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Feurat Alani : “il y a une véritable impunité dans le milieu du halal”

canal halalgate

Halalgate. Dimanche prochain, à 12h55, Canal+ diffusera en clair une rediffusion augmentée de l’excellent reportage réalisé par Feurat Alani et Florent Chevollau sur le business du halal et ses dessous pour le moins troubles. Cette seconde mouture, qui sera plus longue que la première puisqu’elle ne fera pas moins de 52 minutes. Diffusé la veille du mois de ramadan, ce reportage devrait faire beaucoup de remous : ceux qui continuent à acheter des produits prétendument halal non contrôlés, commercialisés notamment par de grands groupes français, vont déchanter. Et passer peut-être un mauvais ramadan, sauf s’ils vident leur frigo de toutes ces cochonneries non halal estampillées halal. Feurat Alani a accepté de répondre à nos questions.

Al-Kanz : Pourriez-vous nous dire comment s’est déroulé votre reportage ?
Feurat Alani :
Comme dans la première version, ce reportage a été plein de surprises. Nous sommes tombés sur des affaires plus surprenantes les unes que les autres. A vrai dire, il y a une véritable impunité dans le milieu du halal. Encore une fois, nous avons été surpris de voir apparaître de nouvelles affaires liés aux mauvais contrôles de certains organismes de certification et à la malveillance (ou erreur) de certains industriels qui se sont lancés dans le halal. Cette enquête a été, comme pour la première mouture, une découverte des différents acteurs dans le halal.

Al-Kanz : Si, à la télévision, une rediffusion est classique, comment expliquer que Canal+ ait choisi d’augmenter le reportage initial pour le porter à 52 minutes ?
Feurat Alani :
La diffusion du reportage de 26 minutes le 11 octobre 2010 a suscité un émoi à la fois au sein de la communauté musulmane de France et en même temps chez les non-musulmans, téléspectateurs de Canal+ ou acteurs du marché halal confondus. Quelques jours après la diffusion, Canal+ m’a demandé s’il y avait matière à faire une version plus longue. Comme souvent lorsque vous réalisez un reportage d’investigation, il y a certaines affaires qui passent à la trappe, ou d’autres pistes que l’on met de côté, par manque de temps et/ou de place dans la case de l’émission. J’ai donc répondu oui. Il y avait encore beaucoup de choses à découvrir. Par ailleurs, il était tentant d’aller à la rencontre des consommateurs musulmans et de voir leurs réactions et/ou initiatives suite à la controverse que le sujet a suscité.

Al-Kanz : Cette fois, le reportage sera diffusé en clair à une heure de grande écoute. Pourquoi ce choix ?
Feurat Alani :
Il sera diffusé dans le cadre d’une rediffusion comme tous les autres sujets. Cette rediffusion est certes un peu spéciale. Le reportage sera à l’antenne la veille (ou l’avant veille) du mois de ramadan. C’est évidemment une date choisie et c’est aussi l’occasion pour les consommateurs musulmans désorientés par la multitude de labels halal de, peut être, y voir plus clair ou au moins de se poser des questions.

Al-Kanz : Avez-vous eu des difficultés pour mener votre enquête ?
Feurat Alani :
Les portes se ferment quand vous posez des questions sur le marché du halal. Surtout à quelques mois du ramadan, véritable marché pour les industriels. Donc oui, beaucoup de difficultés, c’est pourquoi nous avons dû parfois avoir recours à la caméra cachée pour obtenir des informations.

Al-Kanz : Après cette double enquête, quel regard le journaliste que vous êtes porte sur le marché du halal ?
Feurat Alani :
Le marché du halal a besoin d’une voix unitaire. Appelez la “norme”, “charte”, “label”, l’essentiel est d’assainir un marché beaucoup trop opaque, beaucoup trop obscur et pas assez transparent. Chaque organisme, mosquée ou industriel prêche pour sa paroisse. A chacun sa fatwa ou sa référence religieuse. Avec tout le respect pour les différents acteurs de ce marché, il faut arrêter de jouer sur les mots et il faut une réelle volonté d’assainir le marché si l’on veut vraiment respecter les consommateurs musulmans. Et ça commence par se mettre autour d’une table et de laisser l’idéologie et l’agenda politique de côté. A chaque tentative, comme celle initiée par le CFCM, c’est le naufrage.

Al-Kanz : Dernière question, pourquoi devrions-nous regarder ce reportage le 31 juillet prochain ? Sans dévoiler des secrets, pourriez-vous nous dire ce que l’on verra ?
Feurat Alani :
Il faut le regarder dans un premier temps pour comprendre la réalité du marché halal en France. Il y aura bien sûr des révélations et des affaires surprenantes. Mais le plus important à mon sens dans ce reportage, c’est l’initiative de certains consommateurs qui commencent à se prendre en main. Ca passe parfois par des actions assez insolites. Enfin, comme me l’a très bien dit un recteur d’une grande institution musulmane de France, le temps des mosquées est révolu, c’est désormais au consommateur d’assainir le marché.