- Al-Kanz – Economie islamique en France et dans le monde - https://www.al-kanz.org -

Ramadan : cheikh Qaradawi refuse l’usage du calcul astronomique pour déterminer le 1er jour

Croissant de lune ramadan
Crédit – Snorkel [1]

Ramadan [2]. Dans un document largement diffusé par l’UOIF où ont été compilés plusieurs avis de savants musulmans en vue de démontrer la légitimité du refus catégorique de la vision du croissant de lune dans la détermination du début de chaque mois lunaire au profit du seul calcul astronomique, figure un extrait tiré d’un ouvrage du cheikh Qaradawi.

Cet extrait est tiré du livre Taysir al-Fiqh fi Daw’ al-Qur’an wa-al-Sunnah: Fiqh al-Siyam (تيسير الفقه : فقه الصيام). Il a attiré notre attention pour une raison assez simple : dans ce texte cheikh Yusuf Qaradawi refuse l’usage du calcul astronomique pour déterminer le premier jour de ramadan. S’il est surprenant de trouver de tels arguments dans un document visant à prouver le contraire, l’extrait n’en est pas moins réel.

Que disent les savants ? que dit la jurisprudence islamique ?

Nous projetons in cha’a-Llah de revenir dans un ou deux articles sur le document en question. Il nous paraît fondamental de permettre à tous les musulmans qui le désirent de disposer des éléments nécessaires pour se positionner en connaissance de cause, en toute liberté et toute indépendance.
Il s’agira dans ces articles de développer quelques points et d’apporter l’éclairage utile à une bonne compréhension des divergences en cours aujourd’hui à propos du mois de ramadan.
Personne n’a le droit de prendre les musulmans de France pour des enfants à qui l’on imposerait une décision prise dans un salon à Paris. Nous savons qu’offrir à chacun les clés de compréhension, à la lumière du Coran et de la Sunna, n’est pas apprécié. C’est là une attitude normal, logique et humaine : pendant des siècles l’Eglise catholique a interdit le savoir au peuple, car elle voulait le dominer et l’asservir. Le premier mot du Coran est “Iqra”, les mots qui ont suivi ont été “au nom de Ton Seigneur”. A chacun de nous lire et de comprendre au nom de Notre Seigneur et de notre foi.

Voici l’extrait en question, cité par le site Havre de savoir, le site jeunesse de l’UOIF. Capturé depuis le site Havre de Savoir d’abord. Nous avons surligné les passages qui nous intéressent.

Qaradawi lune calcul astronomique

“Depuis des années, j’ai appelé à adopter le calcul astronomique catégorique, du moins pour la négation, et non pas pour l’affirmation, dans le but d’atténuer l’ampleur de la divergence qui se produit au début du ramadan de chaque année ainsi que pour l’Aïd d’al-fitr, au point d’atteindre trois jours entre certains pays musulmans. Le sens de l’adoption du calcul pour la négation est de continuer d’affirmer l’apparition de la nouvelle à l’aide de la vision conformément à l’avis de la majorité des jurisconsultes de nos jours.

Mais si le calcul réfute la possibilité de la vision en disant qu’elle est impossible étant donné que la nouvelle lune n’est même pas encore née dans aucun endroit du monde musulman, le devoir consiste à ne pas accepter le témoignage des témoins car le calcul mathématique catégorique dément cela. Dans ce cas, on ne doit pas appeler les gens à scruter la nouvelle lune, ni ouvrir les portes des tribunaux, les bureaux de la fatwa ou des bureaux des affaires religieuses pour quiconque souhaiterait apporter son témoignage concernant la vision de la lune.

C’est ce dont je suis convaincu et c’est ce que j’ai dit dans mes fatwas et dans plusieurs interventions et émissions télévisées, puis Dieu a voulu que je trouve ceci expliqué d’une manière détaillée par l’un des grands savants shafi’ites, à savoir, l’imam Taqiy ad-Dine as-Soubki (m 756H), à propos duquel on dit qu’il a atteint le degré d’ijtihad.”

Source : Havre de savoir [3]

Soucieux de l’exactitude des propos rapportés, nous avons voulu vérifier le texte originel en arabe, afin de nous assurer que ce que nous avons surligné en jaune ne résultait pas d’une erreur de traduction. Il n’en est rien : la version française est une bonne traduction du texte de cheikh Yusuf Qaradawi.

وقد كنت ناديت منذ سنوات بأن نأخذ بالحساب الفلكي القطعي – على الأقل – في النفي لا في الإثبات، تقليلاً للاختلاف الشاسع الذي يحدث كل سنة في بدء الصيام وفي عيد الفطر، إلى حد يصل إلى ثلاثة أيام بين بعض البلاء الإسلامية وبعض . ومعنى الأخذ بالحساب في النفي أن نظل على إثبات الهلال بالرؤية وفقا لرأى الأكثرين من أهل الفقه في عصرنا، ولكن إذا نفى الحساب إمكان الرؤية، وقال : إنها غير ممكنة، لأن الهلال لم يولد أصلاً في أي مكان من العالم الإسلامي – كان الواجب ألا تقبل شهادة الشهود بحال؛ لأن الواقع – الذي أثبته العلم الرياضي القطعي – يكذبهم . بل في هذه الحالة لا يطلب ترائي الهلال من الناس أصلاً، ولا تفتح المحاكم الشرعية ولا دور الفتوى أو الشؤون الدينية أبوابها لمن يريد أن يدلي بشهادة عن رؤية الهلال.
هذا ما اقتنعت به وتحدثت عنه في فتاوى ودروس ومحاضرات وبرامج عدة، ثم شاء اللّه أن أجده مشروحًا مفصلاً لأحد كبار الفقهاء الشافعية، وهو الإمام تقي الدين السبكي (ت 756هـ) الذي قالوا عنه : إنه بلغ مرتبة الاجتهاد.
فقد ذكر السبكي في فتاواه أن الحساب إذا نفى إمكان الرؤية البصرية، فالواجب على القاضي أن يرد شهادة الشهود، قال : (لأن الحساب قطعي والشهادة والخبر ظنيان، والظني لا يعارض القطعي، فضلاً عن أن يقدم عليه).
وذكر أن من شأن القاضي أن ينظر في شهادة الشاهد عنده، في أي قضـية من القضــايا، فإن رأي الحـس أو العـيان يكذبها ردهـا ولا كـرامة . قال : (والبينـة شـرطها أن يكون ما شهدت به ممكنا حسًا وعقلاً وشرعًا، فإذا فرض دلالة الحساب قطعًا على عدم الإمكان اسـتحال القول شرعًا، لاسـتحالة المشــهود به، والشرع لا يأتي بالمســتحيلات.
أما شهادة الشهود فتحمل على الوهم أو الغلط أو الكذب. (انظر : فتاوى السبكي).

Source : القسم: إثبات دخول رمضان بالتقدير للهلال – فقه الصيام [4]

Qu’apprend-on dans ce texte ?
1- Le recours à au calcul astronomique pour “atténuer l’ampleur de la divergence” : tous les mots sont ici importants. Cheikh Qaradawi, comme tout homme de science qui se respecte, ne réprouve pas la divergence (ikhtilaf), qui a toujours existé en islam ; s’agissant même de la date du premier jour de ramadan – voir le cas de Kurayb (ra) qui rapporte à Ibn Abbas (ra), alors à Médine qu’en Syrie (Sham) les musulmans, sous Mu’awiya (ra), ont commencé à jeûner un jour avant les Médinois. Ibn Abbas ne se calera pas sur la Syrie et ne demandera pas aux gens de Damas de se caler sur Médine.
Ce que pointe en revanche cheikh Yusuf Qaradawi, c’est les écarts qui ont pu aller jusqu’à trois jours entre différents pays, ce qui n’est pas acceptable et qui était lié à des témoignages farfelus : des témoins affirmaient avoir vu le hilal alors même que la lune était absolument impossible à voir. Or, pense cheikh Qaradawi, si l’on se réfère au calcul astronomique alors on pourra écarter ces témoignages incorrects et ainsi réduire la divergence ; divergence qui, répétons-le, n’est en rien un mal et n’est pas réprouvée par l’islam : islamiquement, il n’est pas exigé des musulmans du monde entier de commencer à jeûner le même jour, ce qui importe et répètent les savants, c’est qu’une même contrée jeûne dans l’unité.

2- “J’ai appelé à adopter le calcul astronomique catégorique, du moins pour la négation, et non pas pour l’affirmation : nafi et non ithbat, pour nier un témoignage incorrect et non pour affirmer le début du mois de ramadan. Dans ce texte, le propos de cheikh Yusuf Qaradawi est très clair : le début du mois de ramadan ne peut en aucun cas être décrété à partir du calcul astronomique. En revanche, le calcul doit pouvoir permettre de faire le tri entre les témoignages corrects et les témoignages incorrects.

La position de cheikh Yusuf Qaradawi récuse, conformément à l’opinion des savants, le recours au calcul astronomique pour débuter ramadan. Il l’accepte en revanche et même le préconise pour réfuter une déclaration qui entrerait en contradiction avec la réalité, en l’occurrence l’absence de la lune, pourtant affirmé par un témoin oculaire.

Nous remercions l’UOIF d’avoir porté à notre connaissance ce texte que nous ne connaissions pas et qui va dans le sens du Coran et de la Sunna et de ce que le milliard et demi de musulmans dans le monde, hormis de rares exceptions, suit.