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Drones : des mensonges d’Obama et des cibles civiles

Obama drones
Crédit Jayel Aheram [1]

Imaginez que régulièrement des familles entières dans des villages reculées de l’Ardèche, de l’Aveyron ou de la Creuse soient tuées par des missiles tirés depuis des drones américains.

Imaginez seulement, car ça n’est pas près d’arriver. Il n’est pas acceptable de tuer des civils occidentaux. En revanche, quand il s’agit du Pakistan ou du Yemen, la morale est toute autre.

Barack Obama, président des drones… et des mensonges

D’ailleurs, en l’espèce, le président américain Barack Obama s’est assis sur la morale. Président des drones, qu’il apprécie particulièrement, Obama n’est pas qu’un assassin, c’est aussi un menteur.

Depuis des années l’administration d’Obama répète à l’envi que l’usage de drones n’est autorisé que contre “certains hauts dirigeants d’Al-Qaida ou leurs alliés impliqués dans l’attentat du 11 septembre 2001” ou contre des cibles préparant des “attentats terroristes imminents visant des intérêts américains”. Mensonges.

Début avril, Jonathan S. Landay, journaliste pour McClatchydc [2], révélait le contenu de rapports secrets de la CIA. Le journaliste a pu avoir ainsi accès à des listes de supposés “insurgés” tués par des drones en Afghanistan, sans que ces cibles ne répondent aux critères avancés par les Etats-Unis.

The intelligence reports list killings of alleged Afghan insurgents whose organization wasn’t on the U.S. list of terrorist groups at the time of the 9/11 strikes; of suspected members of a Pakistani extremist group that didn’t exist at the time of 9/11; and of unidentified individuals described as “other militants” and “foreign fighters.”

Des civils approximativement “combattants supposés”

Le reste de l’article de Jonathan S. Landay est de la même teneur : l’administration Obama a une définition très extensive de ce que recouvre l’expression “menace imminente”. C’est ainsi que des centaines “d’insurgés” ont été tués alors même qu’ils n’étaient ni des “hauts dirigeants d’Al-Qaida”, ni leurs alliés, ni même des “terroristes préparants des attentats imminents contre des intérêts américains”. En 2012, dans un article accablant, le Bureau of Investigative Journalism révélait que d’autres drones d’Obama tuaient aussi les civils qui venaient en aide aux “supposés insurgés” précisément par des drones et, plus sordide encore, aux civils qui participaient à leurs funérailles.

Lire : Obama terror drones: CIA tactics in Pakistan include targeting rescuers and funerals [3]

Si en France la question des drones n’intéresse pas grand-monde, il en est tout autrement aux Etats-Unis. Avec la fermeture de Guantanamo, la fin de ce terrorisme d’Etat est le cheval de bataille de nombreuses associations qui n’acceptent pas, à juste titre, que l’on puisse de la sorte tuer impunément et illégalement. Parmi elles, l’ACLU (American Civil Liberties Union [4]) ou encore Amnesty International [5]. Il faut à cet égard suivre Zeke Johnson sur Twitter [6].

Martin Lutter King : « I have a dream ». Barak Obama : « I have a drone » Mourad [7]

Le 17 avril dernier, Wessab, un village perché dans les montagnes yéménites était frappé par un drone américain. Farea Al-Muslimi, écrivain et militant yéménite originaire de ce village et résidant aux Etats-Unis, témoignait devant le Sénat américain à l’occasion d’un débat sur le “programme d’assassinats ciblés” (« targeted killing program ») de l’administration d’Obama. Son discours a fait le tour du monde.

Farea Al-Muslim raconte notamment qu’après l’attaque qui a tué cinq supposés combattants il a reçu des appels de son village : “Pourquoi les Etats-Unis terrorisent-ils des milliers de villageois ?”, “Pourquoi les Etats-Unis tentent de tuer une personne avec un missile alors que tout le monde sait où il se trouve et qu’il aurait été aisé de l’arrêter ?”

Le verbatim du discours de Farea Al-Muslimi a été publié la semaine dernière par The Independent : Yemeni man brings the horror of drone strikes home to US Senate [8].

Drones : Obama pire que Bush

Parmi les intervenants ayant pris la parole lors de cette discussion au Sénat américain, on compte Peter de la New America Foundation [9], qui tient un décompte des frappes de drones américains.

Selon lui, de 2002 à 2008, le président Georges W. Bush a autorisé 48 attaques de drones contre le Pakistan et une au Yemen contre six fois plus en quatre ans au Pakistan, soit 307 attaques à la mi-avril 2013. On est ainsi passé d’une frappe tous les quarante jours à une frappe tous les quatre jours.

Barack Obama est prix Nobel de la paix.

“The CIA drone program began quietly under President George W. Bush with one strike in Yemen in 2002, and then a smattering of strikes in Pakistan between 2004 and 2007 before a more sustained campaign in 2008. During his two terms in office, Bush authorized a total of 48 strikes in Pakistan.
Upon taking office in January 2009, President Barack Obama almost immediately made drones one of his key national security tools. By mid-April 2013, he had already authorized 307 strikes in Pakistan, six times more than the number of strikes carried out during President Bush’s entire eight years in office. Under Obama, the drone program accelerated from an average of one strike every 40 days to one every 4 days by mid-2011.”

Témoignage de Peter Bergen – “Drone Wars: The Constitutional and Counterterrorism Implications of Targeted Killing” [10]