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Salafisme : Boko Haram ou le naufrage des médias français

boko haram
Abubakar Sheka serait le chef de Boko Haram

Fact-checking. Nous n’avons jusqu’à cette semaine jamais cherché à comprendre précisément qui était Boko Haram.

Injonction et journalistes copistes

Les injonctions, parfois comminatoires, que l’on peut lire dans la presse et sur Internet à l’occasion de faits tragiques ou entendre lors d’émissions télévisées ou à l’occasion d’interviews d’hommes politiques, adressées aux musulmans – d’apparence ou non –, ne nous touchent pas.

Lire – “M. Mohammed, Boko Haram c’est l’horreur !” [1]

Cela dit, comme à peu près tout le monde, nous nous intéressons peu ou prou à l’actualité et avons vu passer ces dernières années plusieurs dépêches et papiers sur ce groupuscule. Problème : ces articles sont le plus souvent écrits par des journalistes qui s’acquittent de cette tâche comme d’autres maquillent des voitures volées (reprises d’articles écrits précédemment par d’autres, sans autre forme d’approfondissement).

Un tournant médiatique

La diffusion lundi par le site The Guardian de la vidéo de revendication du rapt par Boko Haram a jeté une lumière nouvelle et crue sur cette organisation.

Lire – #BringBackOurGirls : le monde contre Boko Haram [2]

Mais ce n’est pas la seule nouveauté. Ce rapt a fait une autre victime et non des moindres : le journalisme français. L’ensemble des sites d’information, Le Monde en tête avec une version papier qui évoque en une “les salafistes de Boko Haram” (sic), ont en effet été incapables d’expliquer clairement qui est Boko Haram.

boko haram salafiste

Au-delà des mots-valise comme “Al-Qaida”, “djihadiste”, “islamiste”, “salafiste”, etc., il n’a pas été aisé trouver un article qui rend compte de façon pertinente du credo et de la ligne de ce mouvement armé. Malgré plusieurs appels sur Twitter, plateforme souvent très efficace pour obtenir réponse à ses questions, nous avons fait chou blanc ; jusqu’à ce tweet de @Majarrah_ [3] pour avoir des explications.

Boko Haram, une abomination idéologique étrangère à l’islam

Pour nous assurer d’avoir bien compris le texte en langue arabe, nous avons fait une recherche sur Google avec les mots-clé : “Boko Haram khawarij”. Le premier résultat correspond à l’étude suggérée par @Majarrah_ mais en version anglaise.

boko haram
Boko Harām Movement in Nigeria: Beginnings, Principles and Activities
[6]

L’étude est en effet riche et claire. Elle nous apprend par exemple que si cette secte compte plusieurs huffadh (personnes qui connaissent le Coran par coeur), ces derniers n’étudient pas le tafsir (exégèse) et récusent la quasi-totalité des savants de l’islam, sauf lorsqu’il s’agit de se glaner ça et là des avis qui leur conviennent. Pareille ligne s’oppose profondément à l’orthodoxie musulmane.

Ajoutez à cela un contexte de misère sociale et économique, propice à la violence, et le jeu très trouble des autorités à l’égard de ces illuminés, incultes en matière d’islam. Vous aboutissez à un cocktail explosif et à l’abomination idéologique de Boko Haram qui relève selon toute vraisemblance du kharijisme, cette déviance qui mena ses premiers adeptes jusqu’à faire le takfir (excommunion) du quatrième calife de l’islam et gendre du Prophète (paix et bénédiction sur lui), Ali (paix sur lui) ; lequel a été promis au Paradis, avec dix autres compagnons (que Dieu soit satisfait d’eux). C’est dire si le kharijisme relève de l’hérésie.

Pour en savoir plus sur le kharijisme, lire : L’histoire des Kharijites [7]

Il apparaît ainsi que Boko Haram relève d’un néo-kharijisme à la nigériane, résurgence syncrétique d’une hérésie ancienne, mélangée à une réalité locale complexe et des pratiques pour le moins hétérodoxes, puisque le groupe s’adonne, entre autres originalités, à la… magie.

Boko Haram torpille les médias français

A cet égard, l’un des dégâts collatéraux inattendu de l’enlèvement de ces jeunes filles réside dans son traitement médiatique. Le Monde n’est pas le seul à qualifier Boko Haram de mouvement “salafiste”.

Citons cette perle lue sur le site du Huffington Post.

charia salafiste

La presse quotidienne régionale (PQR) n’est pas en reste avec cet article du Dauphiné, bien plus pertinent lorsqu’il évoque les nougats de Montélimar ou les ravioles du Royans que lorsqu’il traite de Boko Haram.

ledauphine boko haram

Au Québec, Métro est plus prudent. L’auteur attribue au chef de Boko Haram la revendication salafiste.

metro boko haram salafiste

Même les Guignols de l’info ont su “faire la différence”, indique sur Twitter @IbnSalah [8]

L’inculture des journalistes en matière d’islam apparaît ainsi au grand jour. Qualifier de “salafistes” ou de “wahhabites” des individus qui vomissent le savoir – l’une des caractéristiques premières de la salafiya est précisément l’importance primordiale accordée à l’apprentissage des sciences islamiques, comme l’exige l’islam – au point de refuser exégèses et exégètes, qui se rebellent contre les autorités en place et, last but not least, qui pratiquent la magie, est le signe d’une ignorance profondément inquiétante pour un professionnel du journalisme.

Terminons avec ce tweet du sheikh mondialement connu Ismail Menk, né et vivant au Zimbabwe, dans lequel d’abord il rappelle que les méfaits de Boko Haram ne relève en rien de l’islam, puis invite chacun à prier “pour le Nigéria et le retour de nos filles”. De nos filles.