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Drone de perquisition dans les locaux de l’ONG Barakacity

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Menotté car présumé musulman, dans les locaux de Barakacity [1]

Utiliser un drone en ville exige de respecter certaines règles de base. Utiliser un drone en ville quand vous êtes musulman, membre d’une ONG qui a pignon sur rue, implique en outre que vous puissiez finir en garde-à-vue et que les locaux de votre ONG soient perquisitionnés.

Les musulmans surveillés de très près

Les vrais savent, selon l’expression consacrée chez les jeunes. Les vrais savent qu’il n’est pas plus surveillés que les musulmans en France. Les services de renseignements savent tout de ce qu’il se passe dans les mosquées. Ils y ont des oreilles, des indicateurs qui assistent aux prières et, notamment, au sermon du vendredi. Côté associations, il est banal que des fonctionnaires de police fassent une visite de courtoisie pour faire connaissance avec les responsables. C’est une façon de montrer qu’ils ont un oeil sur ces derniers…

Mais là, où l’oeil de Moscou est particulièrement braqué, c’est sur l’argent, dont peuvent disposer une association ou des particuliers et surtout l’usage que ces derniers en font. Inutile de dire qu’en la matière, Tracfin est beaucoup plus vigilant avec les musulmans qu’avec par exemples des élus des Hauts-de-Seine, républicains sous tous rapports et fiscalement irréprochables, à c’qui parait.

Chacun comprendra donc qu’une association tenue par 1) des musulmans, 2) pratiquants et 3) indépendants – notamment de l’islam des consulats incarnées par l’officine gouvernementale qu’est le CFCM – et qui draine plusieurs millions d’euros est surveillée comme le lait sur le feu. A l’instar de l’ONG humanitaire Barakacity.

Drone, garde-à-vue et perquisition

Barakacity [1] fait partie de ces associations tenues par des musulmans de France totalement indépendants, qualité qui déplaît aux autorités françaises qui n’ont jamais réussi à considérer la communauté musulmane autrement que dans une relation polluée par leurs vieux démons coloniaux. Un musulman ne saurait être un citoyen à part entière, sinon sur surveillance ou à surveiller. Que dire alors de musulmans pratiquants qui gèrent une association comme Barakacity, dont le budget en 2014 s’est élevé à 8 millions d’euros. Souvent leur indépendance, malgré leur transparence, suscite la défiance. D’où la perquisition du 11 février dernier ?

ambulance barakacity
Prise de vue depuis un drone des ambulances devant les locaux de Barakacity

Mercredi 11 février donc : Barakacity s’apprête à envoyer vingt ambulances en direction de la Syrie où l’ONG oeuvre ardemment. Adepte d’une communication dans l’air du temps, les responsables de l’association filment le convoi sur le départ avec un drone à basse altitude. Les véhicules se trouvent sur le parking privé de l’ONG, le drone aussi. C’est alors que débarque une équipe de la BAC (brigade anticriminalité) qui somme le pilote du drone de la suivre. Ce dernier est placé sur-le-champ en garde-à-vue. Alerté par l’arrivée des policiers, un salarié de Barakacity sorti pour s’enquérir de ce qui se passait, est menotté manu militari. Malgré la stupeur et l’incompréhension, chacun pensait alors que l’affaire allait en rester là. Et pourtant.

Drone et usage de drone, les explications troubles du procureur

« Deux heures plus tard », raconte Idriss Sihamedi, président de l’ONG, « cinq véhicules se sont arrêtés devant le siège de BarakaCity. Vingt policiers, dont le chef de la police de l’Essonne, se présentent et nous informent que nos locaux, soit tout un bâtiment, allait être perquisitionné. » Les fonctionnaires s’adonnent alors à une fouille minutieuse, « totalement disproportionnée », juge Idriss Sihamedi. Et d’ajouter : « De plus, malgré nos demandes, nous n’avons eu alors aucune explication pour justifier cette perquisition. »

Interrogé par le site Essonne Info [2], Eric Lallement, procureur de la République, lie la perquisition à la présence du drone ; évoquant alors une éventuelle mise en danger « en cas de perte de contrôle du drone ». Chez Barakacity on s’interroge : « Pourquoi l’intervention de 19 fonctionnaires de police et d’un haut responsable des forces de l’ordre dans des locaux associatifs après le vol de ce drone ? Pourquoi venir dans les locaux de l’association alors que le drone, objet de l’infraction, avait été confisqué ? S’ils sont venus pour le drone pourquoi avoir parcouru notre page Facebook et notre compte Twitter, ainsi que les livres religieux qui se trouve dans nos locaux ? Pourquoi enfin être rentré dans notre salle de prière, notre mosquée privée, qui plus est avec leurs chaussures comme s’il y avait là une infraction ? »

Au Parisien [3], Eric Lallement précisant évidemment qu’« il n’y a pas de suites judiciaires » indique que « la perquisition a été menée pour s’assurer qu’il n’y avait pas d’autres drones. » A croire qu’un drone, et non son usage hors certaines conditions autorisées, est un outil interdit… Cette explication, pour le moins étonnante, ne satisfait pas Idriss Sihamedi qui regrette que son association, malgré des comptes parfaitement clairs, publics et validés par un commissaire au compte, soit dans le viseur des autorités. Hormis les déclarations à la presse du procureur, Barakacity n’a eu droit à ce jour à aucune explication de la part les autorités, dont les motivations demeurent encore bien troubles.

Trois semaines après la perquisition, ni le CFCM ni l’UOIF, appelés par l’ONG à réagir, n’ont daigné dénoncer ce qui apparaît être à Idriss Sihamedi et ses collaborateurs une énième vexation subie par les musulmans de France.