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Dérapages de policiers sur Facebook : la page supprimée

facebook police info

En visite à Trappes, Manuel Valls, tout à la fois ministre de l’Intérieur, procureur et avocat sans nuance de la police, visiblement agacé par les propos d’une jeune femme qui l’interpelait, s’est fendu de la réponse suivante (via Le Monde) :

“Ne regardez pas trop Twitter et les réseaux sociaux”, avant d’ajouter que “la mise en cause d’un élu, d’un ministre, des forces de l’ordre, y compris dans vos mots, montre bien qu’il y a un problème.”

Manuel Valls interpellé par une habitante de Trappes [1]

Défiance des Internets, qui on le sait depuis longtemps sont le mal ou lucidité décomplexée ? Ne regardez pas trop Twitter, vous pourriez y lire, y voir, y entendre autre chose que les éléments de langage du syndicat de police Alliance que l’ensemble des médias, hormis Le Monde, a déroulé sans recul ni précaution de vendredi à samedi, avant, devant l’évidence, de se rendre compte qu’il n’était pas tenable d’avancer la seule parole qui convient à Place Beauveau.

Comme c’est le cas depuis plusieurs années, l’information s’est déplacée sur les réseaux sociaux et c’est tant mieux. La parole n’est plus confisquée. Certes, face aux mastodontes de l’information, face aux rédactions parfois tenues par ces vieux nouveaux chiens de garde, comme les appelait le journaliste Serge Halimi, face au traitement médiatique majoritaire qui décrète avant d’enquêter et assène sans nuancer, la parole citoyenne pèse peu. Mais, elle pèse et elle continuera de peser. Elle deviendra même ce scrupule, qui trop souvent manque dans les médias.

“Ne regardez pas trop Twitter et les réseaux sociaux”, nous dit Manuel Valls. Et pourtant, dans cette police qu’il défend aveuglément il est des éléments qui prouvent que le problème n’est pas dans la “mise en cause des forces de l’ordre”, mais ailleurs.

Lire – Trappes : quand des policiers dérapent sur Facebook [2]

On ne reprochera pas au ministre de ne pas regarder assez les réseaux sociaux. On l’invitera néanmoins à faire le ménage dans les rangs de la police et de sanctionner les dérapages odieux qui n’en finiront pas de « porter atteinte à l’image et à la réputation de leur auteur, et par extension à l’ensemble de la police nationale », comme le rappelle une note de la Direction générale de la police [3], citée par Camille Poloni, journaliste chez Rue89.

Nous avons pleinement conscience que ces dérapages, que le ministre de l’Intérieur doit condamner publiquement et fermement, sans souffler le chaud et le froid comme il aime tant le faire, sont le fait d’une minorité dans une police qui fait un travail remarquable dans des conditions chaque jour plus difficiles ; tout comme les émeutiers de Trappes, dont les méfaits sont clairement condamnés et doivent continuer de l’être sans détours, sont une infime minorité. Les uns et les autres abîment la société, les uns et les autres empoisonnent la vie des bonnes gens, les uns et les autres donnent du grain à moudre à une droite et une extrême droite qui faute d’aimer la France travaillent le peuple à la détruire. Ne les laissons pas faire.

La page Facebook Le Forum Police-Info [4] dans laquelle des agents de police appelaient à vider les stocks » de munition à Trappes, à « flinguer », à faire « un bon nettoyage », à « l’épuration », à faire gaffes aux caméras – pour éviter que la France sache ce qui se passe sur le terrain ? — “à flinguer” (seulement) les émeutiers a été supprimée. Les discussions se prolongent sur le forum éponyme : http://www.police-info.com [5]. Ajoutons qu’au moins un des policiers, qui aurait été présent à Trappes, a lui aussi supprimé sa page Facebook.

Manuel Valls prendra-t-il les sanctions qui s’imposent ? Condamnera-t-il ces dérapages très inquiétants ? Les heures qui viennent devraient nous le dire.