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Ben Arfa, la chèvre et le soufisme

Les déclarations du footballeur Hatem Ben Arfa font polémique. Dans une interview publiée lundi dans le journal L’Equipe, le footballeur accuse le rappeur Abd Al Malik d’avoir voulu l’endoctriner dans sa tariqa (congrégation) qu’il qualifie publiquement de “secte [1] ». Réaction immédiate du chanteur : Ben Arfa est assigné en justice pour diffamation. Le procès s’annonce piquant : la justice française va devoir trancher et dire si les pratiques de la tariqa boutchichiya – le cheikh d’Abd Al Malik est le fameux Sidi Hamza Qadiri Boutchichi, vénéré (sic) et bien plus par ses disciples – relève du mouvement sectaire ou non.

Au-delà du différend, ce soufisme

Au-delà du différend entre ces deux hommes, cette affaire jette une lumière particulièrement crue et inconfortable pour ce soufisme bon teint, chouchou des médias, souvent mis en avant pour mieux stigmatiser l’islam orthodoxe, cet “islam obscurantiste”, comme on peut encore le lire dans une interview complaisante d’Abd Al Malik sur le site de de La Provence du 4 janvier dernier. Interview dans laquelle, le rappeur récite sa leçon qui en dit long sur son idéologie :

Le soufisme, c’est un regard pacifié sur le monde, une notion du “Vivre ensemble” qui est en phase avec notre époque et avec la force de notre pays laïc, où on peut être chrétien, juif et musulman en toute liberté. Il y a l’idée que les cinq piliers de l’Islam sont présents mais pas forcément dans un corpus mécanique, avec par exemple les cinq prières par jour. Les périodes de méditation sont très fortes, avec des invocations, des mantras individuels ou collectifs, autour des textes du Coran.

Source : La Provence [2]

Pirouette cacahuète : on jette les piliers de l’islam avec l’eau du bain, mais on ajoute aussitôt qu’ils sont présents sans être présents, faute de quoi il devient très difficile de dire qu’il s’agit encore d’islam. Il y a bien les cinq piliers de l’islam (l’attestation de foi, la prière, le jeûne du mois de ramadan [3], la zakat [4] et le hajj [5]), mais attention, pas dans un “corpus mécanique”. Mécanique ! Évidemment, et si des centaines de millions de musulmans à travers le monde considèrent que la prière est une pratique à part entière de l’islam et ne relève en rien de la mécanique, ce sont eux qui ont pété une durite. D’ailleurs, dans certaines tariqas, il est dit que ceux qui atteignent un certain niveau spirituel, c’est comme à l’armée : exempté ! Plus besoin d’observer quelques rituels que ce soit.

Les gentils versus les méchants

Remarquons la stratégie récurrente qui consiste toujours à dire avant toute chose que le soufisme est l’amour, la paix, la tolérance, cuicui les oiseaux qui chantent. Le procédé rhétorique est d’une efficacité redoutable, si bien que lors des interviews le soufi médiatique, quel qu’il soit, a un boulevard devant lui : il assène son discours et son interlocuteur boit ses paroles. Évidemment, personne n’étant contre la paix, l’amour, le bien en général, le malin soufi n’a jamais besoin de croiser le fer. Si seulement. Est-ce que les journalistes ne pourraient-ils pas essayer de gratter le vernis de ce discours candide pour chercher ce qui se cache derrière toutes ces tariqas, que beaucoup instrumentalisent pour mieux taper sur la majorité des musulmans ? Une chose est sûre : qu’il ait tenu des propos diffamatoires ou qu’il ait dit la vérité, Hatem Ben Arfa a le mérite d’avoir attiré l’attention de chacun et d’offrir l’occasion aux médias de prendre un peu de recul lorsqu’il s’agit de soufisme.

En attendant, voici deux vidéos publiques – il y en a des centaines sur les sites de partage de vidéos – qui montrent de l’intérieur ce que peut être une tariqa soufie. Il ne s’agit pas d’exception, mais de ce qui se fait très couramment. La première vidéo est amusante : on y voit un disciple s’exciter et breaker pour ensuite se prosterner et même s’allonger en guise de soumission à son maître ; ce maître est une référence tant en France qu’à l’international dans la tariqa naqshbandiya, une confrérie soufie très active. Difficile dans ces conditions d’affirmer que ce que l’on voit dans cette vidéo est le fait d’hurluberlus qui n’ont aucun rapport avec le soufisme. C’est le soufisme, tel qu’il est pratiqué aujourd’hui. La seconde est difficile si vous avez le cœur sensible : il s’agit d’un rituel pratiqué par les membres de la confrérie des Aïssawa, sise au Maroc, pendant laquelle une chèvre est dévorée vivante…. par des femmes et des hommes qui se l’arrachent. Les disciples en pleine hystérie se jettent sur la bête pour la mordre et en croquer un bout.

Dernière précision d’importance : toutes ces pratiques étranges et étrangères à l’islam se revendiquent du tasawwuf que l’on traduit par “soufisme”. Originellement, le terme tasawwuf était largement employé pour désigner un effort spirituel sur soi-même. En soi, l’effort de tazkiya an-nafs, c’est-à-dire de la purification de son intérieur, est un impératif qui s’impose à tout musulman et toute musulmane : procéder, par son enseignement, à la tazkiya de ceux qui l’entouraient, fut une mission importante et à part entière du prophète Mouhammad (sallallahou ‘alayhi wa sallam). Anas Lala rappelle d’ailleurs sur son site Maison-Islam.com [6] que, comme Ibn Taymiyya l’a écrit, il existe un soufisme conforme à l’orthodoxie de l’islam et un soufisme déviant. »