- Al-Kanz – Economie islamique en France et dans le monde - https://www.al-kanz.org -

La belle lettre à Sirine

Collège des Prunais - Villiers-sur-Marne
Collège des Prunais ©Google +

Sirine, une jeune collégienne vivant en région parisienne, a appris à ses dépens que porter une jupe longue à l’école, en France, quand on est musulmane, peut causer bien des soucis.

En France, aujourd’hui, porter une jupe longue dans un établissement scolaire quand on est musulmane est source de problèmes. Quand on est musulmane. Pas quand on est catholique, juive, bouddhiste, agnostique, athée. Ou même gothique ou bobo.

Porter une jupe longue à l’école a valu à Sirine, musulmane, interdiction d’aller en cours. En France, l’instruction est obligatoire jusqu’à l’âge de seize ans ; exception faite, dans certains établissements, aux élèves musulmanes qui portent des jupes longues et un bandeau de quelques malheureux centimètres sur la tête. Pas de jupe courte, pas d’instruction.

Il a été intimé l’ordre à Sirine de porter une jupe moins longue. Dans son plein droit, du haut de ses quinze ans, elle a refusé. Trois mois de mise en quarantaine. Trois mois de pression et d’humiliation. La pestiférée a été interdite de cours, interdite de récréation, interdite de parler aux autres élèves. Il fallait mater celle qui ne voulait pas se soumettre aux lubies laïcardes et/ou islamophobes d’une poignée de fonctionnaires.

Sirine a dit « non ». Sirine a résisté. Sirine a alors été définitivement renvoyée de son collège. L’affaire a été ébruitée. Le collectif contre l’islamophobie en France [1] (CCIF) a été saisi. Il n’entend pas laisser quelques fonctionnaires abimer psychologiquement une enfant parce qu’elle est musulmane ni leur permettre de faire justice eux-mêmes.

Au-delà de Sirine, c’est l’institutionnalisation de l’islamophobie qui doit être combattue, celle-là même qui autorise régulièrement des enseignants à se liguer contre des élèves [2]. La pédagogie, conformément à son étymologie, accompagne l’enfant vers le savoir, l’instruction, l’éducation. En théorie. Pas partout. Pas partout en France.

Dans son malheur, Sirine a trouvé des bonnes âmes. Parmi elle, Marwan Mohammed, sociologue chargé de recherche à la prestigieuse École des hautes études en sciences sociales (EHESS) et accessoirement organisateur de colloques comme celui du 20 avril prochain à Sciences Po Paris [3]. Il y sera question… d’islamophobie. Marwan Mohammed a écrit une lettre à Sirine, une lettre publiée jeudi 4 avril dans le journal Libération. Extrait.

« Ton exclusion se profile, ta santé ne s’est pas améliorée – plutôt déprimée, m’a dit ta mère -, ton année scolaire est quasiment fichue et les procédures sont ruineuses pour votre modeste budget.

A part la dignité fixée à ton front, tu as, pour l’instant, perdu sur tous les autres. Comme toi, je me rends compte que ta parole, ta liberté ainsi que ton avenir scolaire n’ont pas pesé bien lourd. Et ne crois pas trop, à l’avenir, à un job d’assistante maternelle ou dans le privé. Le parti politique pour lequel ton entourage a donné sa voix à l’élection présidentielle envisage d’achever la marginalisation des femmes dont l’islamité est jugée trop visible. Cet acharnement est névrotique et, malheureusement, Frantz Fanon est mort. »

Lire : La jupe et le bandeau : lettre à Sirine [4] par Marwan Mohammed – @marwanormalzup [5]

A cette lettre émouvante s’ajoutent des messages adressés à Sirine. Le CCIF a eu l’heureuse idée de créer une adresse mail à la collégienne pour qu’elle puisse recevoir d’autres messages de soutien. N’hésitez pas à en faire bon usage : [email protected]. D’autres messages de solidarité, de compassion et d’encouragement permettront certainement à Sirine de retrouver espoir et sourire.

Précisons que, grâce encore à la mobilisation du CCIF, Sirine a été rescolarisée. Elle bénéficie aussi du soutien de professeurs particuliers qui vont tenter de lui faire rattraper le retard dû au trois mois d’isolement.

Merci pour elle.