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Rajab : savez-vous que nous sommes en plein mois sacré ?

astrolabe
Astrolabe arabe © Evan Bench [1]

Avant d’en venir au sujet qui nous occupe, commençons par rappeler les noms des douze mois de l’année islamique, et donc du calendrier musulman.

1- Muharram | 2- Safar | 3- Rabia al awal | 4- Rabia ath-thani | 5- Joumada al oula | 6- Joumada ath-thania | 7- Rajab | 8- Chaabane | 9- Ramadan | 10- Chawwal | 11- Dhu al-qi’da | 12- Dhu al-hijja

Un calendrier méconnu, même parmi les musulmans

Tout le monde est capable, dès l’âge de sept ou huit ans, de décliner sans se tromper les noms des douze mois du calendrier grégorien (janvier, février, mars, avril, mai, juin, juillet, août, septembre, octobre, novembre, décembre). On ne peut malheureusement pas en dire autant des douze mois du calendrier hégirien, le calendrier islamique ; ce qui est fâcheux si l’on est musulman.

C’est en effet là sinon une aberration à tout le moins une difficulté qui mène à d’autres difficultés lorsqu’on tient à observer au mieux les principes et certaines obligations islamiques qui jalonnent la vie du croyant, laquelle est rythmée par les mois lunaires. Citons un seul exemple : le calcul et paiement de la zakat al-mal [2] (impôt social purificateur).

Calculer son montant nécessite de se référer à l’année lunaire et non à l’année solaire. Pourtant, il est courant que des musulmans calculent leur zakat de janvier à janvier ! Ce qui non seulement fausse le calcul et n’a aucun sens, mais encore, conséquence directe, amène le croyant à une pratique erronée de ce pilier islamique.

Ne pas connaître les mois musulmans, c’est se déconnecter d’un référentiel à la fois historique et religieux. C’est en outre manquer d’accueillir chaque mois selon son importance.

Ne pas connaître les mois musulmans, c’est se déconnecter d’un référentiel à la fois historique et religieux.

Ramadan se prépare, notamment quand arrive chaabane. Chawwal et ses six jours de jeûne surérogatoires prolongent le jeûne du mois béni. Dhul hijja célèbre le pèlerinage. Le jour de haute importance Achoura a lieu au mois de muharram, premier mois de l’année musulmane. Tous les mois, il est fortement recommandé de jeûner les 13, 14 et 15, lors de ces fameux jours dits « blancs ».

Combien de musulmans savent par exemple que nous sommes au moins de rajab de l’année 1442 ?

Lire – 1er rajab 1442, septième mois du calendrier musulman [3]

Combien savent que le mois de rajab est un mois sacré, contrairement au mois de ramadan [4] qui ne l’est pas ?

Quatre mois sacrés en islam, mais pas ramadan

En islam, on distingue quatre mois sacrés sur les douze que compte le calendrier musulman [5] : muharram, rajab, dhu al-qi’da, dhu al-hijja, respectivement premier, septième, onzième et douzième mois.

Dans un hadith rapporté par les savants Al-Bukhari et Muslim (que Dieu leur fasse miséricorde), le Prophète ﷺ nous dit en substance : « Le temps a repris son cours tel qu’il était quand Allah créa les cieux et la terre : l’année compte douze mois dont quatre mois sacrés ; les trois se succèdent et ont pour nom dhu al-qi’da, dhu al-hijja et muharram et le quatrième rajab [6] intercalé entre jumada et chaabane. »

On le voit, le mois de ramadan n’est pas cité dans ce hadith. C’est un mois béni, mais pas un mois sacré. Faites le test autour de vous, posez la question suivante : « Est-ce que le mois de ramadan est un mois sacré en islam ? » Ou affirmez de but en blanc que le mois de ramadan n’est pas un mois sacré. La réponse sera immédiate : soit, surpris, on vous renverra la question soit on vous dira que vous dites faux. Et pourtant.

S’agit-il de couper les cheveux en quatre, de pinailler ? Assurément non ! La sacralité de ces mois a une incidence directe sur la vie des musulmans : si commettre des injustices est formellement interdit toute l’année, en commettre pendant ces mois est beaucoup plus grave. Le savoir permettrait à chacun de se remettre en question, d’être attentif aux conséquences de ses actes et travailler sur soi au moins quatre mois par an.

Aux mosquées et aux internautes de réhabiliter le calendrier musulman

Sur Al-Kanz, nous essayons depuis plusieurs années de dissiper cette confusion. Malgré tout, rien ne changera vraiment tant que les responsables de mosquée et les associations musulmanes ne considèreront pas le calendrier musulman à sa juste valeur et le réduiront au début et à la fin du mois de ramadan et aux deux aïds, aïd al-fitr et aïd al-adha.

Il revient aussi à chacun d’entre nous de contribuer au changement : les réseaux sociaux comme les applications de messagerie permettent de diffuser l’information avec une facilité déconcertante. Si vous ne saviez pas que nous sommes depuis le week-end dernier en plein mois sacré ni ce que cela implique dans votre pratique personnelle, alors il est urgent et grand temps non seulement d’en discuter avec les responsables et l’imam de votre mosquée, mais encore de participer à votre niveau à la réhabilitation du calendrier musulman.

A la mosquée, il est par exemple très simple d’afficher en début de chaque mois le nom du mois hégirien, avant les trois jours blancs un rappel pour jeûner, à la fin de chaque mois un autre rappel cette fois pour observer la lune, quand arrive un mois sacré une annonce. Sur Internet, un tweet, une publication sur Facebook, LinkedIn, Instagram ou Pinterest, etc. sont à la portée de tous, tout comme un message sur Whatsapp ou par SMS.

Ensemble, nous pouvons massivement et rapidement changer positivement le monde qui nous entoure. A condition que chaque individu se considère et devienne concrètement un acteur du changement, sans jamais attendre que d’autres agissent à sa place. C’est là malheureusement une vérité d’une simplicité enfantine malheureusement très peu partagée.