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Rohingyas : femmes violées, vagins ravagés, pogroms méthodiques

nourqaida rohingya
L’enfant pleure sa mère, assassinée par l’armée birmane – © Envoyé spécial

Les Rohingyas, musulmans du Myanmar (ex-Birmanie), constituent depuis plusieurs années selon les Nations unies l’une des minorités ethniques les plus persécutées [1] au monde.

Comme si cela ne suffisait, à partir de 2012, leur situation s’est encore dégradée, avec la complicité du monde en général, de l’Europe en particulier.

« Alors que les autorités birmanes sont clairement impliquées dans la purification ethnique des Rohingyas, musulmans de la région de l’Arakan à l’ouest de la Birmanie, l’Europe a levé lundi l’ensemble des sanctions commerciales, économiques et individuelles en vigueur jusque-là contre la junte birmane. Seul l’embargo sur les armes est maintenu. »

Lire – Rohingyas : malgré le nettoyage ethnique, l’Europe lève les sanctions contre la Birmanie [2]

Cinq ans plus tard, les violences contre les Rohingyas ont repris de plus belle pour atteindre un stade insupportable.

Des attaques « systématiques » et « coordonnées »

Un rapport du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH), rendu public le 11 octobre dernier, dénonce des « attaques brutales et systématiques », mais encore « bien organisées » et « coordonnées de manière méthodique ».

Le but clairement affiché est, rapporte le HCDH, « non seulement de chasser la population [rohingya] hors du Myanmar mais de l’empêcher de rentrer chez elle ».

De nombreux observateurs, dont Human Rights Watch, ont dénoncé l’utilisation de mines antipersonnel, interdites par un traité international, « lors d’attaques de villages et le long de la frontière avec le Bangladesh ». Il s’agit là encore d’interdire tout retour des réfugiés en Birmanie.

Lire – Birmanie : recours meurtriers à des mines antipersonnel contre les Rohingyas en fuite [3]

Le rapport, accablant pour les autorités birmanes, dévoile une stratégie visant à « instiller une peur profonde et généralisée et à traumatiser – physiquement, émotionnellement et psychologiquement » les Rohingyas.

Un génocide en cours

Les témoignages recueillis par la mission onusienne disent l’horreur. Ils viennent renforcer tous ces autres témoignages rapportés, depuis maintenant deux mois, au quotidien dans les médias français et internationaux.

Des mères de famille, des jeunes filles, parfois des fratries entières sont violées en groupe sur la place publique, souvent devant le père. Frappées et abusées, les femmes laissées en vie sont retrouvées très gravement mutilées : l’armée birmane tue, viole, mais aussi détruit les parties génitales de ces femmes afin qu’elles ne puissent plus jamais avoir d’enfants.

L’objectif est clair : aéantir physiquement aujourd’hui les Rohingyas, psychologiquement et socialement pour les faire disparaître demain de la surface de la terre.

L’armée est clairement impliquée. L’usage des hélicoptères révèle en outre l’implication des plus hautes autorités de l’Etat birman. Les destructions de maisons et de villages entiers, ainsi que les massacres, ne sont pas le fait d’éléments isolés.

Les enfants ne sont pas épargnés, comme le révèle le témoignage suivant.

Voici le récit d’une jeune fille de douze ans vivant à Rathedaung [10] : « Les [forces de sécurité du Myanmar et des bouddhistes de l’État d’Arakan] ont encerclé notre maison et commencé à tirer. C’était la panique – ils ont tiré sur ma soeur devant moi, elle n’avait que sept ans. Elle pleurait et me disait en criant de m’enfuir. J’ai essayé de la protéger et de m’occuper d’elle, mais nous n’avions aucune aide médicale. Elle perdait tellement de sang qu’elle est morte le jour suivant. Je l’ai enterrée moi-même. »

Comme en 2012, des civils, dont de nombreux moines bouddhistes extrémistes, prennent part à ses expéditions punitives visant à détruire les localités rohingyas, faire fuir et tuer leurs habitants. En d’autres termes : des pogroms, menés par des groupes de 100 à 150 individus, selon le rapport du HCDH, sont aujourd’hui perpétrés contre la minorité musulmane rohingya.

Eradiquer à jamais les Rohingyas

A ces massacres s’ajoutent d’autres attaques perpétrées par les forces de sécurité birmane visant spécifiquement l’intelligentsia rohingya : enseignants, imams et responsables musulmans, intellectuels et plus généralement tout individu rohingya jugé influent sont l’une des cibles privilégiées des génocidaires.

Selon le rapport, « tout a été entrepris pour effacer concrètement tout repère historique des paysages et de la mémoire des Rohingyas en sorte que, s’ils retournaient chez eux, ils ne trouveraient rien d’autre qu’une terre désolée et méconnaissable ». L’élimination des lettrés s’inscrit dans cette volonté de « laisser moins de place à l’histoire, à la culture et aux connaissances des Rohingyas ».

Eradiquer la vie culturelle, intellectuelle, religieuse, historique des Rohingyas tout en les éliminant physiquement – soit en les tuant, soit en les forçant à fuir – de la Birmanie. Détruire à jamais tout perspective de retour, détruire toute possibilité de renouveau, jusque dans l’intimité des femmes.

Pour lire le rapport (en anglais), cliquez sur le lien suivant : Mission report of OHCHR rapid response mission to Cox’s Bazar, Bangladesh [19]