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Le pape François, un Socrate au Vatican

Le pape François, un Socrate au Vatican
© Carol Mary Nolan [1]

Le pape François est un révolutionnaire. Il est ce catholique romain tout à la fois aiguillon, torpille et accoucheur, comme ce Socrate décrit par Platon dans l’Apologie de son maître.

De Socrate l’Athénien à François le Romain

A la manière de Socrate à Athènes, le pape François pique nos consciences, torpille le confort égoïste de chacun et met au monde qui sa responsabilité vertueuse, qui sa sollicitude bien fragile, qui son égoïsme assumé. Ce pape plus que d’autres accouche cette évidence perdue, cet être à l’autre sinistré, cette obligation d’aider, de soutenir, de secourir.

Ce pape dérange. Ce pape dérange bien au-delà des chrétiens. Ses prises de position iconoclastes et courageuses transcendent langues et croyances, nationalités et origines. Ce pape nous dérange tous, tant il nous inflige, parce qu’il le doit, nos manquements.

Lampedusa, an I de la révolution

Le 8 juillet dernier, le locataire du Saint-Siège était en visite dans la ville italienne de Lampedusa, dramatiquement symbolique du désarroi des milliers de migrants qui bravent la mort parce qu’ils espèrent la vie.

Lors d’une homélie tournée naturellement d’abord vers les chrétiens, il a honoré ces damnés de la terre en témoignant sa solidarité et celle de son Eglise : « L’Eglise est avec vous dans votre quête d’une vie plus digne pour vous et vos familles. » Et plus encore.

Le pape François à Lampedusa. Extraits du verbatim

« Nous avons perdu le sens de la responsabilité fraternelle. Nous sommes tombés dans l’attitude hypocrite du prêtre et du serviteur de l’autel dont parle Jésus dans la parabole du bon Samaritain. Nous regardons notre frère à moitié mort sur le bord de la route, peut-être pensons-nous « le pauvre » et nous continuons notre route, ce n’est pas notre affaire, et avec cela nous nous mettons l’âme en paix. La culture du bien-être qui nous amène à penser à nous-mêmes, nous rend insensibles aux cris des autres, nous fait vivre dans des bulles de savon qui sont belles mais ne sont rien, que l’illusion du futile, du provisoire, qui conduit à l’indifférence envers les autres, et qui conduit même à une mondialisation de l’indifférence ».

« Qui de nous a pleuré pour ce fait et pour d’autres comme celui-ci, pour la mort de ces frères et sœurs ? Qui a pleuré pour ces personnes qui étaient sur le bateau ? Pour les jeunes mamans qui portaient leurs enfants ? Pour ces hommes qui désiraient quelque chose pour soutenir leurs familles ? Nous sommes dans une société qui a oublié l’expérience des pleurs, ce qu’est souffrir avec. La mondialisation de l’indifférence nous a ôté notre capacité de pleurer ! »

Source : Fait religieux – Le pape marque sa solidarité avec les émigrés clandestins [2]

Les médias dans leur ensemble ont évidemment couvert cette visite officielle à Lampedusa, mais comme ils couvrent tout déplacement d’un chef politique de haut-rang. Le discours du pape François n’était pourtant pas simplement celui d’un banal homme d’Etat. Ce pape est de la trempe – que l’on nous excuse la comparaison galvaudée – d’un Malcolm X [3], à la différence près que ce pape est chrétien, ce pape est blanc.

Lampedusa n’est pas une anecdote. Il faut l’entendre. Comme il faut entendre le message pontifical mis en ligne sur l’un des comptes Twitter officiels peu après minuit, heure française. Le pape François préside les Journées mondiales de la jeunesse (JMJ) à Copacabana, ville du Brésil, pays des favelas.

On peut rester sourd et même hostile à la parole pontificale quand elle sert la cause de l’Église et l’évangélisation du monde. On ne peut se refuser à entendre la parole du pape lorsqu’il nous interpelle comme il le fait une nouvelle fois aujourd’hui.