Menaces et injures : Decathlon suspend provisoirement la vente de son hijab de sport

Par Al-Kanz

Face à la déferlante islamophobe, Decathlon a provisoirement cédé.

decathlon hijab

Pendant trois jours, de dimanche 24 à mardi 26 février, un flot d’injures et de menaces s’est déversé sur Decathlon. Sur Facebook, sur Twitter et même par téléphone.

L’enseigne indiquait mardi après-midi dans un tweet que son service client “a reçu plus de 500 appels et mails depuis [le] matin”. Et d’ajouter : “Nos équipes dans nos magasins ont été insultées et menacées, parfois physiquement.”

Islamophobie et… fours crématoires

“Vous finirez avec cette racaille dans les fours en Pologne”, promit par exemple un internaute dans un message envoyé depuis le formulaire disponible sur le site Web de l’enseigne. Traduction : dans les fours crématoires du camp de concentration d’Auschwitz.

C’en était trop. Peu avant 20h00, Decathlon annonça suspendre la commercialisation du hijab dans l’Hexagone, “suite à de nombreux débats internes et pour garantir la sécurité de [ses] collaborateurs en France”. Voilà qui est particulièrement choquant : aujourd’hui, une enseigne qui a pignon sur rue peut se voir contrainte de renoncer à un projet de développement par crainte de voir dans ses magasins ses employés agressés physiquement. Le silence des habituels outrés lorsque les mis en cause sont musulmans est depuis cette annonce assez parlant.

decathlon hijab
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Pour autant, Decathlon n’aurait pas dû considérer la situation à travers le prisme déformant des réseaux sociaux.

Twitter et Facebook, prismes déformants

L’enseigne aurait mieux fait de laisser passer la tempête et surtout ne donner aucune prise aux messages haineux et autres menaces.

C’est précisément ce que fit en 2010 Quick alors cible tant d’internautes islamophobes que de politiques opportunistes et tout aussi racistes. Aucun de ses employés n’était sous le feu des immondices telles celles déversées sur le community manager de Decathlon. Aucun incident suffisamment grave pour être rendu publique ne fut en outre signalé.

Lire – Quick va ouvrir de nouveaux restaurants “halal”

Jacques Edouard-Charret, patron à l’époque de Quick, laissa principalement le Front national et l’UMP se charger de faire savoir urbi et orbi que le groupe proposait désormais une offre halal. Cette campagne de publicité gratuite boosta les ventes des restaurants, sauva plusieurs établissements et quelques centaines d’emplois. Dès la conversion au halal des premiers restaurants, ce sont en outre plusieurs dizaines d’emplois qui furent créés. Bingo !

Cela dit, cet épisode, certainement éprouvant pour le community manager de Decathlon et très désagréable pour l’ensemble des équipes travaillant sur ce projet, a permis de mettre en lumière le grand professionnalisme d’un employé : le déjà célèbre Yann, connu sur Twitter pour son bagout, son humour et sa maîtrise du métier.

Lire –Qui est Yann, le CM de Decathlon, qui répond à la polémique sur le hijab ?

Les joutes qu’il mène régulièrement avec principalement les community managers des comptes Netflix (français) et du site Les Produits Laitiers font le bonheur des internautes. Yann pourra ajouter à son CV ses derniers faits d’armes, la polémique du hijab de sport Kalenji.

Si Decathlon abandonne, un concurrent le remplacera

Terminons en relevant que Decathlon indique “suspendre son projet de commercialisation en France”. Suspendre. L’enseigne ne l’abandonne pas et ne doit pas l’abandonner. Nike, par exemple, n’a eu que faire des états d’âme racistes d’une infime partie des habitants de notre pays. Les médias se sont chargés de relayer l’annonce de la commercialisation de son hijab, le Nike Hijab pro. Quelques prédicateurs de haine ont fait leur numéro habituel sur les réseaux sociaux, des internautes ont geint quelques heures et puis plus rien. Les chiens sont passés, la caravane Nike a installé son hijab en France et dans le monde.

Lire – Nike commercialise son hijab pro trois mois avant la date annoncée

Decathlon doit suivre les pas de Quick et Nike, sans quoi ce marché que l’enseigne a particulièrement bien étudié pourrait lui passer sous le nez. L’arrivée soudaine d’un concurrent étranger comme l’annonce d’un concurrent hexagonal bien décidé à occuper le terrain délaissé par Decathlon, sans revenir dans la course, seraient autrement plus difficiles à digérer que ces deux jours d’intenses polémiques.

La balle est dans le jeu des décideurs de l’enseigne. Choisiront-ils de capituler face à des hordes de racistes ou adopteront-ils une stratégie qui réussira tant à leur projet de commercialisation qu’à la sécurité de leurs collaborateurs ? Wait and see, l’avenir nous le dira.



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Vos réactions (2 commentaires)

  1. luqman    

    Une communauté musulmane bien silencieuse alors qu’elle se fait traiter de tous les noms d’oiseaux.
    Quelle honte, quel déshonneur.

    1

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