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Quick "halal" : fin de partie pour les mosquées d’Evry et de Paris

Halalgate. Après le Progrès de Lyon [1], début août, c’est au tour de la Tribune de Lyon de mettre les pieds dans le plat et de jouer les caisses de résonance. Les viandes de Quick n’ont jamais été halal. La presse jusque-là refusait de l’entendre, tout comme nombre de consommateurs musulmans. Le vent tourne.

Quick halal
Capture d’écran du site de la Tribune de Lyon [2]

Jacques-Edouard Charret, patron de Quick, sait depuis toujours que les viandes vendues dans ses restaurants prétendument halal ne le sont pas, mais il s’en est accommodé. Interrogé par nos soins lors de la conférence de presse du 31 août 2010, ce dernier fit la moue puis nous expliqua qu’il faisait son possible pour proposer des viandes qualité et que pour le halal, il « faisait confiance à ses partenaires ». Traduction : « je sais que ce n’est pas si halal que cela, mais business is business. Et tant que consommateurs et médias ne la ramènent pas trop, on continue comme ça. »

Quick pas à l’aise avec le prétendu halal dans ses restaurants

Comme à chaque fois qu’on l’interroge sur l’authenticité du halal, Jacques-Edouard Charret n’était pas très à l’aise (voir Halal : l’intox du patron de Quick [3]). Il faut dire que quelques jours plus tôt, CB News publiait un dossier dans lequel Bernard Godard, l’un des Monsieur islam du ministère de l’Intérieur – le second est Bertrand Gaume –, affirmait très clairement que « les certifications de la mosquée de Paris et d’Evry ne sont pas sérieuses » [4]. Le coup était rude, mais contrairement aux procès qu’elle vient d’intenter contre Baker Al Dilaimi [5], qui parraine le site Debat-halal.fr qui révéla la présence de porc dans des Knackis Herta prétendument halal ou contre Kamel Chibout [6], représentant de la fédération de la grande mosquée de Paris pour l’est de la France, la SFCVH-mosquée ne leva pas le petit doigt. L’islam de France a ses règles. De même, Quick fit comme si de rien n’était, l’essentiel étant que les clients, très nombreux, croient que la viande est bien halal. Sauf que.

Au-delà des querelles, le fric

Peu satisfaite de ce que Quick ne l’ait pas choisie comme seul et unique organisme de certification, la SFCVH-mosquée de Paris, habituée à rester dans l’ombre, décide de taper du poing sur la table et n’hésite pas à critiquer vertement le choix de Quick de travailler avec l’ACMIF-mosquée d’Evry (voir : Le torchon brûle entre Quick et la mosquée de Paris [7]). Un mois plus tard, rebelote. Cette fois, la SFCVH-mosquée de Paris rentre dans le lard (non halal) de Quick en tenant des propos peu amènes lors d’une interview à l’agence de presse américaine Associated Press. S’ensuit une dépêche publiée sur des milliers de sites anglophones (voir Selon les mosquées d’Evry et de Paris, Quick n’est pas halal [8]). Le monde entier sait alors que Quick commercialise des viandes non halal… sauf les consommateurs français. Cette déclaration publique précéda une lettre au ton comminatoire de la SFCVH-mosquée de Paris envoyée à Jacques-Edouard Charret, suite à quoi le mariage d’amour entre Quick et la SFCVH reprit son cours, tout juste perturbé, fin novembre 2010, par la sortie discrète de l’ACMIF-mosquée d’Evry qui tint à se démarquer de la mosquée de Paris [9]. Les affaires continuaient. Jusqu’ici tout allait bien.

Les affaires : après Herta, Socopa

Malgré les signes avant-coureur d’une crise sans précédent, lente, silencieuse, mais dévastratrice pour les contrefacteurs du halal, Quick ne réagit pas. Réaction typique d’une société dont les ventes sont au top et les tableaux Excel au beau fixe. Cynisme mercantile et mépris des consommateurs. Quick devait d’ailleurs annoncer, en 2011, un chiffre d’affaires record pour l’année 2010, avant que la mort d’un adolescent dans un restaurant de la chaîne, à Avignon, ne survienne, mettant un coup d’arrêt à la fanfaronnade qui se profilait. Plus insidieuse, l’affaire du porc dans les saucisses Knackis Herta prétendument halal [10], certifiées par la SFCVH-mosquée de Paris, qui du reste certifie le bacon de dinde des restaurants Quick, fourni notamment par la société Moy Park, continua de fissurer le mur de certitude et d’arrogance derrière lequel se réfugient depuis des années les industriels investis sur le marché du halal. Le 1er février, Herta cessa la commercialisation de ses saucisses prétendument halal [11]. Les consommateurs musulmans réussirent à faire capituler le numéro 1 mondial de l’agro-alimentaire. Un genou à terre, Nestlé, qui mise désormais sur le prétendu halal de sa marque Maggi [12], dut renoncer à ces Knackis. Petite perte en terme de chiffres d’affaires, mais catastrophe en terme d’image. Nestlé aujourd’hui chez les consommateurs musulmans, c’est du porc dans un produit « halal ».

Mais si chez Quick, on dormait encore sur une oreille, l’affaire Socopa qui survint en mai dernier eut raison de la posture jusque-là adoptée. Socopa, qui appartient au géant de la viande Bigard, est l’entreprise qui fournit Quick en steaks prétendument halal. Or, faute d’avoir respecté le cahier des charges de Casino pour sa gamme halal Wassila, puis d’avoir refusé de régulariser sa situation malgré un délai accordé, Socopa a vu ses produits prétendument halal blacklistés par le groupe stéphanois (voir Socopa, fournisseur de Quick pseudo halal, blacklisté par Casino [13]). Considérant donc que les produits « halal » de Socopa ne le sont pas, Casino a décidé de quitter son fournisseur pour sa marque Wassila et fait désormais fabriquer ses steaks chez Elivia (groupe Terrena), concurrent immédiat de Socopa.

Casino qui blackliste Socopa, fournisseur de steaks prétendument halal de Quick, Jacques-Edouard Charret ne pouvait y rester indifférent. Ancien haut cadre du groupe Casino, le patron de Quick abîmerait singulièrement son image et celle de Quick s’il devait poursuivre avec la société du groupe Bigard. D’où le rappel à l’ordre de Socopa, comme nous vous l’indiquions début juillet [3], et d’où surtout la rupture de contrat à venir. Si ça n’est pas définitivement acté, c’est sur les rails. Et de toute façon, Jacques-Edouard Charret le sait : ce serait pure folie pour Quick de continuer de la sorte. Les consommateurs musulmans sont plus remontés que jamais, l’opinion publique prend conscience de l’immense scandale dans un pays de droit comme la France que constitue le halalgate.

Après avoir perdu Casino, Socopa [1] perd donc Quick, qui signe ainsi la fin de sa collaboration indirecte avec l’ACMIF-mosquée d’Evry et la SFCVH-mosquée de Paris. La première certifiait les steaks de boeuf de Socopa, sans les contrôler, puisqu’elle ne salarie aucun contrôleur. La seconde, la dinde de Moy Park, toujours sans contrôle indépendant, systématique et permanent, Moy Park qui devrait toujours fournir Quick, mais sous le contrôle de l’ARGML-mosquée de Lyon.

Le halal à papa est bel et bien fini. Socopa perd un très gros client. Les semaines qui suivent vont voir les contrefacteurs du halal tomber les uns après les autres comme des mouches. Malgré les centaines d’alertes de ces dernières années.

La mosquée de Lyon pavoise

Depuis le reportage de Feurat Alani, diffusé le 31 juillet dernier sur Canal+ [14], Kamel Kabtane pavoise. Ce dernier, recteur de la mosquée de Lyon et administrateur de l’organisme de certification et de contrôle ARGML, est le grand gagnant de la mise sur la place publique de toutes ces affaires. Problème : alors que K. Kabtane n’a de cesse de dire que seuls les consommateurs comptent, ce dernier n’hésite pas, en coulisses, à dire « amen » aux désidératas des industriels qui se rabattent sur l’ARGML. Malgré sa position de force, K. Kabtane a par exemple accepté sans moucher que Carrefour, dont la gamme halal est en piteux état, recourt à l’électronarcose pour la volaille.

Le recteur aurait pu, comme il prétend le faire avec tout nouveau partenaire, expliquer que le fait que l’électronarcose, en milieu industriel, tue une partie des bêtes avant abattage, les musulmans ne peuvent accepter ce qui n’est autre d’une méthode d’abattage. Tout comme tous ceux qui se sont murés pendant des années dans un autisme coupable, Kamel Katbane, assez malin pour ne pas tremper dans le faux halal à proprement parler n’entend rien. Tant pis.