nous devons maintenant batailler pour obtenir une API de paiement, expliquer à nos fournisseurs, en Palestine notamment, le pourquoi du changement, nouvelle adresse, nouvelles procédures…

Charge à nous de prouver aux banquiers qu’il avaient tort, une fois de plus, de douter d’un projet :)
En définitive, en France, l’esprit d’entreprendre n’est guère encouragé, et c’est bien dommage.