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M. Guéant et le faux halal

Après la diffusion du reportage de Feurat Alani sur Canal+ [1] mettant au jour une fois encore la gigantesque fraude du faux halal, interrogé, Claude Guéant, ministre de l’Intérieur et des cultes, a fait quelques commentaires que l’on peut lire notamment sur le site de Libération.fr [2]. Passons-les en revue.

1- Interrogé sur le fait que des élus issus de la diversité réclament une commission d’enquête sur le marché du travail, après que des produits certifiés halal se sont révélés non conformes, le ministre a estimé qu’il n’était « pas question que l’Etat aille se mêler de ces affaires religieuses ».

Ceux qui savent comment a été créé le CFCM, cet outil de gestion des musulmans, par l’actuel président, et comment il fonctionne ont dû bien rire en lisant M. Guéant. Son président prend ses consignes au ministère de l’Intérieur et les réunions du CFCM sont chaperonnées par deux fonctionnaires du culte musulman du même ministère.

2-« L’Etat français est un Etat laïc et il ne lui appartient pas d’être l’instrument de l’organisation d’une pratique religieuse», a souligné Claude Guéant.

Passons sur la boutade qui n’en est pas une – rappelons-nous la faveur inacceptable accordée à quelques étudiants religieux (voir Concours de nuit pour étudiants juifs : stupeur et embarras [3]). Dans le cas qui nous intéresse, à savoir l’escroquerie généralisée dont sont victimes des Français, pas moins français que d’autres, il s’agit d’abord d’une violation inacceptable des lois de la République, plus précisément du code de la consommation. Quand un produit contient une substance qui n’est pas indiquée sur l’étiquette, quand du porc est retrouvé dans un produit réputé ne pas en contenir, c’est de la tromperie. ll n’est pas nécessaire d’entrer là dans le champ religieux. Ce qui est demandé, ce n’est pas que l’État devienne l’instrument d’une pratique religieuse, M. Guéant a au fond raison, il n’a pas à l’être –, mais que l’État fasse appliquer la loi. Or, le ministère de l’Intérieur connaît très bien l’ampleur du scandale, notamment en la personne de Bernard Godard qui l’an dernier confiait à Warda Mohamed, journaliste à feu CB News, que les certifications de la mosquée d’Evry et de Paris ne sont pas sérieuses [4].

3- Aussi «il faut que les responsables du culte musulman, le CFCM qui a édité une charte concernant le halal et les grandes mosquées s’organisent pour que les règles qu’elles ont édictées soient respectées», a-t-il souhaité.

Le 11 octobre dernier, quelques heures avant la diffusion de la première version du reportage rediffusé dans une version augmentée dimanche 31 juillet, Mohamed Moussaoui tenta de se dédouaner en annonçant la prochaine publication d’une charte halal (Charte halal : le CFCM sort de son silence [5]). S’il faut reconnaître que le projet même de charte et le texte qui en a résulté consacraient une avancée, malgré les caprices des uns et des autres et la volonté d’imposer leurs vues en fonction de leurs intérêts immédiats, nombreux ne se faisaient guère d’illusion sur son aboutissement. Il y avait un mince espoir que la charte voit le jour. Il fallait s’y accrocher, car même si cette charte ne résolvait pas tout, elle compliquait singulièrement la fraude des industriels qui n’auraient alors plus pu invoquer un flou – qui du reste relève plus de la légende que de la réalité.

Mais voilà, dans la perspective des élections du CFCM qui ont eu lieu en juin dernier, l’UOIF (Union des organisations islamiques de France), comme le RMF (Rassemblement des musulmans de France), dont dépend la mosquée d’Evry, a torpillé cette charte. En prenant en otage cette charte, au détriment des consommateurs musulmans dont elle se fiche éperdument, l’UOIF espérait faire pression sur ses partenaires et arriver à ses fins. Mission impossible, tant les autorités actuelles françaises déteste cette organisation et fait tout pour l’affaiblir (pour en savoir plus, lisez les commentaires du webmaster du site CFCM.tv : l’UOIF torpille la charte halal [6]). L’UOIF fit le sale boulot pour la plus grande joie du RMF.

4- Toutefois, a rappelé le ministre, « l’Etat, avec ses services de la concurrence et de la consommation, a une responsabilité, c’est qu’il n’y ait pas de tromperie sur la marchandise. Il y a donc possibilité de faire des recours, de déposer des plaintes », a-t-il conclu.

Très juste : il y a possibilité. De fait, des plaintes sont en cours contre des fraudeurs. Les consommateurs musulmans ne doivent rien attendre des instances censées les représenter et qui continuent de considérer les musulmans comme leurs sujets, reproduisant des systèmes d’organisation et de gestion “comme au bled”. Par-delà le mépris de ces “représentants”, alliés objectifs de ces industriels qui font du halal par-dessus la jambe, il faut que la société civile fasse valoir ses droits.

Dernier point : M. Guéant devrait taper très vite du poing sur la table. Aujourd’hui, les fraudeurs du halal nuisent à l’économie française. La France dispose de trois atouts pour devenir un fleuron de l’industrie du halal : 1) un outil industriel de haute qualité, 2) la plus importante population musulmane d’Europe, 3) des compétences éprouvées sur ce marché. Malgré tout, les autorités françaises pour de sombres raisons de politique intérieure laissent pourrir une situation qui profitent aux actionnaires de ces quelques entreprises fraudeuses et de leurs affidés, mais qui abîme l’image de la France à l’étranger. Si rien n’est fait, les années à venir vont voir les entreprises perdre du terrain dans les pays musulmans. On n’ose imaginer, par exemple, la catastrophe industrielle que constituera un blacklistage des poulets Doux non halal estampillés halal et vendus à La Mecque par l’Arabie saoudite, pays dans lequel l’entreprise française faisait en 2008 33 % de son chiffre d’affaires, soit 488 millions d’euros. Faites le ménage M. Guéant sur le marché du halal, vous ferez du bien à la France.