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Les Syriens ne sont pas palestiniens

Les Syriens ne sont pas palestiniens
[1]Twitter – Ymamnet [2]

On le sait depuis des années, on le constate régulièrement. Il vaut mieux que son bourreau soit israélien et que les victimes soient palestiniennes, si possible de Gaza. Mourir massacrés par des chars quand on est afghans, tchétchènes, ouïgours, irakiens, kazakhs ou encore syriens ne mérite guère notre attention. Ne parlons pas de toutes ces autres minorités non musulmanes qui meurent tous les jours sous les balles de l’armée ou de la police, les Tamouls, les Coptes, les Tibétains.

Indignation à géométrie variable et à géographie variable : l’un des grands malheurs des Syriens, c’est que leur bourreau n’est pas Israël. A quelques centaines de kilomètres près, ils auraient gagné la sympathie a minima des pays arabes et musulmans.


Nom des enfants tués par l’armée vendredi à Houla, près de Homs

Ajoutez à cela cette tare particulièrement ancrée chez ceux qui ont fait de l’antisionisme une religion : tout antisioniste, déclaratif ou putatif, est absous de tout ce qu’il fit, de tout ce qu’il fait, de tout ce qu’il fera ; si bien que les faux messies sont aujourd’hui plébiscités. Le président syrien, qui du reste n’est pas musulman, mais chiite alaoui – une secte tératogène qui croit notamment en la réincarnation de Dieu en la personne de Ali (qu’Allah soit satisfait de lui), calife et gendre du Prophète (paix et bénédiction sur lui) -, ne peut être celui qui massacre ainsi tous ces enfants, toutes ces femmes, tous ces hommes [3]. Non, ce n’est pas possible. Il déteste trop Israël. Ça ne peut être qu’un complot.

Les Syriens ne sont pas palestiniens
Liste des enfants tués par l’armée vendredi à Houla, près de Homs

Depuis des mois, certains nous expliquent que ce que l’on voit est faux, que tout n’est qu’un complot ourdi par les Américains et Israël. Que ces derniers trouvent un intérêt – ce qui reste à démontrer – à ce que le pouvoir actuel disparaisse peut être entendu. Mais qu’on nous explique que les chars qui font feu parfois pendant des jours contre des civils, que tous ces enfants massacrés, que toutes ces vidéos, toutes ces photos, tous ces témoignages ne sont qu’une manipulation médiatique ! Qu’ils se taisent. Leurs discours insensés sont tout aussi insupportables que le silence mortifère de la communauté internationale en général, des pays arabes et musulmans en particulier.

Les Syriens ne sont pas palestiniens
Twitter – Ymamnet [2]

Que dire donc de tous ces musulmans qui préfèrent le complot à la réalité, la cécité à la vérité ? Le musulman est solidaire de l’opprimé [4], quelle que soit sa religion. Il a dogmatiquement obligation, sinon de venir à son secours, à tout le moins de compatir. Oui, il y a en islam cette injonction à l’empathie envers l’opprimé, tout comme cette injonction à l’aversion à l’oppression. Condamner le mal, ne serait-ce que par le cœur, c’est là le plus petit degré de la foi. Que dire encore si l’on se souvient que la Syrie, ash-Sham, est cette terre bénie, louée par le Prophète (paix et bénédiction sur lui), qui a donné de grands savants qui font, des centaines d’années plus tard, toujours autorité et qui jouent un rôle unique dans l’eschatologie musulmane ?

Nous ne sommes certes en rien coupables de ces meurtres massifs. Nous n’avons appuyé sur aucune gâchette, nous n’avons chargé aucun fusil ni diriger aucun char. Nous aimerions au fond, quand l’horreur des images nous surprend au détour d’une page Web [5], agir, tentons-nous de nous persuader. Malgré tout, qu’il s’agisse des propos éhontés des comploteurs ou de notre indifférence affectée, le massacre quotidien des Syriens révèle la maladie qui ronge nos cœurs. Puissions-nous ne pas compter parmi les injustes.