Table ronde autour de la question de l'abattage rituel : intervention de l'OABA

Par Al-Kanz

Abattage rituel. Nous vous avions promis de revenir sur le contenu des interventions des participants de la table ronde "Pour un meilleur dialogue sur l’abattage rituel musulman en France. Aspects religieux, juridiques, économiques et scientifiques" (pour plus de détails, lire ceci : Quelques mots sur la conférence AVS). Nous commençons cette série d'articles avec la…

Abattage rituel. Nous vous avions promis de revenir sur le contenu des interventions des participants de la table ronde « Pour un meilleur dialogue sur l’abattage rituel musulman en France. Aspects religieux, juridiques, économiques et scientifiques » (pour plus de détails, lire ceci : Quelques mots sur la conférence AVS). Nous commençons cette série d’articles avec la première intervention, celle de Frédéric Freund, directeur de l’OABA.

C’est donc l’OABA qui a été invitée à s’exprimer en premier. Après une courte présentation (organisme créé en 1964 reconnu d’utilité publique), M. Freund entre dans le vif du sujet : l’OABA opère 160 visites par an dans différents établissements pratiquant l’abattage, afin de vérifier le bon déroulement de la mise à mort des bêtes. Les délégués chargés de ces visites s’attachent à vérifier que le processus d’abattage est conforme à la règlementation en vigueur. Ce processus s’articule de la sorte : 1) déchargement, 2) stabulation d’attente, 3) transport vers le poste d’abattage, 4) abattage. Après l’inspection, les délégués de l’OABA font un bilan avec la direction de l’abattoir. Si des manquements importants sont constatés, la direction départementale de l’alimentation est alertée. C’est parfois le cas lors d’abattages rituels.

Les principaux manquements constatés par l’OABA sont les suivants :

1) Absence de contention mécanique, pourtant obligatoire : l’OABA constate que dans certains cas l’animal est suspendu ou maintenu avec les bras.
2) Jugulation : la lame du couteau est trop petite ou pas assez aiguisée. La gorge de l’anima est alors cisaillée et non tranchée. On n’a plus de jugulation franche et rapide.
3) Absence de formation des sacrificateurs ou sacrificateurs non habilités
4) Sacrifice à la vue de leurs congénères. Les animaux sont par ailleurs en contact avec le sang d’autres animaux. La moutonnière est pleine de sang et non lavée.
5) Box de contention des bovins : neuf fois sur dix, l’animal voit les carcasses de ses congénères, ce qui provoque un stress de l’animal, voire une frayeur.
6) Box rotatif à 180 ° : la position à 180 ° génère un grand stress, surtout quand le sacrificateur tarde à arriver. La position non retournée pose aussi problème, car tout le sang tomberait sur le sacrificateur. L’OABA suggère de mettre le bovin sur le côté (position à 90 °).
7) Les délégués ont constaté que la cadence d’abattage est de 35 à 40 bovins par heure. En 2005, elle était de 60 bovins par heure. F. Freund précise que la perte de conscience de l’animal est parfois longue.

Après avoir énoncé ces constats, F. Freund pose une question : l’étourdissement préalable serait-il la solution à ces souffrances ? Et de répondre immédiatement : la communauté musulmane est d’accord. F. Freund cite alors « les autorités » musulmanes qui, selon lui, accepteraient que l’on étourdisse les animaux avant de procéder à l’abattage. Il fait notamment mention à l’article 3.2 du cahier des charges de la charte halal de la mosquée de Paris. Le propos a fait sourire.

Il indique ensuite que l’OABA a proposé dès 2005 aux autorités et aux cultes de procéder à une étude scientifique qui permettrait de déterminer si l’animal souffre ou non. C’est l’Académie vétérinaire qui s’en est finalement chargée. Conclusion : l’étourdissement ne tue pas. Aujourd’hui, c’est moins l’étourdissement que la douleur engendrée qui pose problème, selon l’OABA, aux musulmans. C’est pourquoi l’OABA propose une étude scientifique sur la douleur.

F. Freund termine en précisant que l’on ne peut pas se focaliser sur l’étourdissement et laisser tomber tous les autres problèmes liés au non-respect des exigences religieuses, qui sont oubliés. Et de rappeler : l’OABA n’est pas contre l’abattage rituel.

Notre commentaire

A la différence de certains musulmans, nous pensons que l’OABA, comme d’autres organisations de défense des animaux, est sincère dans son combat. Nous ne pensons pas qu’elle soit islamophobe, et que quand bien même elle devait l’être ce n’est pas une motivation première. Cette précision nous paraît importante, car la victimisation à outrance et la crispation qu’elle cause parasitent la prise en compte de la question de l’abattage rituel.

Cela dit, la posture de l’OABA, nous l’avons déjà dit, relève plus de l’idéologie que d’une quelconque réalité. C’est là le vrai problème que, du reste, M. Freund n’a pas abordé. Car, s’agissant du bien-être animal, les musulmans sont évidemment les alliés objectifs des organisations de l’OABA, et doivent faire des progrès sur le terrain.

L’OABA appartient à une très longue tradition mystico-philosophique (déjà chez Pythagore ou Ovide) selon laquelle l’animal est un être humain comme un autre. De fait, en inscrivant l’animal et l’être humain dans une même chaîne du vivant, sans discontinuité, cette tradition s’opposait à un autre courant de pensée qui voulait que l’animal ne soit qu’une chose, une simple mécanique, au point que certains philosophes interprétaient le cri d’un chien à qui l’on donne un coup de pied comme le résultat acoustique d’un phénomène mécanique.

L’OABA s’inscrit dans le premier courant. Pas les musulmans, qui reconnaissent canoniquement des droits à l’animal, mais refusent toute conception fantasmée de la nature animale. La présence de l’OABA à cette table ronde est une bonne chose, car un début de dialogue a été amorcée. Mais l’intervention de M. Freund a été insuffisante pour une raison simple : le problème de fond, le tabou, pour reprendre un terme entendu lors de cette matinée, n’a pas été évoqué.

Nous avons en effet face à face deux idéologies, la première sans transcendance (conception anthropomorphique de l’animal) qui s’oppose à une seconde avec transcendance (la conception islamique de l’animal). Or ces deux idéologies sont irréductibles l’une à l’autre. La question qu’il faut donc se poser est celle de savoir dans quelle mesure peut-on trouver un consensus sur la question de l’électronarcose ? C’est là tout l’enjeu du débat. Et non dans les manquements réels de nombreux abattages, que les musulmans eux-mêmes ont l’obligation non seulement de reconnaître mais surtout de dénoncer. Et d’y remédier.

Terminons en disant que ce n’est certainement pas le recours à une étude scientifique qui permettra de résoudre définitivement le problème. Pas plus si elle est franco-française, comme l’appelle curieusement de ses voeux le directeur de l’OABA. D’abord parce que la douleur de l’animal est une question tellement complexe qu’il sera difficile de mettre d’accord toutes les parties. Nous publierons d’ailleurs prochainement un compte-rendu de l’intervention du professeur Joe Regenstein qui a dressé un bilan intéressant sur la question des études scientifiques sur le sujet.

Crédit photo : Flickr



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Vos réactions (61 commentaires)

  1. Al-Kanz    

    as-salâmu ‘alaykum

    Le lien fonctionne (il fallait supprimer le point en trop dans la barre d’url).
    Pour votre seconde question, vous avez ma position en long, en large et en travers dans les articles postés ici-même.
    Mais ma position n’a aucun intérêt. Les avis personnels et les questions de personne n’ont rien à faire dans ce qui nous intéresse ici.

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  2. patrick    

    Salam
    Dans la question posée au savant, il font référence à des recommandations de UK Welfare (Association de protection animale anglaise). Ils seraient intéressant d’avoir le nom des scientifiques qui ont donné les recommandations et de voir les études scientifiques.

    Effectivement, la question a déjà été très mal posée au savant car d’après UK Welfare, l’étourdissement diminue le stress de l’animal.
    D’après la thèse vétérinaire de POUILLAUDE, des mesures montrent le contraire : c’est dans l’abattage rituel sans étourdissement que l’animal est moins stressé…

    Toujours dans la question, il relie étourdissement à la sécurité pour les employers. La sécurité n’est elle pas plutôt liée au mécanisme de contention et non à l’étourdissement? A noter que des dispositifs ont été spécialement conçu pour l’abattage rituel (travaux de Grandin).
    http://www.grandin.com/ritual/rec.ritual.slaughter.html

    La question n’aborde pas la question de savoir si on peut manger la viande contenant du sang. D’après des avis scientifiques, l’électronarcose après la saignée provoque un arrêt cardiaque, la fonction de vider le sang assurée par le cœur lors du sacrifice rituel n’est plus assurée…
    Et comme l’étourdissement après la saignée est demandé par les professionnelles pour diminuer le temps de l’étape de saignée-égoutage…

    La question est très mal posée voire même avec de la malhonnêteté scientifique … Il serait intéressant de reposer la question au savant avec les détails scientifiques…

    Peut être a tu prévu de faire aussi un compte rendu de la présentation de REGEINSTEN de la table ronde de AVS? D’après ce qu’on m’a dit et ce que j’ai lu, REGEINSTEN a remis en cause les fameuses études scientifiques orientées pro-étourdissement…

    Wa salam

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  3. Al-Kanz    

    as-salâmu ‘alaykum

    Patrick,

    Concentrons-nous sur un point : vous condamnez l’électronarcose post-mortem et rendait la viande de l’animal électronarcosé après la saignée plus ou moins explicitement haram. Sur quoi vous basez-vous juridiquement ? a science pour justifier votre position et dans le même récuser

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  4. rezgui    

    assalamou alaicom

    j’ai contacté le mufti Taqi Usmani. vous pouvez trouvez ci dessous ses précisions à propos de la fatwa que vous nous avez indiquée.

    
    « Assalamu alaikum,

    Thank you for your email. In fact, there are two different issues that should not be confused with each other. One question is to identify the correct way of slaughtering an animal according to Sunnah and Shariah law. Answer to this question is that the correct way according to Sunnah and Shariah is to cut the veins of throat with a sharp knife and reciting Allah’s name while doing so, without stunning before or after slaughter. Stunning an animal either before or after cutting its throat is against the proper way prescribed by Shariah according to Sunnah.

    The second question is whether or not the meat of an animal will be permissible to eat, if it is stunned before or after its slaughter. Answer to this question is that it will not be halal if it has died because of stunning and not because of cutting throat and the blood flowing from its veins. However, if its death is caused by the blood flowing from its veins not caused by stunning, eating its meat will not be held impermissible, although the act of stunning, either before or after the slaughter, is not permissible. This is the correct connotation of our previous fatwa about stunning after slaughter. I think this will explain the Shariah position, and Allah knows best.

    Wassalam

    Muhammad Taqi Usmani »

    sinon en ce qui concerne la question si l’animal est mort par l’hémorragie ou suite à l’électrocution après la signée, sommes nous vraiment capable aujourd’hui de répondre à cette question, surtout quand il s’agit d’un cadre industriel.

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  5. rezgui    

    je voulais aussi demander à Florence Bergeaud-Blackler si elle a pu obtenir les réponse à nos questions suite à la réunion tenue par DIALREL en Espagne.

    si oui, je vous remercie de nous faire part de ces réponses

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  6. Al-Kanz    

    as-salâmu ‘alaykum

    Rezgui,

    Bâraka-Llâhu fîk pour cette excellente initiative.
    Question qui se pose : combien de temps après la saignée, l’animal meurt ? On entend tout et son contraire : en général les musulmans disent quelques secondes, ce que contestent les défenseurs des animaux.

    Est-ce qu’il est possible d’avoir l’email de Mufti Taqi Usmani ? Bâraka-Llâhu fik. Vous l’avez contacté à partir d’un site ? Si oui, pourriez-vous nous l’indiquer ici ou via mon formulaire de contact : https://www.al-kanz.org/nous-contacter/ ?

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  7. Florence Bergeaud-Blackler    

    Réponse à Rezgui / questions de Patrick

    Votre question = « Pouvez vous nous donner à nous aussi les premiers résultats de votre enquête des consommateurs européens DIALREL sur le halal présenté dans un de vos séminaires le 29 mars derniers “La garantie alimentaire “halal” vue par des consommateurs européens”? »

    Ces résultats seront publiés courant 2009, je pense pouvoir en présenter des grandes lignes si j’ai l’occasion en France d’ici la fin de l’année 2008.

    Vos questions = « Pouvez vous nous dire les personnes qui étaient présent à votre séminaire d’hier dont le thème était “Trouver des soultions à l’abattage rituel pour un but religieux”? (28 MAi Liège)
    Qui était les scientifiques? les religieux présents?
    Il y a t’il eu d’autres présentations montrés? Avez vous montré des vidéos?
    Quel sont les questions qui ont été abordé?
    Etourdissement? …
    Les conclusions?…
    Avez vous parler du grenelle? »

    Il s’agissait d’une réunion de travail de l’assemblée générale d’Eurogroup for animals à Bruxelles et non à Liège, j’y étais invitée pour répondre aux questions posées par les organisations de protection animale venues de toute l’Europe. Je ne peux vous en dire plus car c’était une réunion interne en dehors du cadre du projet dialrel. Par contre vous pouvez vous informer auprès d »Eurogroup for animals’ à Buxelles, et notamment visiter son site.http://www.eurogroupforanimals.org/

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  8. Patrickpiz    

    Mme B. Blacker,

    Çà veut dire quoi en « interne »?

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  9. rezgui    

    assalamou alaicom

    Alhamdou Lillah le frère du site « Halal Monitoring Services » à mis à jour la réponse du Mufti Taqi Usmani sur son site, à propos l’électrocution post mortem.

    http://halalmonitoring.com/id1.html

    assalamou Alaicom

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  10. Al-Kanz    

    as-salâmu ‘alaykum

    Bravo Rezgui pour votre initiative.

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  11. Musulmans, OABA is watching you !    

    […] régulièrement sur Al-Kanz et nous avons eu l’occasion de l’entendre lors de la table ronde organisée par AVS. Les positions de l’OABA sont modérées, il faut le souligner, et, hormis la question de […]

    61

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