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Ma vie, mes études : Nadia, interne en médecine

ecole de medecine
©marko8904 [1]

Ma vie, mes études. C’est le nom que nous avons donné à une nouvelle série d’articles que nous aimerions partager avec vous. Plus précisément des interviews. L’idée est de donner la parole à des étudiants, de préférence en fin de cursus, ou à des anciens étudiants afin qu’ils partagent leur expérience et ainsi montrent et démontrent aux plus jeunes qu’il est possible de choisir telle filière, telle discipline, pour exercer tel métier quand on est musulman en France. Aujourd’hui, c’est avec Nadia, une jeune interne en médecine qui a bien voulu inaugurer cette nouvelle rubrique.

Al-Kanz : Pourriez-vous expliquer à celles et ceux qui ne savent pas exactement à quoi cela correspond ce que signifie « interne en médecine » ?
Nadia :
Les études de médecine sont composés de trois cycles. Le premier cycle correspond à la première année et la deuxième année de médecine. Le deuxième cycle correspond à la troisième jusqu’à la sixième année. Le troisième cycle correspond l’internat. Pour être encore plus claire, à partir de la quatrième année de médecine appelée DCEM2 (deuxième cycle des études médicales 2), on est externe, on passe la moitié du temps à l’hôpital et l’autre en cours. Ensuite après le concours de fin d’étude, on accède à l’internat. Nous devenons médecins, mais nous ne sommes toujours pas docteur. Il faudra passer sa thèse et finir son internat pour ça. Lorsqu’on est interne, on passe tout son temps à l’hôpital. Tous les six mois nous changeons de lieu de stage.

Al-Kanz : Qu’est-ce qui vous a amené à des études de médecine ?
Nadia :
Depuis toute jeune, j’ai voulu m’orienter vers ces études. Quand je dis toute jeune, c’est vers la primaire. Je disais déjà que je voulais être pédiatre. Bon entre temps j’ai changé d’avis. Comme une vocation je dirais, je ne me suis jamais posé de question, c’était soit ça soit rien.

Al-Kanz : Le plus souvent, les enfants d’immigrés regrettent n’avoir pu être au fait des différentes filières existantes. Diriez-vous que vous avez été bien orientée au cours de votre scolarité ?
Nadia :
Je n’ai pas eu besoin d’être orientée, car je savais déjà ce que je voulais faire et j’étais déterminée. Je me rappelle juste d’une professeur qui me décourageait en me disant que je n’arriverais jamais à devenir médecin. Et une autre professeur qui essayait de me faire changer d’avis pour plutôt m’orienter vers une école préparatoire.

Al-Kanz : A quoi ressemble la vie d’une étudiante musulmane en médecine qui porte le voile ?
Nadia :
Je vais pas vous le cacher, ce n’est pas toujours facile. Pendant les premières années, il n’y a pas encore de difficultés. C’est quand commence les stages à l’hôpital que les difficultés commencent. A ma grande surprise, les difficultés se posent avec certains collègues et non avec les patients. On a pourtant tendance à penser le contraire. Le patient nous perçoit en tant que médecin ou étudiant hospitalier. Dès lors que nous sommes compétents et à l’écoute de ses attentes, les malades nous acceptent tel qu’on est. En revanche, les collègues, enfin certains, peuvent avoir des réflexions désagréables. On est parfois jugé sur ses apparences et non sur ses compétences.

Al-Kanz : Auriez-vous à nous raconter une anecdote heureuse en rapport avec votre voile ?
Nadia :
Il y en a tellement. Je vais essayer de vous raconter celle qui m’a le plus marqué. Je n’oublierai jamais le soutien de notre doyen de l’époque qui nous a permis de porter une charlotte de façon permanente. Il nous a toujours soutenu. Autre anecdote : je me rappelle d’une vieille dame algérienne musulmane, de plus de 80 ans, dont je m’étais occupée. Ce qui m’avait le plus touché, ce sont ses invocations lors de son départ, invocations qui d’ailleurs se sont exaucées.

Al-Kanz : Et au contraire une anecdote malheureuse ?
Nadia :
Malheureuse c’est un bien grand mot. Je dirais désagréable et encore… C’est les réflexions de collègue du genre « t’as des poux », parce que je portais une charlotte. Ou bien « Laura Ingalls » [nom d’un personnage d’une célèbre série américaine, NDLR], mais encore ça ce n’est pas méchant. Des petits pics comme ça au quotidien. Rien d’important.

Al-Kanz : Pour finir, que conseilleriez-vous aux jeunes filles qui veulent entreprendre des études de médecine ?
Nadia :
De bien réfléchir avant de faire ce choix. Il faut se mettre dans la tête que l’on part dans un long et périlleux périple de neuf ans ou plus si on fait une spécialité. Je tiens aussi à casser le mythe de « c’est la première année le plus dur. Après ça va ». Ce n’est pas vrai, c’est de pire en pire chaque année. Ce sont des études difficiles et ça demande beaucoup de sacrifices, surtout pour une femme. Si en plus de ça vous êtes voilée, réfléchissez encore plus, car votre parcours pourra – ou non – être encore plus difficile sur le plan moral. Ce n’est pas toujours facile de toujours devoir se justifier, toujours devoir prouver plus que les autres ses compétences. C’est comme si nous n’avions pas le droit à l’erreur. Quand vous aurez pesé le pour et le contre, prenez enfin votre décision, mûrement réfléchie. Si j’ai tenu autant d’années, c’est que c’était une vocation sinon je ne pense pas que j’aurai continué. Pour moi, le chemin a été long et éprouvant pour diverses raisons, mais al HamduliLlah (louange à Dieu), j’en vois bientôt le bout in cha’a-Llah.