Depuis le 11 juin, le monde entier n’a d’yeux – ou presque – que pour la Coupe du monde. Pendant ce temps, scoop, la terre n’a pas cessé de tourner, la misère de s’étendre, les souffrances de grandir. La Coupe du monde accapare l’attention et prive les défavorisés, les humiliés, les opprimés de ce que nous daignons leur offrir en temps normal. Bandar, internaute saoudien et talentueux designer et développeur d’applications iPhone, a réalisé une bannière au message cinglant : « Excuse-nous, Palestine, la oumma est occupée ».

Palestine, Coupe du monde

Source : Yfrog – Bandar

Bandar aurait pu faire une autre bannière pour les centaines, voire milliers, de Kirghiz, assassinés parce que d’origine ouzbek. Excusez-nous, frères Kirghiz, la oumma est occupée. Frères, car ce sont des musulmans qui ont massacré d’autres musulmans, pour des raisons qui nous échappent encore. L’on évoque ça et là des sombres calculs nationalistes et des manipulations bassement politiques.

Ils ont tiré à vue, en rafales, à la sortie des mosquées, dans les lieux publics : selon une estimation officielle, ils ont tué 2 000 Kirghiz d’origine ouzbèke. Des centaines d’autres ont été blessés, tabassés, humiliés. Transportés par camions depuis des villages reculés, les jeunes Kirghiz ont saccagé et pillé les quartiers ouzbeks, avant d’y mettre le feu.

Source : LeMonde.fr

Bandar aurait pu faire une bannière pour tous ces autres opprimés qui n’ont pas l’heur d’avoir du sang palestinien qui coule dans leurs veines. C’est dur de l’entendre, c’est dur de le reconnaître, mais quand vous êtes opprimé, mieux vaut être palestinien et non afghan, birman (rohingyas) ou encore uigurs. N’en disons pas plus et citons Muhammad, lecteur d’Al-Kanz, qui écrivait ceci le 15 septembre 2009 :

Les muslims de France se mobilisent lorsqu’on touche à leur porte monnaie, ou lorsqu’on touche à leur nourriture. Ou encore lorsqu’on touche à leur égo. Ça on l’avait déjà dit. Ils sont à l’affut de la moindre affaire qui pourrait satisfaire leur intérêt propre.

A l’heure où on a bien rempli le ventre et qu’on se repose pour aller écouter une « mélodieuse » récitation au cours de la salat de TarawiH, il y a encore des frères dans les cages de ce gouffre. Des frères qui ne savent peut-être pas que nous sommes durant le mois de ramadhân. D’autres qui ne savent pas si c’est le maghrab, ou l-fajr. D’autre malheureusement qui n’ont même plus la force de se poser des questions. Du fait des tortures quotidiennes, des isolements et humiliations qu’ils subissent. C’est le cas à Cuba, mais ça l’ai également en Afghanistan (oui, on sait, c’est le pays des talibans, ces barbares barbus qui tuent les femmes et les enfants par plaisir), ou dans plein d’autres pays.
Comment donc les musulmans peuvent-il fermer leur cœur ? Comment peuvent-ils garder les yeux fermés sur ce qui se passe ? Comment leur bouche peut-elle rester fermée pour dénoncer ces crimes. Des crimes qui ne restent même plus cachés. Comment peuvent-ils se taire pour ça quand toute l’année ils se plaignent de ce qui se trouve dans leurs assiettes ?

Et dans leur ingratitude la plus haute, pour bien montrer qu’ils s’en tapent complètement de ce qui se passe à l’extérieur de leur mosquée de quartier (et encore), certain(e)s n’ont pas l’idée de penser à prendre le temps de faire une ou deux invocations au moment de rompre le jeûne – moment où les invocations ne restent pas inexaucées – en faveur de leurs frères et sœurs emprisonnées. Pire, pour certains, ils n’ont que ce qu’ils méritent, ce faisant ainsi les portes paroles d’Ibliss et de ses alliées parmi les hommes.
Qu’ils n’oublient pas que parmi les invocations qui sont exaucés par Allâh – ‘azza wajal – il y a également celles de l’opprimé. Et par Allâh, le nombre de muslims opprimés ne se compte pas dans les doigts d’une main.

Allâhumma fukka qayda aSrâna, wa farriij ‘an ikhwanna l-mustadh’afina

Excusez-nous.