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La Mecque compte malheureusement aussi un certain nombre de porcs

Mecque Sabica Khan
© Sabica Khan

Se rendre à La Mecque pour le hajj (grand pèlerinage) ou la ‘omra (petit pèlerinage) est le rêve de toute musulmane et de tout musulman.

Pourtant ce rêve se transforme en cauchemar pour un certain nombre de femmes qui ont le malheur de n’avoir pas été prévenues de certains risques qu’elles encourent et qui subissent la perversité de prédateurs, en pleine adoration.

Agressions sexuelles autour de la Kaaba

Aussi ignoble et invraisemblable que cela puisse paraître, des prédateurs agressent sexuellement des croyantes, lors du tawaf (circumambulation, acte d’adoration qui consiste à tourner autour de la Kaaba) en particulier, et plus généralement lorsqu’il y a foule.

Le sacrilège est incommensurable, l’agression sexuelle extrêmement violente, traumatisante comme l’a confié le 2 février dernier sur Facebook Sabica Khan dans un témoignage qui depuis près de dix jours secoue les réseaux sociaux.

En plein tawaf, la jeune Pakistanaise sent une main sur sa taille. Elle croit d’abord qu’il s’agit « juste d’une innocente erreur » (« an innocent mistake »). Elle poursuit son acte d’adoration quand une main la touche de nouveau. Très mal à l’aise, explique-t-elle, elle sent alors « soudainement » lors de son sixième tawaf « quelque chose d’agressif » contre le bas du dos. L’agresseur est un frotteur !

La foule est immense, Sabica Khan ne peut se retourner, elle continue d’avancer lentement. Arrivée à l’un des coins de la Kaaba, le coin yéménite, elle est de nouveau agressée sexuellement : quelqu’un a essayé de lui pincer les fesses.

« J’étais littéralement pétrifiée », témoigne-t-elle. Coincée dans la foule, elle reste sur place et regarde autour d’elle pour comprendre ce qui s’est passé, pour savoir qui a osé porter la main sur elle, qui l’a agressée sexuellement, qui plus est en un lieu aussi saint, à seulement quelques mètres de la Kaaba.

Sabica Khan dit, à juste titre, « s’être sentie violée ». Elle ne pouvait plus parler. Persuadée que personne ne la croirait, elle n’a rien dit jusqu’à rejoindre sa chambre d’hôtel où elle a tout raconté à sa mère.

Des prédateurs, tout musulmans qu’ils sont

Avant de livrer son témoignage, la jeune femme s’est fendue de la précision suivante : « I was afraid to share this because it might hurt your religious sentiments. » Traduction : « Je craignais de partager ce [témoignage] parce qu’il pourrait heurter vos sentiments religieux ». Et pour cause.

Comment ne pas être en effet révulsé et choqué au plus profond de son âme ? Un agression sexuelle est en soi ignoble, où qu’elle se déroule. Qu’en est-il alors lorsqu’elle se produit en un lieu où l’on se livre de tout son être à Dieu, persuadé d’être à l’abri de tout danger ? Où l’idée même de commettre le moindre péché nous horrifie ?

Face à la Kaaba, les plus endurcis sanglotent à chaudes larmes. L’expérience spirituelle est si forte que chacun réussit sans mal à se défaire des oripeaux qui nous habillent au quotidien. On se sent très proche de Dieu, et l’on imagine qu’il en est de même ces milliers de fidèles autour de soi. Il ne peut jaillir de ces moments de grâce, en ce lieu saint par excellence, se dit-on, que le bien.

Si seulement. Il y a une quinzaine d’années environ, un cheikh nous expliquait que pour empêcher les agresseurs sexuels de s’en prendre à leur épouse des hommes accomplissent les actes d’adoration, le tawaf, en marchant tout juste derrière elle. Souvent, en croyants avertis, ces derniers se préparent psychologiquement à une agression de leur conjointe et donc à affronter l’ignominie pour ne pas déraper et risquer d’invalider leur pèlerinage.

Car il est en effet – doublement – dramatique que des femmes deviennent des proies et subissent ces viols, ces agressions sexuelles à La Mecque ou sur les lieux saints de l’islam, là où le croyant se pense assuré d’être en parfaite sécurité.

Ni fake news ni complot

Il est certain que des musulmans crieront à la fake news, voire au complot pour salir les musulmans et l’islam. Les faits sont pourtant cruellement, d’abord pour les victimes, établis et réels. Là où il y a foule grouillent les prédateurs. Dans le métro, dans le bus, à La Mecque… ou dans les temples hindous, comme l’explique un internaute en réponse au témoigage de Sabica Khan sur Facebook.

viol temple

Traduction : « Les femmes font aussi face à cela en Inde dans les temples, surtout à l’occasion des fêtes. Même un endroit pur ne peut réformer les pervers. »

Le témoignage de Sabica Khan est salutaire. Il brise un tabou, révèle un secret de Polichinelle pour les uns, des faits totalement ignorés pour les autres et permet à d’autres femmes de témoigner.

Lire – Women are speaking out about being sexually harassed during Hajj [1]

D’autres femmes, mais pas seulement. Sur Twitter, Aijaz Ansari, musulman américain, raconte avoir été lui-même témoin d’une telle agression. Ce fut à Mina (l’une des étapes du hajj), en face de lui, contre une femme de sa famille, précise-t-il.

Ces témoignages sont dérangeants. Car la réalité est dérangeante, et pire encore. Certes, ces agressions ne sont pas légions. Certes, les prédateurs sont peu nombreux eu égard aux nombres de pèlerins. Mais un seul violeur, c’est déjà infiniment trop. Nul ne peut se taire, ne peut laisser faire.

Nous pouvons fermer les yeux et offrir aux prédateurs, tout musulmans qu’ils sont, l’occasion d’agresser en toute impunité d’autres femmes, tous les jours, à La Mecque, devant la Kaaba.

Nous pouvons aussi soutenir la parole de ces femmes courageuses qui en mettant cette réalité sur la place publique réussiront in sha’a-Llah à pousser les autorités saoudiennes à s’emparer à bras-le-corps de ce fléau pour sinon y mettre un terme, à tout le moins traquer autant que faire se peut les pervers et sécuriser ces lieux saints de l’islam, souillés par des porcs.

Voici l’intégralité du témoignage de Sabica Khan en anglais.