Marwan Muhammad : « Vous n’avez pas la moindre idée de la souffrance que vivent les victimes »

Pour Marwan Muhammad, les socialistes au pouvoir ont capitulé face à Marine Le Pen et déclenché une lutte pour défendre des droits inaliénables.

stop islamophobie

Par Marwan Muhammad, chroniqueur sur Al-Kanz et porte-parole du Collectif contre l’islamophobie en France

Donc je vais être très clair. Là, tout de suite, c’est très précisément le moment où il faut faire preuve du plus grand calme, du plus grand discernement et de la plus grande détermination.

François Hollande vient de capituler devant Marine le Pen, ni plus, ni moins, en évoquant la laïcité une fois de plus pour viser des femmes musulmanes et proposer une nouvelle loi sur le foulard. Il s’agit tout simplement d’une guerre politique, d’un combat, d’une lutte pour les droits dans laquelle il va falloir, pour tous ceux qui défendent les droits fondamentaux et luttent contre le racisme, donner toute notre énergie, faire preuve de courage et ne pas céder une once de terrain.

Je comprends, sans les partager, les points de vue de ceux qui ne croient pas à l’efficacité du vote comme outil politique, de ceux qui pensent que la France est une terre perdue à la dérive raciste et qu’il vaut mieux partir, de ceux pour qui la frustration dépasse l’espoir.

A eux je dis : à défaut de nous aider, honorez nous de votre silence, restez hors du chemin et ne soyez pas des adversaires supplémentaires dans une épreuve où l’endurance, la solidarité, la constance et le courage seront des éléments décisifs. Avant de dire un mot ou d’écrire une ligne, demandons-nous si cette parole va tirer les nôtres vers le haut ou les accabler.

Qui d’entre nous a envie d’être jugé un jour en ayant à porter le poids d’avoir causé le découragement de ceux qu’il prétendait aimer?

Vous n’avez pas la moindre idée de la souffrance que vivent les victimes, pour qui l’islamophobie n’est pas une discussion de salon, ni une cause militante, mais une réalité quotidienne qui brise le coeur du plus solide d’entre nous.

Alors je prends tous ceux qui me lisent à témoin : je n’aurai pas la moindre pitié pour tous ceux qui en leur sein participent à la division des musulmans, les montent les uns contre les autres, les désespèrent en leur expliquant que le monde entier conspire à leur souffrance, ou cherchent à trouver des excuses au racisme, en nous expliquant que les musulmans en sont eux-mêmes les premiers responsables, intériorisant ainsi le discours dominant qui voudrait que les musulmans se renient pour être acceptés.

A tous, je dis, du fond du coeur, que malgré ces jours difficiles, ce temps est celui de l’espoir et de la détermination. Plus il y a de l’injustice, plus notre courage doit être grand pour la combattre. Je n’ai jamais été aussi sûr d’être au bon endroit, au bon moment pour faire prévaloir la justice. Il faut voir la situation actuelle comme une formidable opportunité.

Quoi ? L’islamophobie n’a jamais été si grave et il nous parle d’opportunité ? Précisément, opportunité. Et je vais vous expliquer pourquoi.

Pour dépasser cette situation, il n’y a qu’un seul chemin, celui qui nous verra relever la tête, nous entraider les uns les autres, tenir notre langue quand il le faut et lever la voix quand c’est nécessaire, nous unir dans nos ressemblances et nous respecter dans nos différences, apprendre, espérer et agir pour le Bien, renouveler nos intentions et sans cesse recommencer, sans jamais désespérer, sans jamais abandonner. Jamais. Même pas une seule seconde.

Si nous y parvenons, et nous y parviendrons in cha’a-Llah sans le moindre doute, nous aurons été un peuple qui, à force de détermination et de confiance en Dieu, aura changé sa condition. Nous ne sommes pas seuls sur ce chemin, il y aura chaque jour des amis plus nombreux qui nous rejoindront, comme tous ceux qui aujourd’hui prennent la parole contre l’islamophobie, en disant une parole simple qu’il faut respecter : « Je ne partage pas ta religion mais je partage ton combat pour la justice. »

A nous également d’être des exemples dans tous les domaines où nous participons, pour répondre à l’injustice par une résistance sans faille face à l’islamophobie et, dans le même temps, par des oeuvres qui profitent à tous.

Cette semaine, plusieurs milliers de personnes parmi vous se sont mobilisées et ont eu un impact par leur action : je peux d’ores et déjà vous annoncer que suite aux courriers que vous avez envoyé à vos députés, beaucoup d’entre eux se sont positionnés contre une loi. Certains se sont même prononcés en faveur d’une commission parlementaire sur l’islamophobie. Il faudra transformer ces paroles en actions.

Sur le terrain de l’éducation, il est aussi encourageant de noter que le meilleur lycée de France est musulman, que la meilleure nounou de France est musulmane, alors que c’est l’un des domaines où l’islamophobie a été la plus forte, comme pour dire à ceux qui ont de la haine dans le cœur : vous pouvez leur jeter des pierres, ils en feront des diamants…

Enfin, la tribune que nous avons publiée aujourd’hui dans le Monde est un travail majeur qu’il faudra utiliser à sa juste valeur. Les universitaires qui se sont engagés et qui ont participé à la rédaction de ce texte ont fait preuve de courage et, je peux en témoigner pour avoir modestement participé aux échanges, sont déterminés à faire ce qu’ils peuvent à nos côtés. Il faut plus que jamais renforcer ces liens et établir, autant que possible, des relations de confiance et de coordination avec toutes les personnes de bonne volonté.

Soyons courageux et construisons la certitude de nos victoires.



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Vos réactions (8 commentaires)

  1. GL    

    + 1 pour le commentaire de reda

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  2. valentine62    

    Batoul

    J’ai hésité à vous répondre, parce que la réponse va forcément vous décevoir…
    J’ai passé des années dans le 93. J’y ai perdu bon nombre d’illusions, et notamment sur le vivre ensemble, mot tellement galvaudé.
    J’ai grandi à la campagne, même si la campagne nordiste ne ressemble guère aux champs du Larzac. Toujours est-il que je me suis toujours débrouillée pour entrer en contact avec les quelques étrangers, musulmans que je voyais de loin en loin. Les « autres » m’ont toujours intéressée.
    J’imaginais donc pouvoir me faire à cette nouvelle vie dans le 93.
    Malheureusement, je n’y ai connu que des déceptions. Des femmes qui me parlent dans la rue mais qui refusent mes invitations – je ne suis pas de la bonne religion. Des camarades de classe de mes enfants qui, au choix, vont clamer qu’ils brûleront des églises plus tard, qui ne vont pas en voyage de classe parce qu’ils ne mangeraient pas halal, ou dont les parents refusent qu’ils viennent chez moi ou que mes enfants aillent chez eux. On ne mélange pas les torchons et les serviettes.
    Une voisine, Ounissa, algérienne dotée d’un doctorat, m’a permis de penser que tous les musulmans n’étaient pas hautains, intolérants, racistes et christianophobes.
    C’est bien peu pour une grande ville…..
    J’ai ouvert ma porte, je me suis avancée vers eux, j’ai parfois pris sur moi lors de propos blessants.
    Tout ça pour ça….
    Bien sûr on peut incriminer la mentalité parisienne du chacun pour soi qui n’arrange rien.
    Il n’empêche.
    Je ne suis pas près d’oublier la leçon que j’ai reçue là-bas de la part d’une population qui s’y trouve maintenant en majorité….

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  4. Staban Tuek    

    Bonsoir, Batoul.

    Il est indéniable que le monde arabe traverse une période clef de son histoire.

    Je suis tout à fait d’accord avec toi quand tu parles de recherche de la connaissance et d’accès au savoir. Ceci étant dit, cet état de fait ne concerne pas uniquement l’islam.

    D’ailleurs, j’ai le sentiment que les occidentaux, malgré quelques conversions, restent globalement assez hermétiques à l’islam. Les occidentaux en quête de spiritualité semblent préférer le boudhisme, le new age, le chamanisme ou encore le néo-paganisme (après tout, les racines de l’occident ne sont-elles pas, avant d’être chrétiennes, païennes?).

    Ces formes de spiritualité contribuent d’ailleurs au changement auxquels nous assistons dans le paysage religieux de ce pays.

    Ken ar ch’entañ tro.

    Staban

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  5. valentine62    

    Aïcha

    La seine saint Denis est un endroit particulier. A part les gens âgés, sa population est majoritairement d’origine africaine ou arabe.
    Je ne me suis donc pas trouvée face à une population stigmatisée, mais face à une majorité qui, pour la plupart, m’a bien fait comprendre qu’elle et moi n’étions pas pareilles.
    Ça se ressentait parfois à des petites choses. Fatihah, tunisienne, qui s’intéresse à un article du magazine que je lis, et qui jette sur la table ledit magazine lorsqu’elle s’aperçoit qu’il s’agit de La Vie (catho). Craignait-elle d’être convertie malgré elle en lisant un article d’intérêt général, sous prétexte qu’il avait été écrit par un catholique ???
    Le fameux Fatih, dont le père, turc raciste, refuse que mon fils aille chez eux ou que son fils vienne chez moi.
    Les femmes marocaines qui, fidèles à leur culture, apportent des gâteaux à chaque séance de ludothèque, tout en veillant à ce que personne n’en apporte durant le Ramadan, mais qui m’en proposent avec insistance durant le Carême, alors que je leur ai pourtant expliqué son importance pour moi…
    Une jeune vendeuse en boulangerie, qui me fait la conversation tous sourires et sans voile à l’intérieur du magasin, et qui m’ignore royalement lorsqu’elle me croise, voilée, dans la rue.
    Etc etc etc…

    Bref, ma famille a été en situation de minorité dans son propre pays, ce qui est déjà paradoxal. Mais elle a été également victime de méfiance, voire de rejet et de mise à l’écart.
    Je ne peux donc m’empêcher de penser qu’il s’agit d’un avant goût de de qui pourrait m’attendre le jour où les musulmans seraient majoritaires en France. Honnêtement…ça ne donne pas envie…

    Ce que j’essaye tout simplement de vous faire comprendre, c’est que chacun peut être discriminé et ou stigmatisé, à partir du moment où il se trouve en minorité. Et ce, contrairement à ce que veut nous faire croire la bien pensance actuelle, puisque selon elle le monde fonctionnerait d’une façon binaire : le blanc, méchant et donc coupable, et le non blanc, victime potentielle.
    Or l’humanité est bien trop complexe pour être binaire…..

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  6. Aïcha    

    Vous parlez de problèmes subis à votre échelle (voisinage, entourage), dont toute minorité peut être victime je vous l’accorde, mais lorsqu’il s’agit d’une islamophobie d’État c’est bien plus grave. Libre à vous de vous distancier de gens qui vous causent du tort par leurs gestes vexants, mais il est bien plus difficile pour nous musulmans de nous distancier de la politique de notre pays étant donné qu’on y vit. Voilà pourquoi nous voulons nous faire entendre. Je ne compte pas jouer à la bataille victimaire dans laquelle vous semblez vous complaire, les exemples personnels allant dans mon sens ne manquant pas cependant.

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  7. valentine62    

    Aïcha

    Pendant des années, j’ai pris fait et cause pour les étrangers et pour les musulmans. Touche pas à mon pote, ça vous parle ? A moi, oui.
    Aussi, non seulement je ne m’attendais pas à un tel sentiment de rejet lorsque je suis allée en seine saint Denis, mais je ne pouvais pas non plus m’imaginer de quelle façon mon témoignage allait être reçu. Pour moi, une victime de racisme et ou de rejet est une victime, point. Et son témoignage est respectable, quelle que soit la religion ou couleur de peau de celui qui en est victime.

    Or, lorsque j’en parle sur des forums musulmans, la plupart des commentaires vont dans le même sens : me railler, m’ignorer ou me jeter la nouvelle lèpre au visage, j’ai nommé l’islamophobie. Sur ces sites, le musulman est forcément vu comme une victime potentielle, celui qui le critique ne peut être que coupable (de racisme, d’intolérance ou que sais-je encore).

    J’ai donc voulu vous montrer, à vous musulmans, que la donne peut être différente, que le musulman n’est pas toujours un saint. Aussi que certains, en France, commencent à en avoir assez d’être considérés systématiquement comme d’affreux xénophobes alors qu’ils sont juste dans la critique. On peut ne pas être d’accord avec quelqu’un sans être un suppôt de satan.

    Je ne nie pas qu’il existe un malaise en France depuis quelques années. Il augmente avec l’augmentation de la visibilité musulmane. Et ça ne s’arrête pas à la France.
    Continuer de dépeindre les détracteurs de l’islam comme de dangereux personnages ne va pas dans le sens de l’apaisement. Certains, bien sûr, profitent du climat actuel pour balancer leur haine de l’autre. Mais ils sont minoritaires.
    Et on en trouve aussi, de ces haineux, dans vos rangs.

    Continuez donc de voir l’autre comme un danger s’il n’accède par à toutes vos requêtes, refusez de voir en face les appréhensions, parfois légitimes de vos détracteurs.
    Restez dans votre cocon victimaire….si ça peut vous réchauffer, après tout…
    Moi, j’abandonne.

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  8. Aïcha    

    Valentine,

    Vous ne vous distinguez pas des personnes que vous attaquez, celles qui nient vôtre expérience de rejet en Seine Saint Denis, en niant la montée de l’islamophobie en France de votre côté.

    Pour info, mon père est »blanc », « français de souche », et musulman. Je connais bien heureusement beaucoup de français qui me respectent même s’ils ne sont pas d’accord avec moi.

    N’être pas d’accord avec quelqu’un est complètement différent de l’empêcher de faire ce qu’il fait, voilà tout. N’être pas d’accord avec quelqu’un est complètement différent de lui interdire l’accès à des lieux publics ou la possibilité d’avoir une vie professionnelle normale. N’être pas d’accord avec quelqu’un n’est pas le priver de sa liberté ou lui manquer de respect. N’être pas d’accord avec quelqu’un n’est pas de l’islamophobie, ça n’est pas ce contre quoi nous nous battons.

    Je vous ai dit ce que j’avais à vous dire, je n’ai rien à ajouter. C’est mon dernier commentaire sur cet article. Que Dieu vous guide.

    .1

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