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Attaque à Valence : le procureur a dit « Allahu Akbar », les médias aussi

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Vendredi aux alentours de 14h50 soit un peu plus d’une heure après la fin de la prière commune hebdomadaire, un homme dirigeait son véhicule contre les soldats affectés à la surveillance de la mosquée de Valence (Drôme).

Lire – Mosquée de Valence : un conducteur fonce sur les militaires en faction [1]

Beaucoup de témoins lors de l’attaque

La mosquée de Valence a une capacité de 3 000 places. 14h50, c’est peu de temps après la fin de la prière collective, laquelle fait salle comble. 14h50, c’est aussi à quelques minutes près l’heure de la prière de l’après-midi (‘asr). De nombreux fidèles arrivent sur le parking pour rejoindre ensuite le lieu de culte ; d’autres ne l’ont pas quitté depuis la fin de la prière de 13h. Ils y palabrent en attendant le ‘asr. Soit, à cette heure, sur ce parking, il y a toujours du monde ; et donc vendredi 1er janvier des témoins. Et pourtant.

Oui aujourd’hui, non demain

Lors d’une conférence de presse, le procureur de Valence Alex Perrin a indiqué que le forcené avait proféré « Allahu Akbar » (Dieu est Le plus Grand). La prudence ne semble guère être le souci des magistrats ; à croire qu’ils se sentent obligés de donner quelques biscuits aux journalistes présents lors des conférences de presse, espérant peut-être voir leur nom dans les colonnes des grands titres.

Prudence qui n’est pas non plus le souci de bien des journalistes. Citons par exemple le site du Journal du dimanche [2], qui samedi rapporte au conditionnel les propos du procureur.

Axel Perrin procureur attaque mosquee

Rien de plus banal que de dire « Allahu Akbar » pour un musulman.

Les témoins, dont certains se trouvaient à quelques mètres, n’ont rien entendu. Plusieurs l’attestent formellement. Le forcené aurait certes pu le dire : rien de plus banal que de dire « Allahu Akbar » pour un musulman, qui répète la formule plusieurs dizaines de fois par jour lors des offices. Mais il ne l’a pas dit. Pourtant le procureur plutôt que de prendre le temps de vérifier cet élément en fait état. On notera le « ce qui montre un lien avec une certaine religiosité », comment dire…

Lire – Mosquée de Valence : le forcené n’a pas crié « Allahu Akbar », d’autres oui [3]

L’article du Monde consacré à l’attaque n’est pas plus prudent.

le monde Allahu Akbar attaque mosquee valence [4]

Le lendemain, dimanche 3 janvier, le Journal du dimanche [5] indique que les militaires n’ont pas entendu l’automobiliste proférer « Allahu Akbar ». Et pour cause.

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Magie du conditionnel qui permet de soutenir une affirmation un jour, puis de la contredire le lendemain.

Pourquoi cette précipitation ?

Y avait-il en l’espèce nécessité de se précipiter de la sorte ? Non : le conducteur est maghrébin et musulman, il portait un qamis, une barbe et était selon toute vraisemblance venu prier à la mosquée. Les témoins l’ont vu en outre, après qu’il a été atteint par les balles lever l’index droit et prononcer la shahada (profession de foi), acte final – et banal – de tout musulman à l’article de la mort. Tous, y compris les responsables de la mosquée, l’accablent.

Lire – Valence : « c’était une attaque contre les soldats qui protègent la mosquée » [6]

Sans compter cette attaque qui commence dans un cul-de-sac, moteur hurlant et voiture dans l’impossibilité d’accélérer et de circuler aisément, tant le parking est bondé. Bref, il n’y avait pas urgence pour le procureur à livrer cet élément, qui in fine s’est révélé être faux. Sauf à vouloir profiter, comme les médias de ce qui fait désormais immanquablement le buzz.