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Ramadan : un footballeur musulman peut-il ne pas jeûner pendant le Mondial ?

sagna priere
via @TheAMF [1]

Ramadan 2014 [2] – 1435. Comme en juillet et août 2012, avec les jeux Olympiques (JO) de Londres, le mois de ramadan s’invite dans l’actualité sportive.

Le Mondial pendant ramadan

Ce week-end, un événement d’importance dans la vie du musulman aura lieu, en l’occurrence le début du mois de ramadan, pilier de l’islam (les quatre autres sont l’attestation de foi, la prière, le hajj – pèlerinage dans les lieux saints de l’islam — et la zakat).

Qui dit “ramadan” dit “jeûne”. Or jeûner et pratiquer un sport pendant une compétition de très haut niveau n’est pas aisé, surtout en période estivale ; c’est ce qui explique que le choix des dates des JO de Londres irrita dès 2008 les autorités sportives de plusieurs pays musulmans [3]. Elles craignirent de moins bons résultats pour les athlètes qui comptaient bien jeûner, comme d’autres travaillent, pendant ramadan.

Avec le match des Bleus prévu lundi prochain, les médias français et étrangers s’interrogent. Les joueurs musulmans de l’équipe de France vont-ils ou non jeûner ? Benzema, Sissoko ou Sagna joueront-ils à jeûn ou non ? La question est abordée même par le prestigieux New York Times aujourd’hui.

ramadan benzema

Lire – Ramadan Poses Test to Muslim Players at World Cup ? [4]

Notons que la France jouera contre le Nigéria, qui compte aussi des joueurs musulmans, en début d’après-midi, à 13h heure brésilienne. Quatre heure trente plus tard, l’heure de l’iftar (repas de rupture du jeûne) sonnera. Même si elle est réelle, surtout sous la chaleur, il faut relativiser la difficulté : l’heure du maghrib au Brésil est aux alentours de 17h30 comme en hiver en France.

Un choix personnel face à une obligation canonique

Jeûner ou faire du sport, il faut choisir, en son âme et conscience. Lorsque l’on est face à un enjeu personnel important comme peuvent l’être des examens, une épreuve physique lors d’un entretien d’embauche (chez les pompiers ou à l’armée) ou encore comme dans le cas présent lors d’une compétition sportive, il est naturel de ne pas être très à l’aise à l’idée de devoir jeûner dans des conditions qui nous paraissent a priori peu favorables.

Précisons toutefois que le jeûne n’a pas le même impact chez tout le monde. Mieux, on peut se préparer pour aborder et vivre le jeûne du mois de ramadan dans des conditions optimales. “Ce n’est pas le fait de jeûner qui nuit à notre productivité et à notre qualité de vie. Ce sont notre alimentation et notre hygiène de vie qui sont souvent incompatibles avec une bonne pratique du jeûne”, peut-on lire sur le site Myhomebootcamp [5].

Lire – Jeûner tout en étant actif et productif : C’est tout à fait possible ! [6]

Si l’on veut parler à l’instar de l’Agence France Presse de “dilemme du jeûne pour les joueurs”, il est à préciser que le dilemme est, sauf dispense valable, entre continuer à jeûner en conformité avec l’esprit et la lettre des Textes et ne pas jeûner comme on décide par exemple de ne pas prier ou de ne pas donner la zakat. On est alors en contravention avec les obligations religieuses.

Le voyage est bien une excuse pour ne pas jeûner

Jeûner est obligatoire. Pour autant, on le sait il existe des excuses qui permettent d’être dispensé, provisoirement ou non : ceux qui sont considérés “voyageurs” – non pas selon le sens commun, mais selon des critères définis par les principes islamiques – ou ceux qui sont malades peuvent soit reporter le nombre de jours de jeûne non observés à des jours meilleurs soit s’acquitter d’une compensation, comme l’indique un verset coranique (sourate 2, verset 184). Cette compensation (fidiya) consiste à nourrir deux pauvres par jour où le jeûne n’a pas été observé.

Lire – Ramadan : 10 bonnes excuses pour ne pas jeûner [7]

S’ils s’avèrent que ces athlètes sont des voyageurs – au sens religieux du terme – ils devront quand même remplacer les jours manqués plus tard et non pas se contenter seulement de nourrir les pauvres.

Mais pas le sport

“Il est obligé de ne pas jeûner, car c’est son travail. Le sport de haut niveau, c’est difficile”, entend-on parfois. Très juste, le sport de haut niveau est exigeant. Mais si l’on exempt les athlètes pour quelques jours de compétition, pourquoi s’arrêter en chemin et ne pas dispenser les travailleurs du bâtiment, ceux qui exercent une profession pénible ou encore les étudiants en plein examen ?

En 2016, le mois de ramadan aura lieu pendant le baccalauréat, les concours de fin d’années et autres épreuves terminales. Faudra-t-il émettre une fatwa (avis juridique) pour permettre aux bacheliers et aux étudiants de ne pas jeûner parce que plancher quatre heures d’affilée sur une dissertation de français ou un examen de mathématiques en plein été et surtout en plein jeûne n’est pas toujours aisé ?

Prenons garde à ne pas oublier l’esprit du ramadan. Ne vidons pas ce mois béni de sa substance vertueuse. Ramadan est cette école de l’abnégation, de l’ascèse et de l’effort. Il s’agit de dompter ses désirs, de combattre ses faiblesses, d’endurer la faim, la soif et de renoncer aux plaisirs du bas-monde pour se réformer spirituellement. Affronter le jeûne du mois de ramadan, malgré les difficultés, c’est élever son âme pour la parfaire dans l’espoir ultime de goûter un jour à la félicité. Là-bas. Dans l’Au-delà.