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Aïd al-Adha : pour faire baisser le prix du mouton, ne le sacrifiez pas le premier jour

Article publié le 4 novembre 2011, mis à jour le 5 octobre 2013


Aïd al-Adha
©Tahini [1]

Tout le monde ou presque veut son mouton le premier jour de l’aïd al-adha alors qu’il est possible, religieusement parlant, de le sacrifier ou de le faire sacrifier le deuxième et le troisième jour de l’aïd.

Mouton le premier jour, prix et fraudes explosent

Conséquence directe : la forte demande fait exploser les prix. Cette année, les prix en France vont dépasser les 300 euros par tête. Jackpot pour les éleveurs et les bouchers qui profitent largement de la situation pour gagner beaucoup d’argent sur le dos des consommateurs musulmans.

Pire encore, la frénésie qui caractérise le premier jour de l’aïd al-adha est telle qu’elle crée des conditions particulièrement favorables à la fraude : moutons abattus à l’étranger (Irlande, Grande-Bretagne, etc.) plusieurs jours avant l’aïd, puis importés et stockés en France en attendant le jour J, moutons non halal vendus sous le label halal, moutons abattus en France dans la nuit qui précède la prière de l’aïd, etc.

Or, le sacrifice de l’aïd n’est valable que si l’animal est 1) abattu selon le rite islamique, 2) abattu après la prière propre à ce jour de fête. Un mouton abattu en Irlande trois jours avant, comme on a pu en trouver ces dernières années chez certains bouchers musulmans ou régulièrement en grande surface, n’est pas un mouton de l’aïd, même s’il est halal.

Les consommateurs musulmans, victimes et responsables

Paradoxalement, les consommateurs musulmans sont à la fois victimes et responsables de cette situation. Victimes, car ils se font avoir – une fois n’est pas coutume. Responsables, car ils sont encore trop nombreux à vouloir absolument leur mouton le premier jour, alors même qu’ils disposent de trois jours (les trois jours de tachriq) pour s’acquitter de ce sacrifice.

C’est précisément parce que les musulmans sont très nombreux à vouloir leur mouton le premier jour que les prix flambent et que les fraudes sont fréquentes. Les éleveurs français, étranglés toute l’année par le rouleau compresseur de l’industrie agro-alimentaire, trouvent dans l’aïd al-adha un moyen de survie et en profitent pour vendre leurs agneaux au prix fort. De même, il n’est pas rare que des bouchers profitent d’une demande très forte le premier jour pour s’assurer de belles marges.

Le premier jour est ainsi un jour où le chiffre d’affaires explose au détriment des consommateurs. Pour autant, cette situation n’est pas inéluctable. Les consommateurs musulmans peuvent en effet aisément changer la donne, à condition qu’ils prennent conscience de cet état de fait , qu’ils soient convaincus qu’ils ont tout intérêt à ne pas acheter leur mouton le premier jour et qu’ils cessent de râler sans agir pour autant.

Des moutons moins chers, des fraudeurs gênés

Longtemps en France, les musulmans ont procédé eux-mêmes au sacrifice de leur mouton de l’Aïd al-Adha, toujours le premier jour. De même, dans les pays musulmans, cet acte d’adoration est observé le premier jour, si bien que, dans l’inconscient collectif, il ne peut y avoir de sacrifice du mouton de l’Aïd al-Adha les deux et troisième jour. Ce qui est évidemment faux.

Nous avons trois jours pour nous acquitter de cette œuvre pieuse. En l’état actuel du marché, les consommateurs musulmans devraient réfléchir à deux fois avant de se précipiter chez leur boucher et d’exiger un mouton le premier jour. Les musulmans doivent agir très concrètement.

Première action très efficace : demander à recevoir le mouton le deuxième ou le troisième jour. Les prix chuteront immédiatement de plusieurs dizaines d’euros par bête. Vous passerez très facilement de 260 euros le mouton livré le premier jour à 150 euros livré le 3e jour. Mais pour cela, il faut que vous soyez nombreux à l’exiger de votre boucher.

Il rouspètera certainement et vous dira que c’est impossible, mais si 30 clients par boucher exigent la même chose, ce dernier se pliera très rapidement à ces exigences. Dites-lui que c’est le troisième jour ou rien. Il fera peut-être de la résistance, mais au final, s’il ne veut pas vous perdre, il préfèrera très largement perdre une partie de ses bénéfices à perdre de nombreux clients.

Le pouvoir du consommateur est gigantesque. Tous les professionnels le savent. Les plus malhonnêtes d’entre eux craignent d’ailleurs que les consommateurs en prennent conscience. En n’exigeant pas leurs moutons le premier jour, les consommateurs musulmans feront baisser non seulement les prix, mais aussi la fraude. Une fois encore, soit chacun reste dans son coin et continuera à se faire avoir en payant 250 à 300 euros un agneau qui en vaudra 100 à 150 euros de moins trois jours plus tard, soit chacun se réveille et se décide à agir en sachant que d’autres font pareil et les musulmans ne seront plus les dindons d’une farce qui dure depuis trop longtemps. Alors que fait-on ? Dites-nous.