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Des bienfaits de l'allaitement

Second volet de l’article d’Umm Zayd, docteur en immunologie, consacré à l’allaitement maternel. Pour lire le premier volet, cliquez sur le lien suivant : Allaitement : c’est bon pour bébé [1]

Études épidémiologiques

Les effets exacts des différents composants ne sont pas tous connus car difficilement analysables. Les études épidémiologiques ont permis aux scientifiques d’étudier les bénéfices de l’allaitement à plus long terme sur la santé de l’enfant et de sa mère et de lier l’allaitement à une protection vis-à-vis de certaines pathologies. C’est un travail fastidieux, car la plupart des pathologies étudiées sont ce qu’on appelle des « maladies multi-factorielles » (comme le diabète). La survenue de ces maladies n’est pas le fait d’un facteur isolé mais s’explique par la combinaison de plusieurs facteurs.

– Troubles gastro-intestinaux : ils peuvent être dus à plusieurs agents pathogènes (bactéries et virus) et regroupent une variété de désagréments comme les diarrhées du nourrisson. Plusieurs études montrent que l’allaitement protège des infections gastro-intestinales et réduit jusqu’à quatre fois le risque de développer ces infections. Le lait apporte des anticorps et certains autres éléments qui vont se fixer aux bactéries et aux virus responsables et les empêcher de se fixer aux cellules de l’intestin.

– Otite moyenne aiguë : sous ce nom scientifique se cache l’otite, dont la plupart des mamans se sont plaintes. Et pour cause : c’est la maladie la plus fréquente surtout chez l’enfant de moins de deux ans. Elle résulte souvent d’une infection des voies aériennes supérieures (l’ensemble composé de la bouche, du nez, du larynx et pharynx). L’allaitement diminue le risque de développement des otites. On pense que cette protection passe essentiellement par les anticorps apportés par le lait maternel et aussi la présence de certains éléments qui vont empêcher les agents pathogènes responsables d’adhérer aux cellules des voies aériennes supérieures.

– Infections des voies respiratoires inférieures :
ces voies regroupent la trachée et les bronches. Le virus respiratoire syncytial est la principale cause des infections respiratoires chez les enfants de moins de deux ans. Cette infection peut se compliquer en bronchiolite et nécessiter de la kinésithérapie respiratoire ou dans les cas les plus graves une hospitalisation. Ces infections sont d’autant plus gênantes qu’elles peuvent augmenter le risque de développer de l’asthme. L’allaitement exclusif pendant au moins quatre mois protège de ces infections ,notamment des hospitalisations dues aux formes sévères.

– Asthme :
l’asthme ainsi que d’autres pathologies allergiques ont fortement augmenté ces dernières années dans les pays dits « développés ». Les scientifiques se sont penchés sur les raisons qui pourraient expliquer cette évolution et notamment sur les liens entre allaitement et asthme chez le nourrisson. Plusieurs études mettent en évidence une protection de l’allaitement vis-à-vis du risque de développer un asthme chez l’enfant que ce soit au sein des familles où il existe un historique d’asthme ou non.

– Dermatite atopique : la dermatite atopique, ou eczéma allergique, touche de plus en plus de bébés. Cette augmentation s’inscrit dans la hausse générale de troubles allergiques (eczéma, asthme rhinites et conjonctivites). Une étude a montré qu’au sein de familles avec un historique allergique, l’allaitement exclusif pendant au moins trois mois était associé à une diminution du risque de développer une dermatite atopique.

Obésité et surpoids : fléaux des sociétés modernes parmi d’autres, l’obésité et le surpoids touchent de plus en plus d’enfants et de plus en plus tôt. Le mode de vie répandu dans les sociétés dites « modernes » est avancé pour expliquer les troubles alimentaires observés. Pour y remédier, les professionnels recommandent une meilleure hygiène de vie et une éducation alimentaire saine dès l’enfance. La plupart des études qui se sont intéressées au lien entre allaitement et obésité/surpoids montrent une protection de l’allaitement. On pense que la composition changeante du lait au cours de la tétée et du temps permet d’éduquer le sentiment de satiété du nouveau-né. Le lait contient également certaines hormones impliquées dans le métabolisme du nourrisson et pourrait expliquer que les enfants nourris au sein à la demande soient plus à même de contrôler plus tard leurs apports alimentaires. Mais ces études sont difficiles à réaliser en raisons des nombreux biais pouvant exister : le bénéfice de l’allaitement peut-il être perdu à cause de mauvaises habitudes alimentaires ultérieures ? Les familles qui tiennent à allaiter sont-elles plus sensibles aux problèmes de malnutrition ?

– Pathologies cardio-vasculaires : on considère généralement que le taux de cholestérol sanguin (notamment le LDL ou mauvais cholestérol) et une pression sanguine élevée (la tension) sont les principaux facteurs de risques des accidents cardio-vasculaires. Le lait maternel, riche en cholestérol, induit un taux plus élevé chez les enfants nourris au sein versus nourris au biberon. Cependant, cette tendance s’inverse à l’adolescence et à l’âge adulte. Si bien sûr ils n’ont pas pris de mauvaises habitudes alimentaires. En ce qui concerne la pression sanguine, peu d’études ont été réalisées mais elles tendent montrer une légère diminution chez les enfants allaités par rapport aux enfants non allaités. L’allaitement pourrait donc protéger des risques cardiovasculaires en diminuant deux importants facteurs de risque. Peu d’étude se sont penchées sur le lien direct entre allaitement et troubles cardiovasculaires. L’existence de biais importants n’a pas permis de conclure définitivement sur cette relation.

– Diabète : les médecins définissent deux types de diabète : le type I et le type II. Le diabète de type I résulte d’une destruction des cellules qui produisent l’insuline au niveau du pancréas. C’est l’hormone qui régule le taux de sucres dans le sang. Quand nous nous alimentons, des sucres sont absorbés au niveau du tube digestif et passent dans le sang. L’insuline est stimulée et aura pour rôle de « débarrasser » cet excès de sucres en induisant leur stockage au niveau du foie, des muscles et des graisses. Elle va également arrêter la production de sucres par le foie. En revanche, à distance des repas, il ne reste plus beaucoup de sucres dans le sang, l’insuline n’est pas stimulée et la production de sucres par le foie à partir de ses stocks peut reprendre. L’objectif étant de maintenir une glycémie (taux de sucres dans le sang) à peu près constante et suffisante pour nourrir nos organes. L’allaitement exclusif pendant au moins trois mois semble protéger du diabète de type I. Cet effet protecteur passerait par les anticorps transmis par la mère via le lait et également certaines hormones qui pourraient induire un développement plus important des cellules produisant l’insuline. Quant au malade atteint de diabète de type II, il présente une résistance anormale à l’action de l’insuline. Le pancréas essaie de compenser en produisant plus d’insuline mais finit par s’épuiser. C’est généralement une maladie qui touche des sujets à partir de quarante ans même si certains enfants et adolescents peuvent être touchés. Le surpoids, l’obésité et l’existence de membres de la famille atteints de cette maladie sont des facteurs de risque. Cette pathologie étant liée au mode de vie et d’alimentation, on pense que l’allaitement protège du diabète de type II en participant à l’éducation alimentaire.

Syndrome de mort subite du nourrisson :
sous ce nom sont regroupées les morts « inexpliquées » de nourrissons âgés de moins d’un an pendant leur sommeil alors qu’ils semblent en parfaite santé. Plusieurs facteurs de risque sont avancés comme la position du bébé pendant son sommeil et le tabagisme passif. On ne sait pas encore par quel mécanisme mais l’allaitement diminue le risque de mort subite du nourrisson.

– Capacités cognitives/Intelligence : peut-être plus qu’un autre, ce critère est très difficilement analysable et comparable étant donné la multitude de facteurs qui entrent en jeu. L’effet n’a pas été retrouvé partout, mais il semble que dans certains cas l’allaitement ait un effet positif. On pense que l’interaction mère-enfant pendant la tétée et le lien qui peut en résulter est bénéfique au développement de l’enfant.

Et maman !

Les bienfaits chez la maman allaitante ont été étudiés plus tardivement et se sont concentrés sur certaines maladies.

– Retour au poids pré-grossesse :
il dépend de très nombreux facteurs comme l’alimentation de la mère ou son âge, mais il semble que chez certaines femmes, l’allaitement soit un plus. Les graisses stockées au cours de la grossesse seraient mobilisées au cours de l’allaitement pour fournir les lipides présents dans le lait. Ce qui pourrait expliquer que lorsque la prise de poids au cours de la grossesse est raisonnable et que le régime alimentaire n’est pas déséquilibré, l’allaitement participe à un retour au poids normal. Au delà des considérations esthétiques, le gain de poids successifs au cours des grossesses peut représenter un facteur de risque pour le développement de pathologies comme le diabète de type II ou des pathologies cardiovasculaires.

– Diabète de type II : l’allaitement semble protéger du risque de développer un diabète de type II chez les mamans n’ayant pas fait de diabète dit gestationnel (diabète de la femme enceinte). Le lien est moins clair chez les mamans ayant souffert de diabète de grossesse. Néanmoins il est prouvé que l’allaitement améliore la fonction des cellules du pancréas qui fabriquent l’insuline et qu’il a un effet bénéfique sur le métabolisme des sucres et graisses que les mères aient souffert ou non de diabète gestationnel.

– Dépression post-grossesse : cette dépression est différente de l’éphémère « baby-blues » et présente un sérieux problème de santé autant pour la mère que pour l’enfant. La relation avec l’allaitement est assez difficile à évaluer car deux phénomènes peuvent survenir en même temps: les mères dépressives auront tendance à arrêter plus tôt l’allaitement et l’allaitement peut protéger de ce type de dépression. Ces effets sont difficiles à analyser d’un point de vue statistique. Il semble néanmoins que l’allaitement ait un effet protecteur.

– Cancers des sein et ovaire : les facteurs de risque sont communs et regroupent entre autres : obésité, consommation d’alcool, utilisation de traitement hormonaux durant la ménopause et le nombre d’enfants. Ce sont des cancers que l’on qualifie d’hormono-dépendants. En France plus d’un nouveau cancer diagnostiqué sur trois chez la femme est un cancer du sein. Aux États-Unis, il représente même la deuxième cause de mort par cancer chez la femme. Quant au cancer de l’ovaire, il se place à la cinquième position des décès par cancer chez la femme. Pour ces deux cancers, l’allaitement a un effet protecteur d’autant plus marqué à partir de douze mois d’allaitement total (c’est-à-dire durant toute la vie d’une femme que ce soit suite à une, deux, trois grossesses voire plus).

Conclusion

Les études menées jusqu’à présent ont mis en évidence un effet bénéfique de l’allaitement dans de nombreuses pathologies, que ce soit chez la mère ou chez l’enfant. D’autres sont certainement en cours pour préciser ce rôle et notamment l’impact de différentes durées d’allaitement exclusif. Bien entendu, ce bon départ dans la vie ne doit pas être compromis par une mauvaise hygiène de vie pour que l’enfant puisse profiter pleinement des bienfaits de l’allaitement et d’un mode de vie sain. Et il est d’autant plus important que la mère allaitante y prenne plaisir et ne le vive pas comme une corvée !

Le lait maternel n’a pas livré tous ses mystères puisqu’on ne connaît pas tous les éléments qui le composent et encore moins toutes les fonctions de ceux que l’on connaît. D’autres surprises nous attendent peut-être…