- Economie islamique - https://www.al-kanz.org -

Vivre ailleurs : l’Algérie

alger
Alger – ©Damouns [1]

Après la Tunisie [2] et le Qatar [3], cap sur l’Algérie avec Stéphanie, Française de souche, comme l’ont dit désormais, qui a émigré avec mari et enfants dans le pays d’origine de son conjoint.

Al-Kanz : Vous venez il y a à peine quelques semaines d’émigrer en Algérie. Qu’est-ce qui vous a poussé à franchir le pas ?
Stéphanie :
C’est l’envie de mieux pratiquer notre religion – ce qui nous paraissait moins facile en France – qui a motivé notre départ. Quel bonheur d’entendre l’adhan (appel à la prière) dès l’heure de l’office d’avant l’aube (fajr) ! Quel changement de ne pas avoir l’impression d’être terroriste parce qu’on porte un hijab ou une longue barbe, comme c’est le cas de mon mari. On peut sans problème prier pendant les heures de travail, trouver facilement où prier à l’heure quand on est à l’extérieur, profiter de nombreux dourous (cours) dispensés dans les différentes mosquées aux alentours. Nous sommes aussi contents de ne plus avoir à faire subir aux enfants quand arrive décembre les préparatifs de Noël et autres fêtes telles que Pâques. Bref, nous pouvons désormais mener notre vie de musulmans comme nous l’entendons sans pour autant devoir justifier nos choix.

Al-Kanz : Si votre époux est algérien, vous, vous êtes française. Comment se passe l’installation d’une Française, que l’on dirait aujourd’hui “de souche”, dans un pays comme l’Algérie ?
Stéphanie :
Je pense que sans mon époux mon installation aurait été bien plus difficile, peut-être utopique administrativement parlant. En revanche, Française convertie à l’islam, je suis très bien accueillie par les Algériens. Il est évident que pour une Française de souche, il y a certaines us et coutumes, en dehors de l’islam, qui relèvent d’un choc des cultures, mais rien n’est insurmontable. Il faut s’adapter à certaines façons d’être et/ou de faire qui peuvent parfois surprendre. En dehors de cela, en Algérie, on trouve une qualité de vie différente, qui nous ramène aussi à l’essentiel sans pour autant que cela soit non plus l’âge de pierre, bien au contraire. Rappelons aussi qu’il ne faut jamais oublier pourquoi nous faisons hijra (émigration).

Al-Kanz : Avez-vous eu des appréhensions après avoir pris la décision ? Après coup, maintenant que vous vivez en Algérie, ces doutes étaient-ils justifiés ?
Stéphanie :
Oui, j’avais beaucoup d’appréhensions et de questions : vais-je m’acclimater à une mentalité différente ? à un nouveau cadre de vie matériellement plus difficile ? mes enfants vont-ils bien réagir à ce grand changement ? est-ce que je trouverai la même offre de soin pour mes enfants ? etc.
Je pense qu’il est tout à fait normal d’avoir des appréhensions. C’est un grand changement pour tout le monde de sauter ainsi le pas et de l’imposer à ses enfants. Mais au final, je me rends compte que je me suis inquiétée pour rien. Les enfants s’adaptent plutôt bien, moi aussi alHamduliLlah (louange à Dieu).

Al-Kanz : Combien de temps s’est-il passé entre l’idée de partir et le départ lui-même ? Qu’est-ce qui explique ce laps de temps ?
Stéphanie :
Nous nous étions dit, mon époux et moi-même, que nous partirions un jour, sans nous fixer de date, même si mon époux souhaitait partir avant que notre premier enfant ne rentre en CP, ce afin de faciliter son intégration scolaire en Algérie. Nous avons commencé à mettre un peu d’argent de côté. Nous nous sommes renseignés ça et là sur les possibilités et les formalités quant à la hijra. Et puis l’année dernière, en 2012, aux alentours du mois de mai, les choses se sont précisées. Mon époux était impatient de partir et moi j’en avais assez du climat islamophobe qui règne encore aujourd’hui en France. Nous devions partir en janvier 2013. Mais, un heureux événement est venu bouleverser nos plans. Nous avons attendu la naissance du petit dernier, puis son passeport et nous sommes partis. Nous avons tout fait très vite après la naissance : le passeport et les documents administratifs auprès du consulat pour effectuer le certificat de changement de résidence (CCR).

Nous sommes arrivés ici en juin 2013 alors que le dernier n’avait pas encore deux mois. Allah nous a beaucoup facilité les choses alHamduliLlah. Nous n’avons pas rencontré de grandes difficultés. En arrivant à Alger, nous avons séjourné dans un appartement de la famille de mon époux pendant deux mois le temps de trouver notre logement. Bien installés chez nous, nous avons inscrit notre ainé de six ans, dès la rentrée, dans une école privée à double programme (arabe et français). Il apprend l’arabe progressivement tout en apprenant à lire et à écrire en français. Le changement pour lui est ainsi moins rude.

Al-Kanz : Comment voyez-vous votre avenir en Algérie ?
Stéphanie :
J’espère que nous pourrons y rester définitivement in cha’a-Llah et y vivre, tout comme j’espère que nos enfants s’y sentiront chez eux. Nous manquons encore de stabilité, car mon époux ne travaille pas encore. Une fois que nous aurons des revenus stables et que nos enfants seront à l’aise avec l’arabe, je pense que nous nous sentirions beaucoup mieux. Nous pourrons alors envisager l’avenir un peu plus tranquillement. J’espère à l’avenir avancer dans mon apprentissage de l’arabe et de la religion et me sentir plus à l’aise ici, tisser des liens sociaux, voyager et découvrir ce grand et beau pays et voir mes enfants s’y épanouir.

Al-Kanz : Pensez-vous un jour revenir vivre en France ? Quel regard portez-vous aujourd’hui sur votre pays natal ?
Stéphanie :
A ce jour, je suis déçue de mon pays la France, déçue de voir cette montée du racisme, cette montée de l’islamophobie. Je ne me sens plus chez moi alors que je suis française depuis quinze générations. Là-bas, j’avais peur que mes enfants se fassent agresser, car ils ne portent pas le nom qu’il faut. Je ne supportais plus non plus le fait que l’on considère que je suis incapable de penser par-moi même parce que je porte le voile.
Je ne sais pas si je reviendrais en France. En tout cas, si ça devait arriver, ce serait je pense parce que nous y serions contraints. Ce qui est certain, c’est qu’aujourd’hui je ne le désire pas.

Al-Kanz : Pour finir, que diriez-vous pour convaincre les prétendants au départ que l’Algérie est un pays où il fait bon émigrer.
Stéphanie :
Je vais vous raconter une anecdote : j’étais là depuis une quinzaine de jours, lorsque me baladant dans la rue une dame m’adresse la parole. Je lui dis que je suis désolée, car je ne comprends pas l’arabe. Elle me regarde et me répond avec un grand sourire que je suis la bienvenue, en toute simplicité.
Il est évident et naturel d’avoir peur de tout quitter, notamment ce confort superficiel que nous avons en France (et ce n’est pas si simple). L’Algérie est un pays où l’on peut pratiquer sa religion, un pays où les Français sont bien reçus et où presque tout le monde comprend le français. Pour nous, le fait que mon mari soit algérien a évidemment contribué au choix de ce pays pour notre hijra.

A vrai dire, je ne conseille pas un pays en particulier, mais je conseille à chacun de choisir le pays musulman le plus facile pour lui et de mettre toute sa confiance en Allah pour le reste.