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La petite fille qui avait tant et tant marché

Il est des images qui font mal. Très mal. Elles ne montrent ni des cadavres démembrés, ni des corps ensanglantés. Elles ne montrent ni la mort ni le sang. La photographie suivante est de celles-là.

Cette petite fille est épuisée. Elle a quatre ou cinq ans, pas plus. Elle dort à même le sol sur une couverture d’infortune. Sur elle une veste. Peut-être la veste de sa mère, peut-être la veste de son père. Peut-être ni celle de sa mère ni de celle de son père. Car cette petite fille est syrienne.

Les petites filles syriennes, quand elles ne sont pas mortes écrasées par les murs de leur chambre, après un bombardement aérien volontaire de l’armée de Bachar Al-Assad, n’ont pas toujours une maman ou un papa. Une maman et un papa. Elles sont nombreuses à n’avoir plus ni maman ni papa. Ni poupées même, si elles n’ont pas eu le temps d’échapper aux bombardements aériens volontaires de l’armée de Bachar Al-Assad. Mais dans ce cas, ces petites filles syriennes ne sont pas vraiment tristes de ne plus avoir de poupées. Parce qu’elles sont mortes.

Cette petite fille syrienne est épuisée. Elle a beaucoup marché. Beaucoup. Elle a marché comme ne marchent pas les petites filles de quatre ou cinq ans. Car les petites filles de quatre ou cinq ans ont mieux à faire que de marcher : rêver, s’ennuyer, être la plus belle, écrire sur les murs, faire des bisous à son papa, faire d’autres bisous à sa maman, jouer avec la purée, défaire sa chambre, hurler dans le magasin, mettre les chaussures de sa maman, ne pas vouloir se laver les dents, avoir mal au ventre, ne plus avoir mal au ventre, fouiller dans le portefeuille de son papa, refuser de manger ses légumes, bouder…

Les petites filles de quatre ou cinq ans, mais pas cette petite fille de quatre ou cinq ans. Elle, elle a choisi de dormir. A même le sol, sans chaussettes ni chaussures. Sur une couverture d’infortune. Les petites filles syriennes, quand elles ne sont pas mortes écrasées par les murs de leur chambre, marchent tant et tant vers la vie. Puis elles s’endorment.