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Halalgate au Qatar : l’expatrié demande des comptes (vidéo)

Halalgate. Le faux halal est omniprésent, et même majoritaire. Partout dans le monde, les musulmans se font rouler par des industriels qui jusque-là ont pu s’acheter les faveurs de partenaires, eux-mêmes souvent musulmans. Mais les temps changent, et les consommateurs avec.

Au grand dam des industriels contrefacteurs du faux halal et de leurs complices, qui se rendent compte qu’il va leur être impossible de faire taire tous les voix discordantes qui s’élèvent contre leurs forfaits. Et pour cause, même si les produits faussement halal continuent à se vendre à un rythme soutenu, le nombre de consommateurs musulmans qui se rend compte de la vaste escroquerie qu’est le business du faux halal croit tous les jours.

Cette indignation s’accompagne, Dieu merci, d’initiatives personnelles. De plus en plus de consommateurs appellent les services consommateurs, qui détestent cela – demander des comptes à qui traîne des casseroles embarrasse, d’autres interpellent spontanément leurs coreligionnaires, au supermarché, devant des restaurants prétendument halal ou des boucheries, pour les informer de l’ampleur du halalgate.

D’autres encore demandent directement des comptes aux commerçants, à l’instar d’un jeune expatrié au Qatar qui a voulu en savoir plus sur une viande douteuse. Il s’est filmé et a posté les vidéos sur Youtube. Précisons qu’il faut une certaine dose de courage et d’audace pour poser de telles questions dans un pays où l’on tolèrera moins ce genre d’attitude qu’en France.

La suite sous forme de récit écrit.

Je reviens donc du point de vente à l’instant. Je ne sais pas si c’est une bonne chose d’écrire à chaud. Tant pis. Un nouveau «manager» m’attendait. Une liasse d’une 40 aine de pages dans les mains. Pas de bol, j’ai pris le temps de tout analyser. J’ai fait des études qui m’ont permis d’être plutôt familier avec les listes de colisage, facture proforma, certificats d’origine, facture commerciale, airway bill, certificats sanitaires, certificat «halal», certificats d’origine ou autre incoterm. Je me suis revu quelques années en arrière devant une étude de cas à l’école, bref.

Ce nouveau manager m’amène devant une glace sans tain pour me remettre la liasse et disparait. 25 bonne minutes à tout décortiquer dans le rayon. Tout en me sachant observé. Je ne pouvais dégainer mon téléphone ni pour faire une vidéo, ni des photos. Ce qui m’a de suite choqué, c’est la pâle copie du certificat « halal ». Prenez une vulgaire copie provenant d’une soit disant association islamique de Washington (avec une adresse email de contact en @hotmail) avec des caractères baveux, puis ajoutez-y l’adresse de l’importateur, de l’exportateur, et tout simplement toutes les marques US soudainement devenues « halal ». Pour rappel, j’ai appelé l’une d’entre elle aux USA, leur call-center. Ils ne savaient tout simplement pas ce que voulait dire « halal ».

Je rappelle également qu’il s’agit du plus gros producteur au monde (donc productivité, donc prix, donc aucun intérêt à faire du spécifique comme l’exige le halal). Donc on a une association de Washington, avec un tampon d’une autre association de Los Angeles (je ne citerai pas les noms) qui certifient non pas des produits, mais une dizaine de marques. D’un coup. Bon. Je recherche alors les éléments qui m’intéressent pour vérifier et les appeler ensuite : Lieu d’abattage : various (divers). Sacrificateur : various. Date d’abattage : various. La boucle est bouclée.

Fort de tous mes flagrantes anomalies, j’aborde des jeunes qataris. Je lis l’arabe, l’écris, mais tout de même, je souhaite confirmation (et alerter en même temps). Je leur demande de me confirmer que nul part n’est écrit « halal ». Première réaction, ils me disent que si ce n’est pas halal ça ne peut pas être vendu. Puis je leur explique que la seule certification inscrite sur le produit est celle… du ministère de l’agriculture US, et que je les ai appelés moi-même et qu’ils ne savaient pas ce que voulait dire « halal ». Et là après réflexion ils me conseillent de voir un manager et me disent qu’en effet, pour être halal, on ne peut se limiter à un tampon de l’US Agriculture Department. Je sais que je suis toujours observé à travers la glace sans tain (attendant que je sorte mon téléphone et m’embarquer ? ça me démangeait).

J’attendais là depuis bien trop longtemps tout seul, le manager avait disparu. Je le fais appeler. Il arrive énervé : « bon j’ai pas beaucoup de temps ». Je le remercie du temps qu’il m’accorde et m’excuse de le monopoliser. Et lui montre une à une toutes les anomalies de sa liasse documentaire. Puis, je lui dis très calmement : « Pensez-vous vraiment que ce certificat est valide, vous, personnellement ? Pensez-vous vraiment qu’il y a un abattage systématique individuel pour chaque bête sans électrocution, ni coup, ni noyade, ni abattage mécanique, mais un abattage manuel au nom de Dieu ? Surtout qu’il s’agit du premier fabricant au monde et que le packaging ne diffère en rien des produits vendus aux USA ? S’il n’y a aucune différence visuelle, comment peut-il y avoir une différence d’abattage au niveau des chaines de production ? Il me répond alors : (tenez-vous bien) « je ne suis pas musulman, je me souviens du commercial de cette marque, quand il est venu, il nous a montré un DVD nous montrant des machines spéciales halal pour tous les produits destinés au marché du Golf. » Là je me prend 30 000 volts. Douche froide. 30 000 volts sous une douche froide. Une machine spéciale halal ?

En gros, il ne lui appartenait pas à lui de définir les critères du halal, n’étant pas musulman. Je lui ai tout même précisé que moi même étant musulman, ce n’est pas à moi non plus de les fixer. Elles sont simple, écrites, et c’est à personne d’en discuter. Je démonte ses arguments qui à la base n’étaient pas durs à contrer. Et là il me répond : « Vous savez, il s’agit de documents officiels du gouvernement. Vous êtes en train de remettre en cause leur authenticité. Si j’étais vous, je ne le ferais pas. Il s’agit du business d’une grande famille », me dit-il.

Je lui demande si je lui ai manqué un quelconque respect pour me glisser une menace à peine voilée. Il ne me dit que s’il était à ma place, il abandonnerait. Tout en se tournant vers la glace sans tain. Je comprends alors qu’effectivement, je commençais à titiller du lourd.

J’ai donc effacé mes vidéos sur internet. Je ne retournerai plus les voir. Je vais me rendre très tranquillement demain auprès des autorités pour exposer le tout et prendre certaines précautions. J’aurai attendu quatre rendez-vous avec beaucoup de patience avant de monter si haut, mais je n’ai plus le choix. Chacun se fera sa propre opinion sur cette affaire. J’ai la mienne. A qui la faute ? les tords sont-ils partagés ? Tout le monde sait mais ne dit rien ? En me rendant demain voir le ministère, j’espère au fond de moi trouver quelqu’un qui, tout simplement, comprendra en ce mois de ramadan, mon intention qui n’est pas de nuire, ni d’outrager qui que ce soit, mais de ne pas laisser bêtement certains intérêts financiers (aussi importants soient-ils) prendre le pas sur d’autres valeurs beaucoup plus nobles et à préserver.

Qu’il y ait de la viande de porc, de la viande non halal et de la viande halal, ce n’est finalement pas le problème. La question c’est de ne pas tromper le client sur la nature du produit, et que chacun puisse consommer librement en fonction de ses aspirations propres. Que celui qui veut des saucisses de porcs ne se retrouve pas avec des merguez de bœuf. Que celui qui pense acheter du halal ne soit pas non plus tromper en achetant du non halal, voire du haram.

C’est là l’objet de toute ma démarche, en ce mois béni.

Etonnant ? Non, couru d’avance.

Nous espérons vivement que l’initiative de ce jeune expatrié sera source d’inspiration pour de nombreuses personnes ici en France, mais aussi au Maroc, en Algérie, à Dubaï, en Belgique, etc. N’hésitez pas à agir comme lui. Exigez transparence et clarté. Si vous filmez vos rencontres, faites-nous en part. De telles actions, modestes, pousseront les industriels à plus d’honnêteté.