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Les musulmans responsables de leur propre condition

Les massacres en Syrie [1] ? Facile, ce sont les Etats-Unis et Israël qui sont derrière. La quasi-totalité des produits halal abusivement estampillés halal ? Evident, ce sont les juifs qui tiennent le marché du halal et qui s’en mettent plein les poches. Le muslim-bashing incessant dans les médias français ? Normal, un plan caché, et porté certainement par les francs-maçons, empêche les musulmans de faire entendre leur voix.

Le responsable, c’est les autres

Nous pourrions continuer encore longuement : les illuminatis, les francs-maçons, le CFCM, la France, bien évidemment les sionistes ou encore Dédé le voisin qui ne fait qu’à se garer sur ma place de parking alors que je paye tous les mois un loyer pour en disposer. Sans parler du lobby des tartines beurrées qui ne tombent jamais du bon côté.

S’ils n’en ont pas l’exclusivité, les musulmans – ou disons “des musulmans” pour que l’on ne nous accuse pas de généraliser à outrance — manifestent une propension appuyée au conspirationnisme. La vérité est nécessairement ailleurs. Dans sa forme la moins névrosée, cette tare se traduit par le rejet sur autrui de ses manquements et de ses lacunes.

Sans verser dans un angélisme béat qui interdirait toute prise en compte des intérêts économiques, stratégiques, politiques de pays, de groupes ou de communautés tiers, on peut penser que l’une des raisons de la sclérose de la communauté musulmane vient d’elle-même.

Quel modèle pour quelle conduite ?

Combien sont celles et ceux à se retrousser les manches pour agir ? Combien sont celles et ceux qui observent une conduite morale sans faille, à tout le moins tendant à l’être ? Combien sont celles et ceux qui parce qu’ils appliquent la Parole divine, croient, mais surtout accomplissent les bonnes œuvres ? Combien se soucient de savoir si leur voisin mange à sa faim ? Combien ont ce souci, si rare, de ne minimiser aucun mal, aucune injustice ?

Combien de croyants ont conscience qu’« il y a une infinité de façons d’être injuste et de ne pas s’en rendre forcément compte [2] ». De la monnaie en trop rendue par la caissière étourdie que l’on ne restitue pas au détritus que l’on ne ramasse pas ou pire que l’on jette dans la rue, en passant par le bruit qui gêne nos voisins, sans que cela ne nous préoccupe.

La liste n’est évidemment pas exhaustive. Nous pourrions continuer ainsi encore longtemps. Rappelons peut-être encore le verset 135 de la sourate 4, qui illustre à la perfection l’idée de justice selon l’islam, ce même verset si profond, si universel qu’on peut le lire sur un mur à l’entrée de la faculté de droit de la prestigieuse université d’Harvard [3].

“Ô vous qui croyez ! Observez la stricte vérité quand vous témoignez devant Dieu, fût-ce contre vous-mêmes, contre vos parents ou vos proches. Que ce témoignage concerne un riche ou un pauvre, Dieu porte plus d’intérêts à l’un et à l’autre que vous-mêmes […].”

Traduction du sens du début du verset coranique 135 de la sourate 4, “les Femmes”

Une foi qui se pratique

Qui a fait sien dans la vie de tous les jours ce verset ? La nature même de l’islam, une religion qui se pratique, une religion certes transcendante, mais fondamentalement ancrée dans le monde d’ici-bas, amène le musulman à une réforme quotidienne. Aïcha (qu’Allah soit satisfait d’elle), épouse du Prophète (paix et bénédiction sur lui), disait de lui qu’il était “le Coran qui marche”. Parce qu’il veut lui ressembler, le musulman doit mettre en pratique tous les jours les principes auxquels il croit. En théorie.

En théorie, car en pratique nos lacunes sont grandes, nos manquements nombreux, nos défauts répandus. Comment dans ces conditions espérer que notre situation collective change. Allah ne change-t-il pas un peuple à la condition que ce peuple se change lui-même, comme nous l’indique le verset 11 de la sourate 13, Le Tonnerre ? Chacun de nous devrait faire de la réforme de sa propre personne une priorité absolue, tout en délaissant cette posture indigne qui consiste à accabler systématiquement autrui.

Car s’il y a bien un mal qui nous ronge, c’est bien celui de la déresponsabilisation systématique, comme le rappelle sans détour cheikh Tariq Jameel, un prédicateur pakistanais, devant un parterre de fidèles. Egos surdimensionnés s’abstenir.


La vidéo est en anglais. Si Darifton ou toute âme charitable, mais surtout anglophone, passe par-là, une traduction du propos du cheikh serait appréciée.