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Air Flottille : “les autorités turques sont des prestataires de service de l’État d’Israël”

Mi-avril, A. participe à la mission “Bienvenue En Palestine” et prend l’avion pour la Palestine via la Turquie. Il restera bloqué à l’aéroport d’Istanbul par les autorités turques qui ont collaboré avec Israël pour empêcher que cette mission ne réussisse. Témoignage.

Al-Kanz : Samedi 14 avril 2012, vous vous envolez pour Istanbul : destination la Palestine. Pourquoi ?
A. :
Je suis parti de Paris à Istanbul pour partir le lendemain dimanche en Palestine. L’objectif premier de la mission “Bienvenue En Palestine” était de répondre à l’appel international lancé par les Palestiniens à venir leur rendre visite. Nous devions inaugurer une école à Bethléem. La mission avait aussi pour objectif de montrer aux Palestiniens que nous ne les oublions pas, aussi bien ceux de Gaza, qui vivent dans un camps de concentration, comme l’a dit courageusement Nathalie Arthaud de Lutte ouvrière [1], mais aussi ceux qui vivent en Cisjordanie, où le nettoyage ethnique est de plus en plus prononcé. Nous avions choisi de partir de la Turquie, car contrairement au gouvernement français la Turquie s’était indignée de l’assassinat d’enfants par Israël et avait tenté de briser le blocus maritime israélien [2], ce qui avait coûté la vie à neuf pacifistes turcs. La Turquie attend d’ailleurs toujours des excuses.

Al-Kanz : Comment vous ont accueilli les autorités turques ?
A. :
L’impression générale ressentie était que les autorités turques sont des prestataires de service de l’État d’Israël. Une responsable nous a dit par exemple “mais pourquoi Israël vous refuse l’accès, c’est bien que vous avez fait quelque chose de mal”. La Gaza Freedom March [3] avait permis de révéler au monde la complicité des autorités militaires de la dictature d’Égypte avec l’État d’Israël. Notre mission aura permis de même de vérifier de visu la collaboration totale entre la Turquie et Israël, et le décalage entre la population en majorité pro-palestinienne et ses dirigeants. Nous avons tout d’abord essuyé un refus d’embarquement sur la compagnie nationale turque Turkish Airlines. Nous avons alors demandé que cela nous soit notifié par écrit, ce qui nous a été refusé dans un premier temps. On nous disait : “Voyez avec Israël”, “donnez nous votre passeport et on va demander à Israël”, etc.

Air Flottille

Nous avons alerté alors les médias turcs – je salue au passage leur courage d’avoir médiatisé notre action auprès de l’opinion publique turque – et avons obtenu après avoir bataillé un écrit nominatif mentionnant le refus d’embarquement sur ordre d’Israël. Les autorités de l’aéroport ne nous prenaient pas au sérieux. Quand nous avons demandé le remboursement des billets d’avion, il a fallu une nouvelle fois manifester pour obtenir gain de cause. On sentait que la police turque, réputée pour sa brutalité, se contenait vu la cause et l’endroit. Il y a eu quelques interpellations brutales, des policiers hommes qui embarquaient des femmes, et même une femme dont le voile a été arraché.

Al-Kanz : Quelles étaient les réactions des voyageurs dans l’aéroport ?
A. :
A la vue de nos pancartes, les voyageurs venaient nous poser des questions et étaient pour certains consternés. Un jeune homme nous a dit qu’on aurait dû nous laisser passer, quitte à être bloqué à Tel-Aviv. La majorité restait silencieuse. J’apprendrai plus tard par une avocate qui défend les droits des Kurdes que la population a peur de la police qui réprime avec violence les manifestations. Certains voyageurs, admiratifs de notre courage, nous ont congratulés. Lorsqu’un policier turque a voulu m’enlever ma caméra, un touriste asiatique lui a dit : “Why ? Freedom !”

Air Flottille

Al-Kanz : Vous dites avoir été enfermé plusieurs heures dans un restaurant. C’est-à-dire ?
A. :
Après avoir obtenu que Turkish Airlines organise notre retour anticipé à Paris pour l’ensemble de notre groupe, les autorités n’avaient qu’une envie, c’est de se débarrasser de nous. Il nous ont alors proposés de nous offrir à dîner et nous ont emmenés dans un coin au sous-sol de l’aéroport dans un restaurant fermé. Ils ont ensuite mis en place un cordon de police et ont tout barricadé de façon à nous empêcher de sortir du restaurant ! Parqués comme des animaux, nous avons alors mimé des bruits d’animaux et du coup les voyageurs se rapprochaient pour voir ce qui se passait. Nous avons dormi à même le sol ou sur des chaises. Il a fallu attendre le lendemain matin pour recouvrer notre liberté.

Air Flottille

Al-Kanz : Qui étaient vos compagnons de route ?
A. :
Nous étions un groupe de cinquante personnes, composé essentiellement de femmes, de tout âge. Beaucoup de retraités. La doyenne Claude, âgée de 80 ans, avait besoin d’aide pour tirer sa valise. Il y avait aussi un adolescent et deux enfants. Le profil type était donc Monsieur ou Madame tout le monde, militants débutants, citoyens du monde solidaires des occupés palestiniens.

Al-Kanz : Comptez-vous remettre ça ?
A. :
Oh que oui ! Cette année, Israël a réussi une nouvelle fois à se ridiculiser et a montré qu’il y a bien un cadavre dans son placard, comme l’a écrit Gideon Levy dans le quotidien israélien Haaretz. Nous étions 1 500. Israël et les compagnies aériennes complices ont voulu à tout prix nous bloquer, quitte à ratisser large et à empêcher même des “juifs et/ou sionistes d’apparence” de voyager : ainsi, 300 personnes qui n’étaient pas de la mission, certains qui allaient bronzer au Club Med de Tel-Aviv et même des diplomates français se sont retrouvés sur la liste noire des monstrueux terroristes. Il faudrait décerner une prime spéciale à l’hôtesse d’Air-France qui a mis par écrit la question posée à une passagère « êtes vous juive ? », ainsi qu’à Netanyahou qui dans une lettre à la mission “bienvenue Palestine”, a comparé Israël aux dictatures voisines.

Air France, êtes-vous juive ? [4]
Crédit Europalestine – Le racisme d’Israël et d’Air France au grand jour (document exclusif) [5]

On a aussi pu voir l’armée la plus morale du monde tabasser à coup de crosse de M16 un pacifiste danois puis le menotter sans que ça n’émeuve personne. Enfin, j’espère que ces missions vont se multiplier et s’étaler dans le temps, de façon à rendre plus complexe pour Israël notre interception. Je terminerai en rappelant que face à l’occupation israélienne un être humain a le choix de se taire et collaborer, ignorer, ou bien résister, boycotter et dénoncer l’apartheid par la non violence jusqu’à le voir tomber.