Témoignage d’entrepreneure : Roxane Derrahi-Tafazoli d’Allo Mouton

Par Al-Kanz

Cofondatrice d’Allo Mouton, Roxane Derrahi-Tafazoli, raconte son expérience entrepreneuriale et son entreprise.

Allo Mouton

Fondée en 2015, l’entreprise Allo Mouton commercialise des moutons en ligne à l’occasion notamment de l’aïd al-adha, fête musulmane communément appelée « fête du mouton », et de naissances. Roxane Derrahi-Tafazoli, cofondatrice et associée, raconte pour Al-Kanz, son expérience entrepreneuriale et son entreprise.

Al-Kanz : Qui est donc Roxane Derrahi-Tafazoli ?
Roxane Derrahi-Tafazoli :
32 ans, maman et entrepreneuse depuis l’âge de 22 ans. Je suis diplômée d’un master spécialisé dans le commerce international et plus particulièrement orienté dans le marketing et la communication pour les TPE-PME. J’ai toujours été une grande passionnée de réseaux sociaux et du Web de manière générale. Autodidacte dans de nombreux domaines, j’ai appris au fur et à mesure de mes rencontres à me former et à être polyvalente.
Je suis la gérante et associée d’Allo Mouton, avec Kamel et Sofiane, qui sont également mes acolytes dans une deuxième entreprise.

Roxane Derrahi-Tafazoli  Allo Mouton

Al-Kanz : Contrairement à nombre d’entrepreneurs, vous n’avez jamais été salariée ? Quel a été votre parcours ?
Roxane Derrahi-Tafazoli :
Six années d’études dont de nombreux mois ponctués par des stages et expériences diverses à l’étranger. J’ai eu la chance de pouvoir travailler aux États-Unis ainsi qu’aux Émirats arabes unis. Ma jeunesse a été parsemée de voyages avec des séjours plus ou moins longs en fonction de mes projets. J’ai toujours eu la bougeotte ! Et malgré mes obligations familiales et mes contraintes financières, je me suis toujours donné les moyens de pouvoir vivre des expériences que je considère comme uniques.

Cette liberté et ces voyages m’ont donné une autre vision de l’avenir professionnel auquel j’aspirais. Encore étudiante, je me suis lancée dans l’entrepreneuriat, j’ai bien sûr à côté continué les petits boulots alimentaires, puis Allah m’a facilité. Au gré du temps, je me suis créé un réseau et j’ai surtout rencontré des personnes qui ont cru en mes compétences malgré mon jeune âge. J’ai donc été consultante pour un cabinet de conseil à mes débuts tout en créant ma propre clientèle grâce aux rencontres que j’ai pu y faire.

Roxane Derrahi-Tafazoli  Allo Mouton

Al-Kanz : Pourquoi et comment passe-t-on du consulting pour jeunes entrepreneurs à la vente de mouton halal par Internet ?
Roxane Derrahi-Tafazoli :
Avant même de créer ma micro-entreprise, j’ai toujours eu une fibre entrepreneuriale. J’ai commencé par avoir des petits boulots vers l’âge de 14 ans. J’en rigole souvent avec le recul, mais dans mon quartier j’avais créé une petite « entreprise » de baby-sitting où je gérais les plannings et les disponibilités familles/nounous, car je n’avais moi-même pas assez de disponibilités !

Accompagner, aider, faire évoluer a toujours été une seconde nature pour moi. Le consulting a été une bouffée d’air. Je me sentais utile à des personnes qui n’avaient pas toujours les outils pour démarrer un projet correctement. Puis de fil en aiguille, j’ai aidé de nombreux entrepreneurs à créer leur propre entreprise, en apportant ma touche de conseil. Je n’ai pas la science infuse; mais quand on me pose des questions, je cherche toujours à obtenir des réponses.

Cet accompagnement a finalement fait naître en moi l’envie d’avoir ma propre marque, ma propre identité. L’accompagnement ne me suffisait plus. Je voulais faire évoluer une structure, vivre dedans et lui apporter toutes les connaissances que j’avais accumulées jusqu’ici.

J’avais également cette envie de travailler pour la communauté, d’apporter à ma manière une pierre à l’édifice. L’abattage rituel en France est devenu pour certains une réelle contrainte, c’était mon cas, mais aussi le cas de bon nombre de personnes dans mon entourage (respect des règles islamiques, dates, transparence, mais également qualité). Il manquait un acteur comme Allo Mouton pour trouver non pas la solution, mais une solution qui répondrait aux exigences des musulmans de France ; cette fameuse nouvelle génération qui souhaite aussi accéder au meilleur.

Aux prémices du projet, sans savoir réellement si tout cela fonctionnerait, nous avons en équipe concrétisé un projet en lui donnant un nom, une identité, un lieu, mais aussi raison d’exister pour être utile à la communauté.

Al-Kanz : Il y a quinze ans vendre des moutons par Internet a minima prêter à sourire. Aujourd’hui, Allo mouton couvre toute la France et la Belgique. Est-ce les consommateurs musulmans qui ont changé ou votre compréhension de ce marché d’une part et votre habileté à concrétiser cette idée a priori saugrenue qui ont permis à votre entreprise de voir le jour et de perdurer ?
Roxane Derrahi-Tafazoli :
Il est vrai que lorsque nous avons commencé, nous avions l’impression de bousculer les codes ! Et il faut le dire, vendre des moutons en ligne pour des évènements si importants, ça fait froncer les sourcils.

Roxane Derrahi-Tafazoli  Allo Mouton

Mais, ce nouveau canal de vente répondait à une demande évidente. La première année d’Allo Mouton a été surprenante puisque plusieurs centaines de familles nous ont fait confiance, ce qui nous a inexorablement confortés dans l’idée qu’il y avait un réel besoin.

De nombreuses personnes de la communauté avaient délaissé le sacrifice de la aqiqa [sacrifice d’un animal à l’occasion d’une naissance, ndlr] et de l’aïd al-adha par méconnaissance, difficulté ou encore crainte de ne pas respecter les règlementations. Avec le temps et avec la rigueur que nous nous imposons, nous avons su instaurer un climat de confiance avec nos clients et partenaires.

Nous avons apporté une réelle solution à de nombreuses familles qui chaque année nous remercient de proposer ce service. C’est une vraie satisfaction de pouvoir accompagner nos clients dans cet acte d’adoration. Le côté entrepreneurial est d’autant plus satisfaisant lorsqu’il implique une notion religieuse. On a cette sensation de travailler et à la fois d’accomplir une belle mission.

Al-Kanz : Vous acheter un mouton se résume pour l’internaute à quelques clics. Que se passe-t-il entre l’acte d’achat lui-même et la livraison du mouton chez le client ?
Roxane Derrahi-Tafazoli :
Entre les clics et la réalité, il y a de nombreuses étapes. Nous réceptionnons dans un premier temps les commandes de manière journalière (eh oui, les naissances ont lieu tous les jours !). Nous proposons à nos clients de pouvoir sélectionner la date de l’abattage en ayant la possibilité de respecter la sunna [la tradition prophétique, ndlr] avec, dans le cadre de la aqiqa, un sacrifice pour leur nouveau-né au septième jour de naissance.

Pour des raisons qualitatives, les abattoirs dans lesquels nous sacrifions nos bêtes respectent tous le même engagement : la qualité de vie des animaux et les conditions d’élevage doivent être propices à l’éthique et la charte qualité que l’on s’impose. Enfin, le sacrificateur cite le nom de l’enfant et du tuteur. L’agneau est alors suivi avec une étiquette mentionnant les deux noms.

Le processus de norme d’hygiène sanitaire nous oblige à laisser reposer la carcasse vingt-quatre heures avant de pouvoir apporter notre petite touche qui fait toute la différence pour nos clients : la découpe et la mise sous vide des agneaux. Cela permet à de nombreuses familles de se décharger d’une tâche laborieuse. Il faut rappeler que nombreux sont ceux qui n’ont pas les capacités d’effectuer un sacrifice.

Al-Kanz : Vous proposez, notamment pour l’aïd al-adha, des moutons bio. Avez-vous constaté une évolution du marché entre vos débuts en 2015 et aujourd’hui au point d’affirmer que les consommateurs musulmans sont plus exigeants et se tournent de plus en plus vers de la viande de qualité ? Peut-on parler selon vous de tendance, même si elle demeure minoritaire ?
Roxane Derrahi-Tafazoli :
Nous proposons des agneaux bio et label rouge tout au long de l’année, pas seulement pour l’aïd. Notre clientèle, fidélisée d’année en année, vient principalement chez nous pour la qualité. Nous avons cette chance de revoir les mêmes visages et d’en rencontrer de nouveaux.

Concernant l’exigence qualitative des consommateurs, nous constatons une demande de plus en plus forte notamment de moutons bio. Pour l’aïd, c’est le produit qui s’épuise le plus rapidement.

Allo mouton

Aujourd’hui, la question n’est pas seulement de faire un sacrifice. Elle est aussi de le faire dans les règles de l’art, avec une certification reconnue et sérieuse, mais également une qualité incontestable. Le consommateur musulman devient acteur de sa propre consommation, car on lui donne désormais le choix de pouvoir accéder et aspirer à de meilleurs produits.

Al-Kanz : Allo mouton est partenaire d’une quinzaine d’associations. En quoi consiste ces partenariats et pourquoi avoir mis en place cette activité non commerciale, et donc non lucrative ?
Roxane Derrahi-Tafazoli :
C’était une évidence depuis le départ. La communauté est généreuse, le don n’était donc pas une option, mais une nécessité. D’ailleurs, la sunna préconise de donner un tiers de son sacrifice à des personnes dans le besoin. C’est donc tout naturellement que nous avons démarché des associations qui ont tout de suite adhéré à notre fonctionnement !

Nous avons commencé en France. Nos partenaires viennent toutes les semaines récupérer des agneaux qui, tout comme pour nos clients particuliers, sont découpés et mis sous vide pour en faciliter la distribution et la préparation. L’essentiel de nos partenaires se concentre en Ile-de-France. Certaines associations proposent principalement des colis alimentaires aux familles bénéficiaires, sélectionnées sur critères sociaux, d’autres proposeront des maraudes.

Depuis septembre 2020, ce sont 220 000 repas qui ont été distribués à des bénéficiaires en situation de grande précarité. Nos donateurs ont bien entendu un suivi qui leur permet de connaître la destination et l’utilisation de leur don.

En 2020, Allo Mouton s’est internationalisé : nous avons ouvert le don à l’étranger. Nous proposons désormais des sacrifices dans certaines zones difficiles telles que le Yémen, le Pakistan, Madagascar ou encore certaines régions du Maroc.

Al-Kanz : Maintenant que le concept Allo mouton est bien rodé, vous pourriez le décliner à d’autres viandes ou d’autres secteurs. Votre société n’a dû reste cesser d’évoluer. Quels sont vos prochains projets ?
Roxane Derrahi-Tafazoli :
Notre objectif est avant tout de nous perfectionner encore plus l’existant, d’obtenir un produit et un service toujours plus qualitatif en visant l’excellence. Nous n’avons pas pour ambition pour le moment de nous étendre à d’autres viandes, car notre hyperspécialisation nous permet de nous démarquer dans le secteur. En revanche, nous ne mettons pas l’idée d’exporter notre idée de côté !

Enfin, nous sommes certains du potentiel d’Allo Mouton et des belles perspectives qui nous attendent dans les prochaines années in sha’a-Llah. On espère surprendre nos actuels et futurs clients très prochainement, mais on ne peut pas tout dévoiler aujourd’hui.

Visitez le site d’Allo Mouton : https://www.allomouton.com/



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