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Nicolas Sarkozy est aux moines trappistes ce que Dalil Boubakeur est aux musulmans de France

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Bruno Le Maire, ancien ministre de l’Alimentation et de l’Agriculture, publie Jours de pouvoir [1]. Un livre encensé par la critique. Un récit des deux dernières années du quinquennat Sarkozy.

De Sarkozy justement, il en est évidemment question. Notamment à la page 172. En une phrase, rapportée par Bruno Le Maire, Nicolas Sarkozy résume l’islam de France, cet islam politique qui prend depuis tant d’années les musulmans de France en otage.

Cet islam des consulats, dont le CFCM est l’avatar par excellence ; turgescence administrative née de la volonté française de neutraliser l’influence des ambassades, principalement algérienne et marocaine.

Cet islam de l’intérieur, du ministère de l’Intérieur, qui de Nicolas Sarkozy à Manuel Valls, Monsieur 6%, assigne de façon systématique les musulmans à comparaître devant le tribunal de l’opinion publique.

Cet islam utilitaire, insupportable variable d’ajustement à droite comme à gauche, au service d’ambitions parfois personnelles, toujours politiciennes. Il suffit à cet égard d’écouter l’actuel ministre de l’Intérieur, qui peine à dissimuler sa volonté presque névrotique d’introduire, s’il le faut par la force, l’islam et les musulmans dans son agenda politique. Rappelons-nous par ailleurs l’instrumentalisation de l’affaire de la crèche Babyloup [2], le projet de loi porté par la gauche contre les nounous musulmanes [3], sitôt le Sénat remporté ou encore l’acharnement de la droite contre l’abattage rituel [4] au nom d’une islamophobie dogmatique, viscéralement ancrée à droite comme à gauche, une islamophobie qui n’a rien à envier à l’extrême droite.

L’islam doit être un problème. Ce fut le cas sous la droite de Sarkozy, c’est le cas sous la gauche de Valls. Là où l’ancien président brillait par ses qualités de tribun, l’actuel ministre de l’Intérieur abuse des postures martiales face à un ennemi bien plus voulu que réel. Un remake des années Bush à la française. L’envergure en moins.

Ajoutons que le ministre de l’Intérieur ne craint ni la contradiction ni le deux poids deux mesures :

– La contradiction : celui qui poussa à la fermeture d’un Franprix halal quand il était maire à Evry [5] déclara en mars 2012 que « l’Etat n’a pas à se préoccuper des préceptes alimentaires » des Français.

– le deux poids deux mesures : saisissant la moindre occasion pour stigmatiser et criminaliser les femmes musulmanes voilées, qu’il proposa d’éloigner “là où il y a des enfants [6] », celui qui se déclare “éternellement lié à l’état d’Israël [7] », invita les juifs de France à porter leur “kippa avec fierté ». Dans un climat difficile, où les actes racistes se multiplient, le propos du ministre est rassurant et bienvenu. On s’interroge toutefois sur l’appréciation à géométrie variable du ministre. De toute évidence, pour Manuel Valls, tous les signes religieux ne se valent pas. Ce qui doit nous inquiéter.

Mais revenons-en à l’ouvrage de Bruno Le Maire. A la page 172 plus précisément donc.

“[…] Je les connais, les musulmans. Et je vais vous dire : je les apprécie. Moi je suis allé au congrés de l’UOIF. Je suis intervenu devant l’UOIF. Parce que les musulmans, c’est pas que Dalil Boubakeur.” Échange de mines surprises. “Attendez ! Je l’adore, Dalil. Il est formidable ! Mais il représente les musulmans comme moi les moines trappistes, hein ?”

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via Frédéric Says [8]

Sarkozy aime les musulmans, nous apprend Bruno Le Maire. Nous n’avons pas de mal à le croire. Il nous paraît d’ailleurs évident que Nicolas Sarkozy a été bien plus opportuniste qu’islamophobe lors de son quinquennat. Opportunisme qui n’a pas réussi, faut-il le rappeler, au candidat malheureux de la présidentielle.

Lorsqu’il affirme que “les musulmans, c’est pas que Dalil Boubakeur”, Nicolas Sarkozy ne plaisante pas. C’est lui-même qui a décidé que le recteur de la mosquée de Paris soit le premier président du CFCM, après un simulacre d’élection. L’ex-président le sait. Démiurge d’un islam aussi fantasmé qu’artificiel, Nicolas Sarkozy a fait le CFCM.

En revanche, son analyse est en-deça de la réalité. Nicolas Sarkozy se trompe lorsqu’il affirme que M. Boubakeur “représente les musulmans comme [lui] les moines trappistes”. C’est faux. L’ancien locataire du palais présidentiel représente bien plus les moines trappistes que le recteur de la mosquée de Paris les musulmans.