Une fatwa n’est pas, par définition, une condamnation à mort

Par Al-Kanz

Préjugés et matraquages médiatiques ont conféré au terme “fatwa” un autre sens que le sien.

Coran Quran parchemin 13e siecle
Coran, parchemin du 13e siècle © “Richard Mortel

Point vocabulaire. S’il devait exister en France une liste des termes étrangers dont l’usage est, sinon en totale contradiction avec leur acception, à tout le moins abusif, le mot “fatwa” figurerait en très bonne place.

Biais tendacieux… ou malveillant

En France, en effet lorsqu’une femme ou un homme politique, un journaliste ou autres experts en expertise choisit d’utiliser le terme “fatwa“, c’est dans la majorité des cas pour évoquer une condamnation à mort.

Popularisée par une inculture journalistique certaine, la fatwa est ainsi devenue mutatis mutandis ce contrat posé par la mafia, qu’elle soit italienne, corse, russe ou chinoise, sur la tête de quelqu’un. On dit alors qu’on “lance une fatwa” (sic).

Si Ruhollah Khomeiny a largement contribué en 1989 à marquer les esprits en ce sens avec sa fatwa contre l’écrivain britannique Salman Rushdie, pour son ouvrage Les Versets sataniques, quiconque fait preuve d’intelligence, de mesure et in fine de culture use correctement du terme “fatwa”.

Mais qu’est-ce qu’une fatwa alors ?

Ce qu’est une fatwa

Pour répondre à cette question, convoquons simplement le dictionnaire Larousse.

Fatwa – nom féminin (arabe fatwā) : dans la religion islamique, consultation juridique donnée par une autorité religieuse à propos d’un cas douteux ou d’une question nouvelle ; décision ou décret qui en résulte.”

Source : Larousse

Précisément. Le terme “fatwa” appartient au corpus juridique. Une fatwa est un avis juridique émis par le mufti – ou le conseil de muftis. Notons qu’en arabe “fatwa” et “mufti” sont deux mots issus de la même racine, à savoir “f t w” : le mufti est ainsi par définition “celui qui donne une fatwa”.

Lire – Harvard : un verset coranique à l’entrée de la faculté de droit

Comme nous le rappelions dans un article de 2011 (“La fatwa et le gendarme“), l’objet de la fatwa est très souvent un problème circonstancié – c’est-à-dire relatif à un contexte précis, qui sera dûment considéré par le mufti – qui ne trouve pas une réponse immédiate dans les sources de la législation islamique. Le rôle du mufti est alors de considérer ledit problème à la lumière des textes et du contexte dans un effort (ijtihad) de réflexion personnelle.

Une fatwa n’est pas juste une opinion

Attention, il ne convient pas d’entendre par “réflexion personnelle” une opinion au sens que Platon lui donne, cette croyance fragile de l’individu qui s’oppose au jugement étayé de l’expert. Un mufti ne donne pas son avis, au sens trivial du terme, mais émet toute une réflexion fondée sur un raisonnement et des arguments solides avec toujours pour horizon les textes et le contexte.

Autre point important : les fatwas, qui font la jurisprudence islamique (fiqh), portent sur tous les aspects de la vie : culte, consommation, éducation, jeûne, alimentation, mort, famille, finance, etc. Elles peuvent varier selon les écoles juridiques (madhahib), mais aussi le temps et le lieu.

Ainsi, chaque fois que vous lirez ou entendrez un journaliste ou un politique utiliser le terme “fatwa” en lieu et place de “condamnation à mort”, ou encore de menace, intimidation, pression, etc., soyez convaincus soit de sa profonde inculture soit de sa volonté manifeste de nuire aux musulmans. Sauf…

Sauf si bien entendu il est alors fait précisément référence à une condamnation à mort, à l’instar d’une décision de justice (une fatwa, donc) prise par un tribunal états-unien, chinois, japonais ou dans tout autre pays où des peines de mort sont prononcés. CQFD.



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Vos réactions (1 commentaires)

  1. Adam Chaabane    

    السلام عليكم

    un mot, à force d’être répété par les médias, finit par prendre le sens implicite qu’on lui donne suivant les circonstances.

    Un autre exemple (pourtant un mot français) : “immoler” signifie en français “sacrifier” (par exemple pour le bélier de l’aïd, on pourrait tout à fait utiliser le verbe “immoler”). Or comme des gens ont eu la bonne idée de se sacrifier en s’aspergeant d’essence et de se faire brûler (“s’immoler par le feu”), le mot a été consacré dans la langue journalistique. Maintenant, à chaque fois que vous entendez le mot “immoler”, il est sous-entendu par le journaliste qu’il s’agit d’un sacrifice par le feu, ce qui est bien évidemment réducteur, mais qui s’en soucie ?

    Un autre exemple de terme arabe dont le sens a été déformé, mais à une autre époque, “ramadan” a donné en français “ramdam”, probablement à cause de nos coreligionnaires qui faisaient un peut trop de bruit la nuit pour rompre le jeûne ?

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