- Al-Kanz – Economie islamique en France et dans le monde - https://www.al-kanz.org -

Ramadan : l’UOIF brise volontairement l’unité demandée par le CFCM et la mosquée de Paris

olmf clermont ferrand
Sur l’un des sites de l’Observatoire lunaire des musulmans de France [1]

Ramadan [2]. Alors que le CFCM et la mosquée de Paris ont clairement annoncé leur volonté d’être à l’écoute de la communauté musulmane afin de préserver une unité pour le début de ce mois de ramadan, l’UOIF a décidé de briser volontairement et publiquement cette unité.

“N’essayons pas de passer en force”

Dans un débat d’excellente facture organisé par le site Oumma, Chemseddine Hafiz, membre de la mosquée de Paris et du CFCM, a clairement appelé au respect des musulmans : “N’essayons pas de passer en force », a-t-il insisté face à Ahmed Jaballah, membre de l’UOIF, qui tient à imposer aux musulmans le choix très controversé de son organisation, sans même leur avoir demandé leur avis.

Pragmatique et désirant comme tous les musulmans de France que le triste imbroglio de l’an dernier ne se reproduise pas, C. Hafiz demande “une période transitoire ». Il est en effet urgent de prendre le temps du dialogue et du véritable échange avec toute la communauté musulmane et non dans des salons parisiens afin de s’unir tous ensemble autour d’une décision finale. En attendant, nous devons cette année continuer à jeûner comme les musulmans de France et du monde ont toujours jeûné.

Cette prise de position publique et franche de Chemseddine Hafiz doit être d’autant plus saluée qu’elle est rare, voire inédite dans les instances représentatives musulmanes. Nous devons tous faire l’effort d’aller les uns vers les autres pour arriver à nous unir un tant soit peu. Les gens de bonne volonté doivent saisir les moindres signes qui amènent à ce dialogue. Les déclarations de Chemseddine Hafiz vont clairement dans ce sens.

Contre l’unité des musulmans, la manoeuvre politique de l’UOIF

Sur Twitter, le membre éminent de la mosquée de Paris et du CFCM va plus loin. Personne n’est dupe de la manoeuvre politicienne, qui a débuté l’an dernier avec l’adoption en mai 2013 en cachette, dans le dos des musulmans de France.

Le ramadan est un pilier de l’islam. La règle est de débuter le jeûne du mois de ramadan en observant le croissant de lune (hilal). C’est l’opinion de la quasi-totalité des savants de l’islam d’hier et d’aujourd’hui. Si nous précisons “quasi”, c’est par rigueur et probité intellectuelle. Mais il faut immédiatement ajouter que non seulement cette quasi-totalité est de l’ordre de 99,99 % des savants, mais encore que le 0,01 % restant est contesté avec des arguments très solides. Autrement dit, pour les musulmans moyens que nous sommes tous, cela revient évidemment à 100 %.

L’islam, par la grâce de Dieu, répond à une méthodologie rigoureuse. Tout propos doit être appuyé et fondé. Même le plus estimable des savants, reconnu de tous, partout dans le monde, devra apporter les arguments tirés du Coran et de la Sunna ; sans quoi son propos sera remis en question. C’est cette rigueur scientifique qui a permis de préserver intact le message divin. En islam, on ne croit pas quelqu’un sur parole. On le croit sur preuve (dalil). Ce n’est du reste pas anodin que l’on parle systématiquement de “science islamique” .

Dans le cas présent, l’UOIF cherche à imposer “un avis”, qui vise à maquiller la manoeuvre politique. La méthode est aussi simple que choquante : on prend une décision, puis on va chercher dans le corpus islamique des avis qui pourraient aller dans ce sens. Peu importe l’école de pensée, peu importe le courant, tout est bon à prendre à partir du moment où ça va dans le sens de la manipulation politique. Il est d’ailleurs très étrange de voir l’UOIF citer cheikh Ahmed Chakir, savant salafi qui a été extrêmement sévère – doux euphémisme – à l’égard des Frères musulmans d’Egypte, courant de l’UOIF. D’autant plus étrange que la consigne, appliquée à la lettre par exemple par les enseignants affiliés idéologiquement à l’UOIF, est d’interdire d’écouter toute personne ressemblant de près ou de loin à leur définition du salafi.

L’UOIF commet une énorme bourde

Pour maquiller sa manoeuvre politicienne, l’UOIF a décidé de partir à la recherche de plusieurs avis de savants musulmans, non sans en déformer le sens comme nous le verrons dans un article détaillé in cha’a-Llah. Le procédé est intellectuellement et moralement choquant. Il a du reste mis très en colère de nombreux musulmans versés dans les sciences islamiques. Personne ne peut déclarer de façon péremptoire que “1+1=3 », puis chercher dans toute l’histoire des mathématiques des bouts de propos de mathématiciens pour les coller ensemble et laisser croire à une base scientifique. S’agissant d’islam, l’UOIF se le permet.

Dans le but de faire du forcing et d’imposer son avis, l’UOIF a largement diffusé ces derniers jours un document qui compile des écrits de savants musulmans ayant peu ou prou traité de la question de la vision lunaire et du calcul astronomique. Nous avons pu consulter ce document et le travailler de très près. Qu’avons-nous découvert ? Eh bien que le texte cité dans ce document qui devait servir de caution scientifique, cheikh Qaradawi, la référence majeure de l’UOIF, interdit le recours au calcul astronomique pour débuter ramadan.

Lire – Ramadan : cheikh Qaradawi refuse l’usage du calcul astronomique pour déterminer le 1er jour [6]

La bourde est terrible. L’UOIF veut soumettre de force les musulmans de France à supprimer la vision du croissant lunaire au profit du seul calcul astronomique et dans le même temps elle publie un texte de sa référence, le cheikh Qaradawi, qui affirme qu’il est interdit de supprimer la vision du croissant au profit du calcul astronomique pour déterminer le premier jour du mois de ramadan.

Dans cet article, cheikh Qaradawi récuse la position de l’UOIF. Le cheikh affirme que le début du mois de ramadan ne peut en aucun cas être décrété à partir du calcul astronomique. En revanche, le calcul doit pouvoir permettre de faire le tri entre les témoignages corrects et les témoignages incorrects.

C’est du reste ce qu’affirme aussi cheikh Salman Al-‘Uda, une autre référence de l’UOIF, puisque ce dernier appartiendrait a priori au Conseil Européen de la fatwa et la recherche (CEFR), comme les arabophones pourront le constater avec l’extrait suivant (tiré de حكم العمل بالحساب في ثبوت شهر رمضان [7]).

salman al-ouda hissab hilal [7]

Une question se pose. L’UOIF a fait publier sur le site du Havre de savoir un communiqué, vendredi 6 juin, indiquant qu’elle décrétait de façon arbitraire et trois semaines à l’avance que ramadan débutait le 28 juin. Est-ce que ce sont vraiment les 32 savants cités sur le site du CEFR [8] qui ont pris cette décision ou est-ce l’UOIF qui utilise leur nom à leur insu, comme elle a pu le faire en d’autres circonstances ? Il y a là en tout cas une grave contradiction qu’il serait bon de lever.

Dernier point : l’opinion des savants est que dans une situation comme la nôtre aujourd’hui les musulmans doivent tout faire pour rester unis. C’est ce Chemseddine Hafiz défendait lors du débat sur Oumma. Malgré le désaccord, les musulmans d’un même pays doivent débuter et terminer le jeûne. C’est la position de cheikh Qaradawi comme celle que rappela encore l’an dernier cheikh Fawzan – pour citer deux références connues de tous – et toujours celle de cheikh Salman Al-‘Uda.

salman al-ouda union [7]

L’UOIF a malheureusement décidé d’ignorer cette règle de base, connue de tous et qui pourrait provoquer une fitna. Des consignes ont été données aux cadres de l’organisation pour faire du forcing dans le plus de mosquées de France possible. Ces consignes sont déjà appliquées par ces cadres qui comptent sur leur influence pour ramener à eux le plus de musulmans possible d’ici fin juin. Plutôt que faire le choix d'”une période transitoire”, comme prônée avec sagesse par Chemseddine Hafiz, l’UOIF brise volontairement l’unité tout en répétant le même discours : nous voulons l’union. C’est triste.