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Imam, il met en garde contre le halalgate

Face au halalgate, nombreuses sont les voix dans la communauté musulmane à s’élever contre l’inadmissible. Il en est pourtant une, qui fait autorité, aujourd’hui encore timide, bien que d’une efficacité redoutable : il s’agit de la parole de l’imam.

Impostures

Si aujourd’hui l’imposture continue à faire florès sur le marché du halal, c’est précisément qu’elle se réclame d’un statut religieux qu’elle n’a pourtant pas. On dit “mosquée” pour convoquer l’inconscient collectif et couper court à toute velléité de questionnements. Ça a longtemps fonctionné. On a longtemps pensé que puisque c’est telle ou telle mosquée qui certifie que c’est halal, alors ça l’est. C’est d’ailleurs là l’attitude prescrite par les textes religieux. Nous devons faire confiance. Normalement. Mais, en France notamment, nous ne sommes pas dans le normal, mais dans le pathologique.

La réalité, les faits, ont largement démontré qu’il n’est pas possible dans la situation actuelle de donner sa confiance à certains organismes de certification. De même, certains principes islamiques, que l’on ne saurait discuter, butent contre cette même réalité. Ces principes deviennent de faire inopérants puisque les conditions même de leur réalisation ne sont plus observées. Nous pensons précisément à la règle selon laquelle la viande des gens du Livre (les juifs et les chrétiens) nous est autorisée par Dieu. Si le verset s’impose de lui-même, on se rend rapidement compte lorsque l’on est de bonne foi que son application est la plupart du temps rendue impossible. Paradoxalement, ce ne sont pas les affairistes du prétendu halal, majoritairement sans bagages religieux, qui jouent de ce verset, mais une frange minoritaire de la population musulmane très pratiquante.

De la viande des gens du Livre

Plutôt que d’entendre et de comprendre les textes religieux, on les charcute, les dénature en décontextualisant des fatwas qu’on aura pris soin de sélectionner. Au final, on en vient à à justifier la consommation de viande haram (illicite). On cite alors des sommités, respectables et respectées, qui ont fait autorité de leur vivant et qui font toujours autorité aujourd’hui. L’imposture fait d’autant plus recette qu’elle déresponsabilise totalement les musulmans face au halalgate. Conséquence très concrète : selon ces promoteurs du faux halal, toutes les viandes en France sont halal, absolument toutes, celles que l’on trouve dans la grande distribution comme celle du boucher non musulman (hors viande porcine). C’est ainsi que l’on voit des barbus en qamis, accompagnés ou non de leurs épouses en jilbab, chez KFC, McDo ou Quick. C’est ainsi que des propriétaires de fast-food, toujours barbus en qamis, vont acheter de la viande haram chez Métro. Pour justifier le faux, ils citent le vrai. Pour manger haram, il cite le Coran, les paroles prophétiques et… l’Arabie saoudite. Mauvaise pioche : conscient des fraudes massives en Europe et aux Etats-Unis, le conseil des savants d’Arabie saoudite a lui-même mis en garde contre les viandes issues des entreprises occidentales. Qu’à cela ne tienne, ces adeptes du faux halal n’auront qu’une phrase à la bouche : c’est la viande des gens du Livre, car la France est un pays des gens du Livre. Circulez il n’y a rien à voir. Dieu a en effet autorisé aux musulmans la consommation de la viande des gens du Livre, mais pas al-maita (cadavre) des bêtes abattues par les gens du Livre, largement présente dans les cartons pseudo halal à la sortie des abattoirs.

Dieu merci, face à cette seconde imposture, des imams prennent la parole. Nous vous invitons à écouter l’intervention de Abou Hudheyfa, imam de Brest, sur le sujet. Une intervention précise et nuancée comme on les aime. Ni dans l’excès qui consiste à considérer qu’il n’existe ni viande halal ni viande des gens du Livre, ni dans l’autre excès qui consiste à dénaturer le Coran pour manger haram sous couvert de halal. Une attitude du juste milieu. Prenez soin d’écouter toute l’intervention sur la question et de peser chaque mot, chaque précision qu’apporte l’imam. C’est d’autant plus important que c’est là une position de juste milieu, tout comme l’islam est la religion du juste milieu. Ni rigorisme, ni laxisme.

Lire par ailleurs la réponse d’AVS au texte truffé d’erreurs et complètement déconnecté de la réalité du site Salafs.com, texte qui en a perturbé certains tant il manipule les références religieuses. Malgré plusieurs exhortations, appuyées à la fois sur le Coran et la Sunna et sur la réalité de l’abattage rituel en France, l’auteur du texte, un étudiant en sciences religieuses, a refusé d’amender son article pour y corriger les erreurs graves qu’il comporte. Cliquez sur le lien suivant : Réponse au site Salafs.com sur l’article « halal » [1].

Sensibilisez votre imam

Pour finir, petite suggestion à toutes et à tous : dès que possible, rencontrez l’imam de votre mosquée et demandez-lui de consacrer une khutba (un sermon du vendredi) – et des rappels réguliers — à l’importance de manger halal. Non pas un sermon pour dire que telle marque est halal, telle autre ne l’est pas, mais simplement pour rappeler la nécessité de s’abstenir en cas de doute, la conduite à tenir dans une situation telle que la nôtre, etc. C’est là une arme redoutable contre le faux halal, une arme que tous les spots radio, les publicités dans les boîtes aux lettres, les indignations calculées ne pourront faire taire. Tant que la question du halal ne retrouvera pas son centre de gravité, la mosquée, et qu’on laissera les industriels en discuter dans leurs bureaux, on ne pourra espérer manger vraiment halal un jour. A contrario, dès lors que nous nous réapproprierons ce dont nous avons été délesté, l’avenir s’annoncera meilleur in cha’a-Llah.