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Palestine : terminus pour la boutique en ligne Solivr (et nouveau départ)

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Solivr, la boutique en ligne spécialisée dans le commerce équitable avec la Palestine, a fermé ses portes.

Le site (www.solivr.fr [1]) n’affiche plus qu’une triste interdiction d’y pénétrer.

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Solivr, c’était la Palestine

Solivr, c’était de l’huile d’olives made in Palestine, du savon made in Palestine.

Solivr boutique solidarité Palestine

Solivr, c’était du zaatar made in Palestine qui trouvait place dans les assiettes des clients des restaurants halal Alambra [2], avec qui la boutique solidaire avait mis en place un partenariat.

Lire – Les papillotes de Ramallah : des entrepreneurs pour la Palestine [3]

Solivr, c’était évidemment de superbes keffiehs, de véritables keffiehs made in Palestine confectionnés sur place par des artisans palestiniens, et non des kieffehs de piètre qualité fabriqués à la chaîne en Chine.

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Solivr, c’était, peut-on l’oublier, les succulentes dattes medjhoul, délicieuses à s’en croquer les doigts.

dattes medjoul solivr

Et Solivr, c’était même à partir de 2014 une ouverture au Mali avec du beurre de karité équitable. La boutique en ligne était ambitieuse. Si les débuts se firent exclusivement en Palestine, l’avenir était à l’extension à d’autres contrées, d’autres pays, d’autres artisans. Toujours dans cet esprit de solidarité et de commerce réellement équitable.


Solivr n’est plus donc. C’est là la vie des entreprises, elles ouvrent, perdurent et parfois finissent par baisser le rideau.

Pourquoi Solivr ferme

Sur Facebook, Fathi Hadj-Henni [9], l’un des fondateurs de la marque et rédacteur sur Al-Kanz, explique les raisons de cette décision.

Lire – les articles de Fathi Hadj-Henni sur Al-Kanz [10]

“Pourquoi nous retirons-nous? Parce que ce projet a eu des conséquences sur nos vies perso et les problèmes liés à l’activité sont devenus de plus en plus compliquer à résoudre. Poursuivre les importations et assurer la vente en ligne nécessitaient plus de temps, plus de monde, plus d’argent et plus d’espace. Nous vendions beaucoup mais les marges sur nos produits ne pouvait nous permettre de nous développer. D’autant que la vente sur internet a complètement changé entre nos débuts et aujourd’hui. Il faut vendre pas cher, sans frais de port et livrer en 1 journée, avec retour gratuit pour être dans la course. C’est la norme. Stop. Impossible. Nous sommes hors du game. J’ai mis en pause la boutique depuis plusieurs mois, le temps de réfléchir à une suite.”

On pense évidemment au modèle imposé par le géant Amazon. Mais on peut regretter aussi que les centaines de milliers de pro-palestiniens en France n’aient pas compris qu’en soutenant régulièrement une telle boutique – ou toute autre boutique similaire –, ne serait-ce qu’en achetant un seul savon par mois, ils auraient pu faire plus que manifester dans la rue et fustiger – à raison – sur les réseaux sociaux le sort sinistre réservé aux Palestiniens.

Notre faute, nous soutiens partiels de la Palestine

Les centaines de milliers de pro-palestiniens que nous sommes auraient en effet pu soutenir l’économie palestinienne, les paysans palestiniens, les artisans palestiniens, les ouvriers palestiniens, les femmes et les hommes palestiniens qui grâce à des sociétés comme Solivr peuvent vendre le fruit de leur labeur.

Comment ? En s’engageant très concrètement avec le porte-monnaie, en achetant systématiquement même un seul savon par mois, un keffieh de temps à autre, une bouteille d’huile d’olive régulièrement, soit quelques dizaines d’euros par an. Pas d’argent ? Alors un savon tous les six mois ou même un soutien réel, concret et là encore systématique sur les réseaux sociaux pour faire la promotion de ce commerce vertueux et vital pour les Palestiniens.

Le modèle d’Amazon n’est plus un problème quand, commerçant, on a une communauté de clients engagés.

Le modèle d’Amazon n’est plus un problème quand, commerçant, on a une communauté de clients, qui sont bien plus que des acheteurs, qui lorsqu’ils achètent soutiennent une boutique qui oeuvre pour une cause juste. Quelques dizaines d’euros dépensés chaque année par des centaines de milliers de pro-palestiniens, c’est Solivr qui ne ferme pas boutique et qui peut même se permettre de fanfaronner devant le géant Amazon. Mais il en a été autrement.

Toujours pas de conscience économique collective

De façon générale, il n’existe pas (encore ?) de conscience collective qui dépasse le seul soutien à travers les pétitions, les manifestations et autres événements culturels pour entrer dans une dimension autrement plus puissante, celle de l’économie solidaire et durable. Le problème n’est jamais vraiment les multinationales ultracapitalistes contre lesquelles les petits commerçants ne peuvent lutter.

Le problème réside chez les consommateurs qui choisissent de ne pas soutenir ces petites entreprises. Le problème pas chez la concurrence féroce des très gros. Le décideur n’est jamais la multinationale, géant aux pieds d’argile qui est aux consommateurs ce que la came est au toxico. Plus de consommateurs, plus de clients et la multinationale s’écroule.

Mais faut-il encore qu’un réveil salutaire s’empare de chacun de nous, pour qu’enfin nous comprenions dans les actes que nos idéaux, nos luttes, nos aspirations sont en puissance dans la possibilité d’agir tout à la fois individuellement et ensemble. C’est alors que nous agissons, c’est alors que nous agirons et que les Solivr n’auront plus jamais de difficultés face à des Amazon. Car nous serons là. Nous, ensemble. Chacun. Sans attendre qu’autrui nous dise de faire.

Un autre pouvoir économique, puissant qui s’ignore

En novembre 2006, soit il y a plus de 11 ans maintenant, nous avions essayé d’aborder le paradoxe, toujours criant aujourd’hui, de ces millions de musulmans qui constituent une puissante force économique qu’ils refusent de saisir et d’incarner pour ne plus subir et prendre enfin véritablement en main leur destinée.

Aujourd’hui nous écririons cet article autrement, malgré tout l’essentiel y est. Pour lire notre analyse, cliquez sur le lien suivant : Consommateurs musulmans : bien mal compris ne profite jamais [11]

N’hésitez pas à commenter au bas de l’article pour qu’ensemble nous puissions débattre et échanger autour de cette problématique.

Solivr revient et s’installe aussi en Palestine

Solivr ferme ses portes, mais les réouvrira, annonce Fathi Hadj-Henni dans son message d’adieu, toujours sur Facebook.

“Aujourd’hui, la marque Solivr va continuer sa route et sera encore plus proche des producteurs palestiniens puisqu’elle deviendra une marque palestinienne ! Et c’est une excellente chose. N’est ce pas là une réelle preuve du travail sérieux fourni depuis des années ? […]

L’équipe repreneuse, basée en France et en Palestine, se présentera sur cette page [9] dès la réouverture du site. Cela devrait se faire dans les semaines qui arrivent. Le made in Palestine continuera à vivre, sous la forme d’une “marketplace” dédiée aux producteurs et artisans palestiniens. L’emballage, l’expédition des colis,… tout se fera depuis la Palestine. Vous y retrouverez tous nos produits ainsi que d’autres produits made in Palestine.”

A la bonne heure. Si la fermeture de Solivr est triste, l’aventure n’est pour autant pas terminée, et surtout les partenaires palestiniens ne se retrouveront pas sur le carreau.

Souhaitons ainsi une longue vie à cette nouvelle et autre version de Solivr. En attendant le lancement, que chacun note bien l’adresse pour y revenir prochainement in sha’a-Llah : www.solivr.fr [12].