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Hajj : “le secteur est fortement touché, mais pas coulé”

hajj tawaf Kaaba
© Leo Morgan / Shutterstock.com [1]

Quelque 10 000 pèlerins, tous résidant en Arabie saoudite, viennent tout juste d’achever un hajj inédit. En 2019, venus du monde entier, ils étaient un peu moins de 2,5 millions.

Comme nombre d’entreprises touristiques, les agences de voyage spécialisées dans l’organisation du hajj sont à l’arrêt. Interview avec El-Houssine Marfouq, directeur de l’agence Meridianis Voyages [2] et président de la coordination des organisateurs agréés Hajj de France (CHF).

Al-Kanz : 2020 sera une année blanche pour les agences organisatrices du hajj. Doit-on s’attendre à des faillites ? Quelles vont être les conséquences pour le secteur ?
El-Houssine Marfouq :
L’année 2020 restera une année marquée par la crise pour toutes les activités économiques, en France comme à l’étranger. Frappé de plein fouet, le tourisme fait partie des secteurs les plus touchés par la crise du coronavirus Covid-19. Les agences de voyages agréées hajj ne font pas exception : le pèlerinage a été totalement à l’arrêt. Toutefois, nous avons bénéficié des mesures mises en place par le gouvernement pour soutenir le secteur touristique. Je ne pense pas qu’il y aura des faillites, mais plutôt une restructuration, surtout sur le plan social en attendant la reprise définitive d’ici 2022. Pour atteindre le même niveau d’activité d’avant cette pandémie, il faut en effet patienter au moins deux ans : pour nos agences, le hajj est une activité majeure, qui plus est qui n’a lieu qu’une fois par an.
En bref, notre secteur de voyagistes du pèlerinage est fortement touché, mais pas coulé ! On espère une reprise des omra (petite pèlerinage) le plus tôt possible.

Al-Kanz : Après l’annonce de l’Arabie saoudite, le 22 juin dernier, la question du remboursement s’est immédiatement posée. Dans plusieurs pays, il est d’ores et déjà acté. Qu’en est-il en France ?
El-Houssine Marfouq :
La mise en place de l’ordonnance du 25 mars 2020, dont l’objectif essentiel est de permettre à notre secteur d’activité de parer aux difficultés financières, permet aux agences d’émettre des à-valoir du même montant que les acomptes versés par les clients, utilisables pendant une durée de dix-huit mois. Il y aura toujours des arrangements pour les clients qui désirent être remboursés, surtout pour les cas particuliers (difficultés financières ou autres). Cela sera possible une fois que nous aurons au moins récupéré les acomptes auprès des compagnies aériennes.

Al-Kanz : Quid précisément de ces acomptes versés par les agences aux compagnies aériennes ou aux hôteliers ? Le remboursement sera-t-il aisé ?
El-Houssine Marfouq :
A ce jour, seule la Saudi Airlines nous a confirmé qu’elle procédera aux remboursements des acomptes versés. En revanche, les autres compagnies préfèrent les garder pour la saison à venir. En ce qui concerne les hôtels, la majorité d’entre eux nous ont fait part qu’ils conserveront les acomptes pour la saison du hajj 2021.

Al-Kanz : Après la libéralisation du marché de la omra grâce au visa touristique et les pertes sèches liées à la pandémie du Covid-19, comment les agences peuvent-elles s’en sortir à l’avenir ?
El-Houssine Marfouq :
L’introduction des visas touristiques pour visiter l’Arabie saoudite est une bonne chose pour les agences de voyages en général. Pour les agences spécialisées dans le pèlerinage, c’est un nouveau marché qui s’est ouvert à elles. Grâce à leur connaissance du pays, elles sont en mesure d’organiser des séjours purement touristiques, dont la cible dépasse celle des seuls musulmans. Après la pandémie, nous devons de toute façon penser à développer d’autres produits et d’autres services. Prenons par exemple le voyage éthique, c’est un secteur qui connaît une progression annuelle à deux chiffres et plusieurs pays commencent à proposer des offres qui respectent les croyances et l’éthique des consommateurs.

Al-Kanz : Sauriez-vous chiffrer le manque à gagner global sur le marché français du hajj et de la omra a-t-il été chiffré ?
El-Houssine Marfouq :
Le chiffre d’affaire du hajj et de la omra doit aisément avoisiner les 150 millions d’euros par an.

Al-Kanz : Pendant des semaines, les autorités saoudiennes ont étudié différents scénarios. Peut-on imaginer que le hajj 2021 soit, à la faveur de ce brainstorming, l’occasion d’une révolution, avec par exemple de nouvelles formules plus courtes, des démarches administratives facilitées tant pour les agences que pour les pèlerins, etc. ?
El-Houssine Marfouq :
Tout dépendra de la maîtrise de cette pandémie et de l’issue d’un vaccin. Ces dernières années, les autorités saoudiennes ont misé sur la numérisation des démarches administratives ; ce qui a simplifié et facilité les procédures. L’Arabie saoudite investit beaucoup pour que le secteur du hajj devienne un levier important de développement économique.

S’agissant des offres, elles demeurent de trois types : économique, touristique et confort. Il faut savoir que, pour les compagnies aériennes, les formules courtes entrent dans la catégorie “haute saison”, avec donc des prix plus élevés. En outre, les hôtels mecquois facturent par période et non par nuitée. Là aussi, les forfaits courts sont également les plus chers. Avec la hausse récente en Arabie saoudite de la TVA (+ 10 %), nous craignons par ailleurs une hausse des prix pour 2021.

Rappelons pour finir que, dans ce contexte particulier, la parole de Dieu reste inchangée : une des conditions du hajj est la capacité financière du pèlerin.