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“Qui t’a appris à te détester ?”, demandait Malcolm

haine de soi
©Shutterstock
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L’un des aspects intéressants des réseaux sociaux est contenu en le partage de pensées, analyses dans lesquelles on trouve écho. Suivre des individus qui ont du contenu riche à partager, c’est s’assurer de nourrir notre palais mental de réflexions prometteuses.

Apprendre à s’aimer

Une internaute anglaise d’origine pakistanaise a partagé ses ressentis suite à la publication d’une photo publié sur le tentaculaire site Web BuzzFeed. On y voit un chanteur américain pour ados vêtu d’un saree de fête. Le cliché est accompagné du commentaire suivant : “Quand, enfant, tu étais trop européen et que tu essayes, une fois adulte, de paraître plus desi (membres de l’Asie du sud). Est-il trop tard ?”

La jeune femme fait suivre le partage visuel par ces quelques mots (traduction maison, approximative et un peu freestyle) :

“Cette photo BuzzFeed me rappelle comment, issue de la troisième génération de migrants, évoluant en Angleterre, j’ai essayé de me distancer de mon héritage sud asiatique.
Je me souviens d’un séjour résidentiel à Bell Heath (quartier de Birmingham) pour lequel ma mère m’avait préparé un salwar kameez à paillettes afin de le porter le dernier jour, à l’occasion de la soirée disco. J’étais tellement en colère que je lui ai demandé de me laisser porter une “robe anglaise”. Elle refusa. Et j’ai haï chaque minute passée dans ces vêtements malgré les compliments incessants pour dire ô combien j’étais belle. Je m’étais convaincue qu’ils n’étaient que l’expression d’une politesse.

La haine pour ma couleur de peau était un autre aspect enraciné. Ma peau était trop foncée. Mes sourcils trop touffus. Mon accent mirpuri était répugnant donc je parlais toujours anglais en public. Mes yeux bruns étaient ennuyants. Pourquoi ne pouvais-je pas avoir des yeux verts ? Ou gris ? Mon nez était trop gros. Mes oreilles encore plus. Et entendre que je paraissais autre chose qu’asiatique – arabe, par exemple — était tout simplement le meilleur compliment du monde.

Comme beaucoup de gens, j’ai internalisé l’oppression raciale et les messages d’infériorité perpétuellement transmis par la société de suprématie blanche qui mènent au doute de soi, au dégoût, à l’irrespect de son héritage. Après des décennies d’inconsciente haine de soi, apprendre à s’aimer, à apprécier ses défauts, sa culture est une forme de résistance. C’est un long processus certes, mais il en vaut tant la peine.”

Elle accompagne son témoignage de cette célèbre citation de Malcolm X.

« Qui t’a appris à te détester ?
Qui t’a appris à détester la nature de tes cheveux ?
Qui t’a appris à détester la couleur de ta peau au point que tu t’éclaircisses la peau pour ressembler au blanc ?
Qui t’a appris à détester la forme de ton nez et de tes lèvres ?
Qui t’a appris à te détester toi-même de la tête aux pieds ?
Qui t’a appris à détester les gens qui te ressemblent ?
Qui t’a appris à détester la race à laquelle tu appartiens à tel point que tu ne veuilles même pas être à coté de l’une d’elle ?
Avant de demander à M. Mohammed s’il enseigne la haine, tu devrais te demander, qui t’a appris à détester ce que Dieu a fait de toi. »

Mais encore ?

Les messages qui invitent à la haine de soi ne sont pas confinés dans cet apprentissage suprémaciste. Ils persistent partout où la haine s’immisce. Les figures parentales peuvent être très habiles, malgré ou à cause d’elles-même, à enseigner dès le jeune âge à leur enfant, par des mots, des regards, des silences ou des gestes, qu’il ne sera jamais assez bon, assez bien, qu’il ne vaut rien, pas mieux que son frère ou pas mieux que la voisine. Ou carrément, qu’on aurait aimé qu’il ne vienne jamais au monde.

Là où la bienveillance ne se trouve pas la porte est ouverte aux injustices les plus dévastatrices. Des adultes bien bâtis, “accomplis”, trimballent ces plaies parfois jusqu’à leur dernier souffle. La pleine réalisation du conditionnement interne et son démantèlement sont des entreprises qui paraissent insurmontables. Parce qu’ils sont là depuis des décennies, puisqu’on y est habitué, on pense qu’ils ne disparaitront jamais. En réalité, les messages qu’on se raconte à leur propos doivent également subir un nettoyage radical.

Non, vous n’êtes pas ce que la société vous dit que vous êtes.
Vous n’êtes pas ce que dont vos parents vous qualifiaient, incapables d’aimer un être car incapables de s’aimer eux-mêmes.
Et enfin, vous n’êtes pas ce que votre cerveau vous susurre.
Vous êtes ce qui persiste, après que tout le reste s’évapore.
Vous êtes ce que vous découvrirez dans l’intimité la plus primaire.
Et personne ne saura qui vous êtes, tant que ce travail essentiel ne sera pas amorcé.