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Témoignage d’entrepreneur : Ali Habibbi, psychologue clinicien et chercheur en psychopathologie

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L’année 2023 débute avec la reprise de la série « Témoignage d’entrepreneur/e ». Ali Habibbi, psychologue clinicien et chercheur en psychopathologie, ouvre le bal.

Al-Kanz : Pourriez-vous vous présenter en quelques mots?
Ali Habibbi :
Franco-Marocain de 39 ans, je suis psychologue clinicien, thérapeute de couple et de famille. J’accompagne des personnes souffrant de différents troubles psychiques ou ayant des difficultés dans leurs comportements ou dans leurs relations, en leur proposant de suivre une psychothérapie. Je reçois aussi des couples et des familles en souffrance en les aidant à mieux se comprendre, à mieux s’entendre les uns avec les autres. Je suis aussi chercheur en psychologie clinique et en psychopathologie à Paris et à Lyon.

Al-Kanz : Lors de notre toute première rencontre, vous étiez libraire. Comment passe-t-on des livres à la psychologie ?
Ali Habibbi :
Il est vrai que j’ai été libraire pendant plusieurs années dans différentes librairies. Mais j’étais plus dans le social que dans le commerce. Je n’ai jamais été à l’aise avec le fait de vendre ou d’aller vers le client, je n’aime pas cela. En revanche, lorsqu’une personne venait me voir pour parler, échanger ou avoir des conseils de lecture ou autre, là j’étais totalement à l’aise.

Puis, à force d’être sollicité encore et encore, plus uniquement pour des conseils de lecture, mais pour des conseils relatifs à des problèmes personnels, et d’être confronté à des problématiques complexes, j’ai décidé de me former sérieusement, ce que je continue toujours grâce à Dieu.

Al-Kanz : Votre parcours, atypique, continue de surprendre en ce que vous n’avez eu de cesse de chercher à vous former. En parallèle de votre activité libérale, vous travaillez dans un hôpital psychiatrique et vous menez des recherches en psychologie clinique et psychopathologie. Qu’est-ce qui vous motive ainsi ?
Ali Habibbi :
Plusieurs choses me motivent. Enfant, je voulais être vétérinaire pour soigner les animaux, adolescent je voulais être raqi [guérisseur], puis adulte je me suis orienté vers des études de psychologie. J’ai depuis toujours une empathie qui me pousse à m’intéresser à autrui et à ce qui peut faire souffrir.
Cela me pousse à acquérir toujours plus de savoir et de connaissance, afin de comprendre et d’aider au mieux chaque personne que je reçois, dans sa singularité et sa complexité. La création d’Allah est passionnante, nous sommes si petits et tellement complexes. Nous avons fait énormément de progrès, mais en même temps nous savons si peu de choses. Il y a tellement à découvrir et à apprendre, tant en nous que dans nos relations et nos interactions, qui sont tellement fascinantes et surprenantes.
Chaque cas est unique et demande à être analysé de manière particulière. Les bonnes intentions ne suffisent pas. Il faut des outils, des connaissances et un savoir-faire. C’est un métier difficile.

Mon activité en libéral me permet d’intervenir sur des problématiques principalement relationnelles dans les couples et les familles, mais aussi d’aider des personnes à se sentir mieux. A contrario, à l’hôpital, je suis face à des patients que je ne peux pas voir en libéral. Ce sont surtout des patients psychotiques ou ayant des troubles mentaux importants et handicapants.
Quant aux recherches que je mène, elles se divisent ainsi :
— à l’université, je travaille sur le lien entre la psychopathologie et la religion.
— les travaux que je mène de mon propre chef portent sur la création d’une approche islamique de la psychothérapie.
Pour finir, je pense que ce qui me motive le plus est très certainement la recherche de la satisfaction d’Allah en essayant d’être le plus utile possible aux gens.

Al-Kanz : Comment conciliez-vous, dans votre pratique professionnelle, psychologie et foi ? Cette question s’adresse tant au praticien qu’au chercheur, qui, vous nous l’avez dit, s’intéresse aux rapports entre religion et psychopathologie.
Ali Habibbi :
Ma foi est totalement assumée et revendiquée ce qui, comme vous pouvez l’imaginer, a posé — et pose toujours d’ailleurs — de nombreux soucis tout au long de mon parcours universitaire. Cela fait partie de mon identité, mes patients le savent. D’ailleurs, la plupart viennent pour cela, c’est-à-dire pour trouver un thérapeute qui peut les comprendre et les accompagner en faisant le lien entre la psychologie, la psychothérapie et la religion. Ce sont d’ailleurs souvent des personnes qui n’iraient jamais voir un psychologue en dehors de ce cadre.

Il est essentiel de trouver un équilibre et un juste milieu entre des discours absurdes selon lesquels « on n’a pas besoin de psychologie » ou « la religion n’a rien à faire en psychologie », et des approches farfelues qui mélangent tout et n’importe quoi.
Je pars du principe que toutes les psychothérapies sont héritières et influencées aujourd’hui encore par des croyances religieuses ou philosophiques.

Je considère pour ma part que mettre la religion et les croyances des patients de côté est une erreur malheureuse qui va à l’encontre de leur intérêt. Placer la religion à un niveau inférieur par rapport à la psychologie ou la concevoir simplement de manière pathologique est aussi une erreur. Les deux disciplines ne s’opposent pas forcément, bien au contraire. La religion régit la vie de beaucoup de gens et leur permet, ou peut leur permettre de trouver l’équilibre qu’ils recherchent. Il est important d’en tenir compte.

Al-Kanz : Diriez-vous qu’il existe des spécificités propres aux musulmans, pratiquants ou non ? Question corollaire : avez-vous identifié les maux qui les affectent le plus ?
Ali Habibbi :
Les troubles mentaux, les pathologies et les difficultés sont les mêmes que vous soyez musulman ou non. La psyché est structurée de la même manière pour tout le monde. Les musulmans peuvent donc évidemment avoir les mêmes troubles que les non-musulmans, mais ces troubles peuvent se manifester de manière différente selon les croyances et la culture. Néanmoins, certains discours ou comportements peuvent paraître être délirants pour un non-musulman alors qu’ils ne le seront pas du tout pour un croyant.
Nous pouvons malgré tout constater des thèmes récurrents dans la clinique des musulmans : relations de couple ou de familles dysfonctionnelles, culpabilité, problème identitaire, dépression, troubles anxieux, sorcellerie, possession, mauvais œil, addictions diverses, troubles du comportement, célibat et difficulté à se marier…
Il faut aussi faire attention à l’approche religieuse de certains. Il est possible d’avoir une approche pathologique de la religion : vous pouvez être religieux et souffrir de troubles mentaux et avoir un discours ou une attitude délirante, mais qui passe inaperçue pour la masse.

Al-Kanz : Le plus souvent, consulter un psychologue n’est pas une démarche facile, plus encore dans nos communautés. Observez-vous un changement dans les générations actuelles par rapport à celles des parents ?
Ali Habibbi :
Il est toujours difficile d’entreprendre une thérapie, de reconnaître avoir un problème, d’accepter de consulter un professionnel pour être aidé. Plus encore dans les communautés où la place du psychologue semble nouvelle même si sa fonction ne l’est pas. Les anciennes générations ne connaissaient pas ce type de thérapeute. On allait voir l’imam, le juriste, un sage dans le village ou dans la famille, voire un sorcier, un marabout ou un devin, même si la religion l’interdit.
Aujourd’hui, de plus en plus de musulmans s’autorisent à consulter un psychologue, musulman ou non. On compte même de plus en plus d’hommes qui sont à l’initiative de cette démarche, les femmes demeurant toutefois majoritaires. On observe ainsi au fil du temps des changements significatifs, en constante progression.

Al-Kanz : Vous avez décidé de consulter désormais uniquement en ligne et vous avez lancé une plateforme, Islam&Psycho, qui propose plusieurs formations à destination des musulmans. Est-ce qu’Internet permet de répondre efficacement d’une part aux besoins d’accompagnement qui peuvent exister dans nos communautés, d’autre part aux différentes problématiques abordées sur votre plateforme ?
Ali Habibbi :
Je dirais oui, en grande partie. Les consultations à distance comme en cabinet ont leurs avantages et leurs inconvénients. Les consultations en ligne, par exemple, permettent de voir et d’entendre ce que l’on ne voit parfois pas en présentiel dans un cabinet. Je refuse cependant de recevoir en consultation à distance les enfants. Etre à leurs côtés, dans la même pièce, est préférable pour les accompagner.

Islam&Psycho Ali Habibbi
Islam&Psycho – Ali Habibbi

Quant à Islam&Psycho, elle est justement pensée pour répondre aux besoins qui reviennent le plus souvent, comme la préparation au mariage, la gestion des conflits, la gestion des émotions, les addictions comportementales, la communication, l’éducation sexuelle, la gestion du stress, de l’anxiété, l’éducation des enfants…

Cette plateforme a un double objectif :
— offrir au plus grand nombre à un prix très accessible des outils et des réponses aux problématiques les plus fréquentes via des thérapies numériques et des formations.
— permettre à toutes et à tous de contribuer au financement de mes travaux. La recherche demande beaucoup de temps et beaucoup d’argent. N’ayant ni mécène ni financement d’aucune sorte, je dois avouer que ce n’est pas évident.

Al-Kanz : Pour finir, comment peut-on vous contacter si l’on a besoin de vos services, et dans quelles situations faut-il faire appel à vous, et plus généralement à un ou une psychologue ?
Ali Habibbi :
Il est possible de consulter un psychologue pour régler ou mieux comprendre une problématique, évaluer une situation ou un comportement, apprendre des outils… Bref, globalement pour aller mieux et améliorer ses relations familiales, de couple, professionnelles et/ou avec soi-même.

En ce qui me concerne, tout se fait en ligne via mon site www.habibbi.fr. Malheureusement, je reçois beaucoup de demandes. Il m’est malheureusement difficile actuellement de trouver un créneau libre. Pour la plupart des gens, Islam&Psycho, qui ne remplace évidemment pas une psychothérapie, fera l’affaire, en ce qu’elle apportera des réponses, voire des solutions.

Pour celles et ceux qui ne peuvent pas ou ne veulent pas avoir recours à un service payant, ma chaîne YouTube Islam&Psycho, ainsi que le blog associé, proposent du contenu gratuit.

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1 COMMENTAIRE

  1. Bonjour,

    Avez-vous un numéro ADELI. Il référence les psychologues diplômés français.
    Pareillement pour votre titre de psychothérapeute, qui l’a délivré et où?

    Merci

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