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Boucheries halal à Lille : l’enquête explosive d’Asidcom

Roubaix : dans la poubelle d'un boucher musulmanRoubaix : dans la poubelle d’un boucher musulman

Halalgate. En 2008, puis en 2009, l’association Asidcom publiait une enquête sur les organismes de contrôle de viande halal (OCVH).

L’objectif d’alors consistait à informer autant que faire se peut les consommateurs de la réalité d’un marché particulièrement vérolé par la fraude, le marché de la viande halal.

L’enquête se basa dans un premier temps sur du déclaratif : un questionnaire fut envoyé à vingt-quatre OCVH identifiés. Seulement six d’entre eux donnèrent suite. Asidcom mena alors ses propres recherches.

Lire : Halal : téléchargez l’enquête d’ASIDCOM sur les organismes de certification [1]

Quatre ans plus tard, après une enquête de 2010 2012 portant sur les consommateurs musulmans, Asidcom publie une autre enquête, menée de juillet 2012 à mars 2013, cette fois consacrée aux boucheries halal, en l’occurrence celles de la ville de Lille, dans le nord de la France, et son agglomération.

Rendue publique lundi 15 juillet, cette enquête a deux objectifs, indique Asidcom sur son site Internet :

– comprendre le fonctionnement du circuit de distribution des boucheries halal afin d’obtenir des données plus quantifiées et de fournir des outils de compréhension pour les consommateurs, avertis ou non.
– ouvrir un dialogue direct entre des représentants de consommateurs et les responsables des boucheries « halal » sur le caractère halal des produits, leur traçabilité et l’utilisation ou non des méthodes d’étourdissement.

L’enquête a été réalisée en trois étapes.

Première étape. Interpeler les boucheries halal traditionnelles à travers un questionnaire articulé autour de trois points :
– nature des produits commercialisés dans la boucherie halal
– qualité des produits et la garantie halal proposée par les bouchers à leurs clientèles
– conditions de travail des bouchers musulmans dans le contexte français.

Deuxième étape. Contacter directement les grossistes des boucheries, puis leur rendre visite. Les résultats ont été consignés dans un tableau récapitulatif.

Troisième étape. Organiser une réunion avec les différents bouchers sollicités pour l’enquête, les responsables locaux du culte musulman et des représentants d’union d’entrepreneurs afin d’exposer les résultats de l’enquête, mettre en avant les points négatifs et pistes d’amélioration.

Asidcom indique dans son rapport final que 37 boucheries ont participé à l’enquête, dont 5 qui n’ont pas souhaité remplir le questionnaire que l’association leur a adressé. L’enquête a ainsi abouti à un rapport de 43 pages téléchargeable sur le site Internet de l’association Asidcom. Voici quelques extraits.

Page 11 : « […] l’enquête sur les fournisseurs a révélé que toute la volaille vendue par les bouchers musulmans, dans Lille et ses agglomérations, est issue d’abattage avec électronarcose. »

Page 15 : « Aucun dispositif n’est prévu par les boucheries halal traditionnelles afin de fournir une information claire et fiable au consommateur concernant l’emploie de l’électronarcose ou le pistolet d’abattage dans le cadre de l’abattage des animaux rituellement. »

Page 16 : « Un boucher, nous a confié que lors de l’une de ses visites il a constaté un tueur (non-musulman) tuant des agneaux tout en prononçant la formule islamique « Bismilleh et Allahou Akbar ». Le boucher l’a alors interrogé sur ce qu’il faisait. Le tueur a répondu que le sacrificateur était en pose et qu’il essayait de faire avancer le travail en attendant son retour. »

Nous vous livrons la conclusion qui n’étonnera pas les plus avertis :

Page 18 : « Tous ces facteurs rendent la mission d’un boucher cherchant à offrir un produit garanti halal et de qualité très difficile voire impossible. Ils ont favorisé la généralisation des procédés d’étourdissement des animaux, à l’insu des consommateurs. Ces derniers ne sont pas protégés quand la tromperie porte sur le critère halal du produit. »

Le constat est triste et grave. Mais, il faut dire que les consommateurs laissent faire. Alors qu’ils peuvent changer radicalement la situation sans attendre une loi, notamment en refusant d’acheter chez un boucher qui n’apporte pas des garanties sérieuses, ces derniers se laissent tromper. Or, il suffirait d’une prise de conscience même faible, mais réelle, pour assainir le marché massivement et rapidement.

Des bouchers fraudeurs toute l’année

En 2010, un boucher musulman, qui s’était rendu la veille de l’aïd al-Kebir (dite aussi communément « fête du mouton ») au marché international de Rungis, près de Paris, pris des photos de carcasses de moutons abattus la semaine précédente. Ces moutons portaient la certification de la mosquée d’Evry-Courcouronnes avec la mention Aid al-Adha. Or, un mouton de l’Aïd est un mouton abattu le jour de l’Aïd, pas quatre ou cinq jours plus tôt. L’affaire fit à l’époque grand bruit. Depuis, rien n’a changé. De nombreux bouchers continuent de se servir au marché de Rungis en faux halal et faux moutons de l’Aïd.

– Faux moutons de l’Aïd : Rungis pris la main dans le sac [2]
– Faux moutons de l’Aïd à Rungis, les photos [3]
– Scandale du faux halal : voici le reportage diffusé sur D8 [4]

Souvent, les consommateurs se méfient de la grande distribution et font confiance à leur boucher. Pourtant, ce qu’ils oublient ou ne savent pas, c’est que les bouchers musulmans ont peu ou prou les mêmes fournisseurs que Carrefour, Auchan, Leclerc et autres. Tant que chaque boucher ne sera pas questionné 10, 20, 30 fois par semaine par des consommateurs qui refusent qu’on leur vende du faux halal, alors le marché du halal ne changera pas.

Le client est le patron du commerçant, seul lui décide de faire vivre le commerce.

Or, la hantise d’un boucher, comme de tout commerçant, c’est de perdre sa clientèle. Plus les consommateurs demanderont une garantie réelle de la viande qu’on leur vend, plus les bouchers se plieront à cette exigence. Ces derniers n’ont pas le choix : le pouvoir est dans les mains du clients, pas du commerçant. La vraie question n’est donc pas : « est-ce qu’un jour les choses changeront ? », mais « quand est-ce que les choses changeront » in cha’a-Llah ?

Pour télécharger l’enquête d’Asidcom, cliquez sur le lien suivant : Enquête ASIDCOM sur les boucheries traditionnelles halal de Lille [5]

Lire

– Roubaix : dans la poubelle d’un boucher musulman [6]
– La poubelle du boucher musulman [7]

Consommateurs musulmans, la balle est dans votre camp. Soit vous vous décidez à ne plus acheter de la viande chez votre boucher en lui faisant une confiance aveugle et là un jour vous aurez de la viande vraiment halal, soit vous continuez à ne rien exiger et vous continuerez à manger du haram. Contre votre gré, contre vous-mêmes, sinon avec votre propre complicité, à tout le moins avec votre approbation tacite.

A nous de choisir. Et d’agir. Ou pas.