Mounir Z., astrophotographe : « Plus je découvre le ciel, plus ma foi se renforce »

Dans la même catégorie

Depuis trente ans, Mounir Z. observe le ciel et photographie ce que l’œil ne peut pas voir. De ses premières nuits d’observation à l’adolescence à son engagement au sein de Hilal France, l’astrophotographe raconte une passion où se croisent astronomie, patience et foi. Interview

Al-Kanz : Vous pratiquez l’astrophotographie depuis près de trois décennies. Comment cette pratique a-t-elle commencé ? Y a-t-il eu, selon vous, un moment fondateur, ou s’est-elle construite progressivement, par étapes successives, jusqu’à devenir ce qu’elle est aujourd’hui ?
Mounir Z. :
Avant de pratiquer l’astrophotographie, j’ai commencé par l’astronomie. Cette passion s’est construite progressivement, avec toutefois un moment fondateur bien identifié.
Tout a commencé vers onze ou douze ans, lors d’une sortie scolaire dans un planétarium itinérant, qui a éveillé ma curiosité pour le ciel. Par la suite, des nuits d’observation avec un voisin, notamment lors d’une pluie d’étoiles filantes, ont renforcé mon intérêt pour l’astronomie.

Je me souviens notamment d’une nuit où nous nous étions installés derrière chez mes parents pour observer une pluie d’étoiles filantes. Les nuages sont arrivés et nous n’avons finalement absolument rien vu. C’était ma première déconvenue d’astronome !
Mes lectures régulières de l’encyclopédie Tout l’Univers, offerte par mes parents, ont structuré cette passion naissante.

Le véritable tournant est arrivé à l’âge de seize ans. Un matin, mon père me réveille en me disant : « À partir d’aujourd’hui, tu vas travailler. » Pendant un mois, j’ai travaillé tous les matins dans une serre de roses, celle du père d’un ami avec qui je jouais au foot. De mémoire, j’ai gagné 4 400 francs [670 euros, NDLR]. Avec cet argent, j’ai acheté mon premier télescope à la Maison de l’astronomie, à Paris. Comme je n’avais pas de carte bancaire, c’est ma sœur qui l’avait payé pour moi. J’ai reçu le télescope à la maison et commencé mes premières observations depuis le balcon de mes parents.

J’ai d’abord surtout observé la Lune, parce que c’est l’objet le plus facile à pointer et à voir. J’en suis tombé amoureux. J’ai aussi pu voir Jupiter pour la première fois.
C’est à ce moment-là que l’astronomie est devenue une passion durable.
L’astrophotographie est venue un peu plus tard, naturellement, comme le désir de capturer et de partager le ciel après l’avoir observé visuellement.

Cratères lunaires Théophile - Cyrille - Catherine
Cratères lunaires Théophile – Cyrille – Catherine. © Mounir Z.

Al-Kanz : Vous racontez l’achat de votre premier télescope à 16 ans, financé par votre premier job, et des observations très régulières de la Lune depuis le balcon familial. Pourquoi le satellite de la Terre, en particulier, occupe-t-il une place aussi importante dans votre pratique de l’astronomie ?

Mounir Z. : La Lune a toujours occupé une place centrale dans ma pratique parce qu’elle est à la fois accessible, spectaculaire et profondément formatrice pour un jeune observateur.
Depuis le balcon familial, orienté sud, elle fut le premier objet céleste vraiment « à portée de main » avec mon télescope : on pouvait l’observer souvent, longtemps et dans de très bonnes conditions, sans avoir besoin d’un ciel parfaitement noir. Chaque soir d’observation révélait quelque chose de nouveau (cratères, mers lunaires, reliefs, ombres), ce qui entretenait une motivation constante.

Cela fait maintenant trente ans que j’observe la Lune et je ne m’en lasse toujours pas. Au début, je regardais simplement les cratères. Aujourd’hui, j’essaie d’apprendre leurs noms, de comprendre leur formation géologique et, lorsque je fais de l’imagerie, d’aller chercher des détails toujours plus fins. J’arrive désormais à photographier des cratères qui ne font que quelques kilomètres de diamètre, alors que la Lune se trouve à environ 380 000 kilomètres de nous.

Al-Kanz : Beaucoup confondent encore astrophotographie et simple « photo du ciel ». Comment expliqueriez-vous cette pratique à quelqu’un qui n’a jamais regardé le ciel autrement qu’à l’œil nu ?

Mounir Z. : Certains considèrent qu’une « simple » photo du ciel, c’est déjà de l’astrophotographie. Ma définition, très personnelle, consiste à dire que la différence tient au fait que la photo du ciel capture ce que l’œil voit déjà, alors que l’astrophotographie révèle l’invisible : en accumulant la lumière avec des poses longues, elle dévoile des détails cachés, comme les nébuleuses ou les galaxies, que nos yeux ne peuvent pas voir seuls.
Pour pouvoir effectuer ces poses longues, qui peuvent parfois durer jusqu’à dix minutes, il faut compenser la rotation de la Terre en utilisant une monture motorisée.

Nébuleuse de la tête de cheval IC434  Mounir Z.
Nébuleuse de la tête de cheval IC434. © Mounir Z.

Al-Kanz : L’astrophotographie est perçue comme une discipline élitiste, coûteuse et réservée aux experts. Or vous expliquez qu’un téléphone, des jumelles ou une simple carte du ciel peuvent suffire pour débuter. Que conseilleriez-vous, concrètement, à quelqu’un qui observe le ciel pour la première fois ?

Mounir Z. : Je conseillerais d’abord de prendre le temps de regarder le ciel à l’œil nu, avec une application pour smartphone comme Stellarium, afin d’apprendre à se repérer. Cela permet d’identifier les principales étoiles et constellations, ainsi que certaines planètes : en février, Jupiter apparaissait comme une étoile très brillante, et donc parfaitement visible à l’œil nu.
Ensuite, utilisez ce que vous avez déjà : un smartphone, idéalement sur trépied. Cela permet déjà de faire apparaître la galaxie d’Andromède ou la nébuleuse d’Orion.
Si la passion vous prend, rendez-vous dans un club d’astronomie afin d’être conseillé sur le choix du matériel à acquérir.

Al-Kanz : Vous insistez beaucoup sur le temps long. Qu’est-ce que cette lenteur volontaire vous a appris, à rebours de notre rapport contemporain à l’image et à l’immédiateté ?

Mounir Z. : Cette lenteur m’a appris que voir vraiment demande du temps. À force de revenir sur les mêmes cratères lunaires, je suis passé du simple émerveillement esthétique à une compréhension plus profonde : j’ai commencé à étudier le paysage, son histoire, ses reliefs, ses traces d’impacts.
À l’inverse de notre culture de l’image instantanée, j’ai compris que la beauté et le sens se révèlent progressivement, avec patience et attention. Plus on observe, plus on perçoit de nuances ; plus on patiente, plus le ciel devient riche… et plus l’humilité s’installe.

Avec le temps, mon regard a aussi changé. Là où je cherchais autrefois à photographier des galaxies ou des nébuleuses spectaculaires, j’éprouve aujourd’hui beaucoup de plaisir à aller chercher des objets beaucoup plus discrets. J’ai par exemple photographié Pluton. Sur l’image, ce n’est qu’un petit point. Mais lorsque l’on compare des photos prises à plusieurs jours d’intervalle, on voit ce point se déplacer. Cela peut sembler beaucoup moins spectaculaire qu’une nébuleuse, mais moi, je suis heureux de réussir à photographier un astre aussi petit et aussi lointain.

Aurores boréales mai 2024. © Mounir Z.
Aurores boréales mai 2024. © Mounir Z.

Al-Kanz : Si vous deviez choisir un seul de vos clichés, non pas le plus spectaculaire, mais le plus intime, celui qui raconte le mieux votre rapport personnel au ciel, lequel serait-ce ? Et pour quelle raison ?

Mounir Z. : Si je devais n’en choisir qu’un, ce ne serait pas une astrophoto, mais une photo de mon père, qu’Allah lui fasse miséricorde.
Lorsque j’ai acheté mon télescope avec l’argent de ma première paie, il s’est mis en colère.
Mon père ne savait ni lire ni écrire. Le vendredi, quand il ne travaillait pas, il allait au marché avec ma mère. Il y avait toujours un bouquiniste qui venait vendre des bouquins d’occasion. Un jour, mon père m’a acheté un livre d’astrologie : il avait vu un soleil sur la couverture et pensait que c’était un livre d’astronomie. Je crois même que je l’ai encore, il faudrait que je regarde chez ma mère.
Il avait vu que j’étais mordu d’astronomie. Il avait essayé de m’encourager. Qu’Allah lui accorde le Paradis.

Al-Kanz : À l’adolescence, votre intérêt pour l’astronomie coïncide avec des questionnements sur la foi. Vous expliquez que certains versets coraniques, notamment sur l’expansion de l’univers ou la structure de la Terre, ont joué un rôle déterminant. Comment ce rapport entre science et spiritualité, ainsi que votre observation du ciel, continuent-ils aujourd’hui de vous conforter dans votre foi ?

Mounir Z. : Les versets coraniques évoquant le Big Bang, l’expansion de l’univers ou la forme de la Terre sont venus répondre à certains questionnements, à l’adolescence, sur ma foi. Chaque nuit passée sous les étoiles me rappelait ma place dans une création immensément grande, une manifestation de la volonté divine.

Aujourd’hui encore, plus je découvre la complexité et l’harmonie du ciel, plus ma foi se renforce.

Al-Kanz : Votre engagement au sein de Hilal France, l’observatoire français du croissant lunaire, ne relève pas d’un intérêt récent, mais d’une réflexion ancienne, nourrie par votre pratique de l’astronomie et votre malaise face aux débats récurrents sur l’observation du croissant lunaire. Qu’espériez-vous apporter, très concrètement, en rejoignant ce projet ?

Mounir Z. : Mon premier objectif en rejoignant le projet Hilal France, c’est de revivifier une tradition prophétique : observer le croissant lunaire pour déterminer le début et la fin de chaque mois du calendrier musulman. Les premières sorties ont été l’occasion de belles rencontres, même si la météo nous a parfois empêchés de voir le croissant lunaire.
Parallèlement, j’essaie d’apporter mes connaissances astronomiques à des observateurs débutants.

Croissant lunaire, début ramadan 2026 - 1447,  Juan-les-Pins
Croissant lunaire, début ramadan 2026 – 1447, Juan-les-Pins. © Mounir Z.

J’ajouterais que, habitué à observer les astres lorsqu’ils sont hauts dans le ciel, cette pratique m’a bousculé. Le hilal (croissant lunaire) s’observe très bas sur l’horizon, juste après le coucher du soleil. Cela a remis en question ma façon de pratiquer l’astronomie, car mes techniques de pointage habituelles ne s’appliquent pas de la même manière.

Ce projet Hilal France à la fois nourrit ma curiosité scientifique et enrichit mes connaissances théologiques.

Vous trouvez cet article utile ? Soutenez Al-Kanz.

Rechercher, vérifier, recouper les sources et produire une information de qualité demande du temps et des moyens.

Faire vivre une information de qualité est une responsabilité collective. En soutenant Al-Kanz, vous contribuez à une information exigeante, utile et accessible à tous.

- Publicité -spot_img

Plus d'articles

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

- Publicité -Ethic Village Djerba — villas avec piscine privée à Djerba

Derniers articles