Emmanuel Macron, laissez les musulmans tranquilles !

Par Al-Kanz

S’agissant des musulmans, le président compte bien appliquer le programme de Marine Le Pen.

Emmanuel Macron
© Hadrian / Shutterstock.com

A la veille du discours annoncé d’Emmanuel Macron vendredi 2 octobre aux Mureaux (Yvelines), nous vous proposons de lire ou de relire notre tribune publiée en janvier 2019 par Le Monde des religions. Près de deux ans plus tard, frappé par la « malédiction du quinquennat pas encore terminé mais déjà fini », le président de la République confirme son choix de s’en prendre aux musulmans.

Lire – « Emmanuel Macron connaît cette malédiction du quinquennat pas encore terminé mais déjà fini »

Nicolas Sarkozy eut son discours de Grenoble le 31 juillet 2010 sur l’immigration. Emmanuel Macron aura demain son discours des Mureaux, après celui de Mulhouse le 18 février 2020. Le premier s’en prit aux Rroms, le second prévoit de vouer aux gémonies les musulmans. En bons petits soldats de l’extrême droite, ses ministres Gérald Darmanin et Marlène Schiappa ont multiplié les sorties médiatiques pour préparer le terrain.

Lire – « Séparatisme » : une loi d’exception sur mesure contre les musulmans

Comment pourrait-il en être autrement ? Pour « restructurer l’islam en France », Emmanuel Macron s’appuie depuis trois ans notamment d’une part sur Gilles Kepel pour qui la simple pratique de l’islam est déjà extrémiste.

Lire – Rougier, Kepel et les territoires perdus de la raison universitaire

D’autre part sur Hakim El Karoui, ex-conseiller du dictateur tunisien Zine El-Abidine Ben Ali, selon qui un bon musulman est un musulman qui ne l’est plus ; sinon il est de facto islamiste.

Soyons-en convaincus. Demain, il sera bien question de séparatisme. Celui d’un président incapable de tenir ses promesses de campagne et d’être l’homme de pouvoir attendu au chevet d’une France souffrante. Séparatisme d’un président « qui a fait sécession », comme l’écrit avec justesse la journaliste Hassina Mechaï.

Lire – En France, il n’y a pas de séparatisme musulman, ce sont les élites qui ont fait sécession

Place à notre tribune.

Janvier 2018. Emmanuel Macron, dans ses vœux aux autorités religieuses, annonce « un travail sur la structuration de l’islam en France ». Deux mois plus tôt, en novembre 2017, il dénonçait les « associations salafistes […] qui ont porté la radicalisation d’un islam et qui ont profondément fracturé nos quartiers » ainsi que ces « représentants d’une religion transfigurée, déformée, qui portent la haine et le repli » dans les quartiers.

Si le ton est plutôt apaisé, le propos est inquiétant : la France a été frappée par le terrorisme, alors il faut structurer l’islam en France. Ce postulat inscrit l’action du président dans l’amalgame populiste qui établit un continuum entre les terroristes et les musulmans.

En outre, au-delà des velléités jacobines et d’ingérence de l’État, le décalage profond entre le projet présidentiel et la réalité du terrain, celle des communautés musulmanes en France, est pour le moins préoccupant.

Dans de très nombreuses villes à travers l’Hexagone, les musulmans relèvent les défis qui sont les leurs. Le très gaullien « je vous aiderai » d’Emmanuel Macron peut être entendu, mais faut-il encore que le Président se rende compte que depuis des années des femmes et des hommes œuvrent sans relâche pour répondre aux nombreux enjeux posés par l’exercice de leur foi.

Ces derniers n’ont pas attendu l’État pour agir et encore moins un certain Hakim El Karoui, inconnu hier, mandaté aujourd’hui pour élaborer ce qui s’annonce comme une gestion sécuritaire des musulmans, fondée – pour ne rien arranger – sur une profonde méconnaissance de la réalité de l’islam en France.

Hajj, financement des mosquées ou taxe halal, toutes les mesures proposées font fi des acquis et de l’existant, sur fond de criminalisation et d’infantilisation des musulmans ; et d’une obsession : l’argent.

Les musulmans financent eux-mêmes la quasi-totalité de leurs mosquées. C’est un fait. Les dons étrangers, connus et tracés, sont marginaux et ne concernent tout au plus qu’une vingtaine de mosquées sur les quelque 2 500 lieux de culte recensés. L’État le sait, TracFin plus encore. Malgré tout, il faudrait capter l’argent forcément douteux des fidèles, puis leur restituer seulement sous conditions. Agonir, surveiller et punir.

Ce système de prédation ne toucherait pas uniquement les dons aux mosquées. Il faudrait encore, apprend-on, prendre de l’argent aux musulmans en leur imposant une taxe discriminatoire sur leur alimentation et une autre sur le hajj : c’est le retour de la dîme et de la gabelle, 75 millions d’impôts supplémentaires que seuls les ménages musulmans supporteront. Ni les industriels du halal – dont l’immense majorité n’est pas musulmane –, ni les agences de voyages n’accepteront de payer. Tous répercuteront cette taxe sur le prix final, celui payé par le consommateur. Heureux les musulmans vegan ayant déjà accompli leur hajj.

L’ensemble du projet qu’Hakim El Karoui voudrait voir validé par Emmanuel Macron est à l’avenant : criminaliser les musulmans pour les mettre sous tutelle en ne les considérant que comme des tiroirs-caisses, et refuser de voir les forces vives, les énergies et le travail accompli au niveau local par les musulmans depuis quarante ans.

L’argent est là, les compétences sont là. Il faut laisser le temps au temps et ne pas reproduire les erreurs du passé en cherchant à imposer une instance par le haut : Dieu nous a épargné pape et clergé. Par notre foi, nous sommes per seréfractaires à l’idée même d’un grand imam de France, tout Tareq Oubrou qu’il soit.

Et s’il devait y avoir demain une organisation nationale, elle naîtra autour de figures locales qui, par leurs actions, leurs compétences, la reconnaissance de leurs pairs et une expérience éprouvée, auront émergé et gagné l’assentiment de la base, pour reprendre un terme cher à celles et ceux qui sont sur le terrain.



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