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Trappes : Manuel Valls, ministre de l’Intérieur ou chef de clan ?

“C’est inacceptable qu’une personne veuille se soustraire à un contrôle, et pire, s’en prenne aux forces de l’ordre”. Ces propos tenus dimanche sur la chaîne de télévision BFM-TV par le ministre de l’intérieur, Manuel Valls, tombent sous le sens.

Une contravention comme une autre

Il est évident que nul n’est en droit de se soustraire à un contrôle de police tout comme nul ne peut s’en prendre aux forces de l’ordre. Cette évidence est partagée par le plus grand nombre, dont les femmes qui portent le niqab en France malgré l’interdiction de le porter en public.

Comme le rappelle le Monde, les contrôles de femmes en niqab se font dans le respect de l’ordre public [1]. Sur les “661 verbalisations ont été établies” – 661 sur bien plus de contrôles puisque tout contrôle n’aboutit pas à une verbalisation comme les automobilistes en infraction le constatent tous les jours.

La jeune femme de Trappes est de ces personnes contrôlées qui obtempèrent, comme elle l’affirme dans son témoignage que nous publiions samedi.

Lire – Trappes : témoignage de la jeune mère de famille arrêtée par la police [2]

Comme d’autres qui roulent sans permis [3], comme d’autres qui refusent délibérément de mettre leur ceinture de sécurité, comme d’autres qui conduisent avec de l’alcool dans le sang, comme d’autres qui refusent le prélèvement d’ADN [4], comme d’autres qui prient dans la rue en infraction avec loi, ces femmes en niqab se savent en infraction et ont conscience qu’elles risquent d’être contrôlé. Elles le savent d’autant plus que, lorsque survient le contrôle, elles coopèrent. C’est ce que souligne l’Observatoire de la laïcité cité par Le Monde.

« Si quelques rassemblements hostiles mobilisant peu d’individus ont pu être constatés, l’application de la loi s’effectue, dans la grande majorité des cas, sans recours à la contrainte et sans occasionner de trouble à l’ordre public. »

Protéger la police ou protéger aussi les citoyens ?

Manuel Valls le sait. Le ministre de l’Intérieur connaît ces chiffres et n’ignore pas que ces femmes en niqab, dont il désapprouve vigoureusement le choix, ne veulent pas “se soustraire au contrôle” et ne s’en prennent pas aux forces de l’ordre. Pourtant, alors qu’il était dans son rôle lorsqu’il condamna les émeutes menées par des délinquants à Trappes, Manuel Valls sur BFMtv n’hésita pas, avant même les conclusions de l’enquête, à prendre le parti des policiers, indiquant ne pas douter “un seul instant”.

Cette posture, idéologique, est choquante. D’abord parce que Manuel Valls a le devoir d’être le ministre de l’Intérieur et non le chef d’un clan. Ensuite parce que les témoignages des habitants corroborent la thèse de l’usage disproportionné de la force par la police lors du contrôle. Avant enquête sérieuse et indépendante, cela ne fait pas des policiers des coupables.

Il n’est pas demandé aux ministres de désavouer ses troupes. Il lui est demandé, tout comme au procureur qui s’est empressé d’accuser le mari de la jeune femme ou à Thierry Mazé, syndicaliste du très à droite syndicat Alliance, de parler de tentative de meurtre, de respecter le temps de l’enquête. Sauf à considérer que la police est au-dessus des lois et que les citoyens ont toujours tort. Surtout s’ils habitent en banlieue.

Si le couple est coupable et que des preuves le démontrent, il sera jugé comme tel. En attendant les conclusions de l’enquête, les autorités policères, et en premier lieu, font la démonstration qu’en matière de droits tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. Inquiétant.

Crédit photo une ©Mustafa [5]