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Boycott Israël : « Il faut cibler un nombre limité de marques ou d’entreprises »

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Le génocide en cours à Gaza a remis sur le devant de la scène le boycott d’Israël et la campagne Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS), lancée en 2005 par des organisations palestiniennes. Interview de Monira, militante chez BDS France.

Al-Kanz : Commençons par une question très simple : qu’est-ce que BDS ?
Monira :
BDS (Boycott Désinvestissement Sanctions) est une campagne internationale lancée en 2005 par les Palestiniens pour d’une part mettre fin à la colonisation, à l’occupation et à l’apartheid, d’autre part exiger l’application du droit au retour des réfugiés. Cette campagne est le résultat d’une large coalition forte de la participation de 172 organisations de la société civile palestinienne.

Al-Kanz : Le boycott d’Israël n’est-il pas illégal en France ?
Monira :
Le boycott des produits israéliens est légal, malgré les nombreuses tentatives de criminaliser la campagne BDS. La confirmation de sa légalité est le fruit d’une longue bataille judiciaire :

  • En 2010 et 2012, les circulaires Alliot-Marie et Mercier — deux anciens ministres de la Justice de la présidence Sarkozy —, appellent à poursuivre tout individu appelant au boycott d’Israël. Les effets sont immédiats : onze militants BDS seront poursuivis et condamnés, y compris en appel. Ils épuiseront les recours jusqu’à saisir la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH).
  • En juin 2020, cette même CEDH condamne la France et rappelle que le boycott des produits israéliens est un droit : l’arrêt Baldassi confirme sa légalité considérant qu’il concerne « un sujet d’intérêt général, celui du respect du droit international public par l’Etat d’Israël et de la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés et s’inscrivaient dans un débat contemporain, ouvert en France comme dans toute la communauté internationale ».
  • En octobre 2020, le nouveau garde des Sceaux Eric Dupont-Moretti revient à la charge et publie une dépêche consacrée « à la répression des appels discriminatoires au boycott des produits israéliens ».
  • Enfin, le 17 octobre 2023, la Cour de cassation confirme la légalité du boycott qui « ne renferme aucune provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence et ne vise pas une société en raison de son appartenance à la nation israélienne, mais en raison de son soutien financier supposé aux choix politiques des dirigeants de ce pays à l’encontre des Palestiniens ».

En résumé, le boycott est légal. Sur cette dernière décision, chacun peut lire l’article suivant : L’appel au boycott de produits israéliens relève de la liberté d’expression.

Al-Kanz : Chacun comprend le B de boycott. Pouvez-vous nous expliquer concrètement ce à quoi font référence le D (désinvestissement) et le S (sanctions) ?
Monira :
Outre les campagnes de boycott décidées et organisées par ses soins, le Boycott National Committee (BNC), l’organe palestinien de BDS, propose des cibles de désinvestissement.

Il s’agit d’entreprises qu’il faut interpeller et sur lesquelles il faut faire pression pour qu’elles cessent toute complicité avec l’occupation israélienne. Citons par exemple le cas d’une entreprise espagnole implantée en France depuis 2008, Construcciones y Auxiliar de Ferrocarriles, qui s’apprête à construire la deuxième ligne de tramway de Jérusalem pour relier les colonies les plus éloignées au cœur de la vieille ville.

L’Etat d’Israël essaie de coloniser entièrement la ville et expulse régulièrement des Palestiniens ou les exproprie au profit de colons. C’est ainsi que Salah Hamouri, après des années de harcèlement, s’est vu révoquer son statut de résident de Jérusalem alors qu’il y est né et y a toujours vécu.

Participer à l’agrandissement de la ville de Jérusalem, passée de 38 kilomètres carrés à 125 kilomètres carrés, c’est clairement prendre part à la colonisation de la Cisjordanie.

Les sanctions sont le stade ultime de la campagne BDS. Pour faire cesser le déni systématique des droits des Palestiniens, il faut obtenir des institutions, des États et de l’Union européenne, des sanctions économiques, financières et diplomatiques contre Israël, mesures prévues par le droit international en cas de violations des droits humains. Les États ayant ratifié les conventions pour l’élimination du crime d’apartheid ou la convention contre le génocide ont le devoir d’intervenir pour faire cesser ce que subissent les Palestiniens.

Al-Kanz : Les sceptiques vous diront que le boycott de Monsieur et Madame Tout-le-Monde est sinon utopique, à tout le moins sans effet. Refuser d’acheter un maillot de foot Puma, une imprimante HP (Hewlett-Packard) ou de manger chez McDo ne servirait somme toute à rien. Bref, selon eux, le boycott d’Israël ne servirait à rien.
Monira :
Le boycott, ça fonctionne. C’est précisément pour cela qu’Israël a fait de la lutte contre BDS un point crucial de sa « lutte contre [sa] délégitimation ».

A partir de 2014, alors qu’il avait jusque-là toujours ignoré, l’Etat colonial commence à s’inquiéter sérieusement de son développement. « Il n’y a pas de menace militaire existentielle militaire, mais il y a le BDS », déclara d’ailleurs Amos Yadlin, ancien général, ex-chef du renseignement militaire israélien et membre du parti travailliste.

Benyamin Netanyahu, l’actuel Premier ministre, lui emboîtera le pas en créant un ministère des Affaires stratégiques et de la diplomatie publique, chargé précisément de la lutte contre la campagne BDS. Ce sera Gilda Erdan, l’actuel représentant permanent d’Israël aux Nations unies, qui en prendra la tête. Fort d’un budget de 30 millions d’euros pour la seule année 2016, ce dernier fut bien décidé à mettre tous les moyens possibles face à ce qu’il qualifiera de « menace stratégique de premier ordre ».

Cette année-là, Israël organisera une conférence anti-BDS à l’ONU et une autre toujours anti-BDS, gouvernementale, à Jérusalem. La guerre contre le boycott en général, notre mouvement en particulier, est déclarée par le président Reuven Rivlin lui-même.

Il faut préciser que cette lutte contre le BDS se conjugue avec un programme au service de la Hasbara, c’est-à-dire la propagande israélienne à l’étranger, en place depuis 2006 et intitulé « Brand Israël ».

Il s’agit d’un projet marketing, qui bénéficie de gros budgets et d’outils puissants, mais le produit à vendre n’est autre que l’Etat d’Israël lui-même, son image de marque. Dès 2010, le gouvernement israélien allouera un budget exceptionnel de 20 millions d’euros au dispositif « Hasbara marketing » pour investir dans les réseaux sociaux, notamment la formation par l’armée de « médias warriors », et diffuser largement la propagande israélienne.

Tous ces efforts contre le boycott doivent nous convaincre de son efficacité et que c’est précisément la voie à suivre.

Al-Kanz : Auriez-vous des exemples de succès remportés par le mouvement BDS ?
Monira :
Tout récemment, le 12 décembre dernier, nous avons appris que Puma abandonnait le sponsoring de l’Association israélienne de football (The Israel Football Association (IFA)). L’équipementier allemand explique que c’est un repositionnement lié à des considérations économiques, mais il ne fait aucun doute que la campagne BDS a joué un rôle dans cette décision.

Des militants BDS étaient à l’assemblée générale des actionnaires de l’entreprise où ils ont rappelé à Puma sa responsabilité, puisque six des clubs affiliés à l’IFA se situent dans des colonies illégales.

Cette victoire intervient à un moment dramatique. Les crimes génocidaires contre les Palestiniens devraient convaincre de nombreuses entreprises et de nombreux artistes et sportifs de refuser d’associer leur image à cet Etat d’apartheid.

Al-Kanz : Les entreprises, notamment les petites et les moyennes, comme les associations ont-elles un rôle à jouer ou le boycott s’adresse plutôt aux particuliers ?
Monira :
Tout le monde a un rôle à jouer. Nous ne savons pas quel élément précis fera basculer l’opinion et déclenchera des sanctions. Les petites entreprises peuvent participer à leur niveau, en refusant toute complicité, et même se faire déclarer « espace sans apartheid ».

Al-Kanz : Depuis plus de vingt ans circulent des noms de multinationales et surtout des listes à n’en plus finir de marques à boycotter ? Comment s’y retrouver ? Quelle est la bonne stratégie ?
Monira :
La bonne stratégie est celle adoptée par le BNC, à savoir celle de cibler un nombre limité de marques ou d’entreprises.

Les listes interminables ont deux défauts : le premier, c’est qu’elles peuvent noyer les cibles efficaces dans un océan de cibles inefficaces. Le deuxième, c’est qu’elles ont un fort pouvoir de démobilisation.

Chacun peut accepter de boycotter quelques marques ciblées, mais si l’on à l’impression que tout est à boycotter, on peut finir par douter de l’utilité de ce mode d’action.

Al-Kanz : On comprend aisément que cibler quelques grandes marques serait plus efficace. Pourquoi certaines et pas d’autres ?
Monira :
C’est le travail du Boycott National Comitee de définir les cibles. En fonction des complicités documentées par des ONG, la campagne BDS choisit les entreprises contre lesquelles le boycott peut être efficace.

Boycott Israel - Liste BDS des marques à boycotter
Al-Kanz : On comprend aisément que cibler quelques grandes marques serait plus efficace. Pourquoi certaines et pas d’autres ?
Monira :
On vise vraiment l’efficacité. Chaque campagne menée, nous devons être capables de la gagner.

Al-Kanz : Comment celles et ceux qui liront cette interview peuvent concrètement soutenir l’association BDS ? Peut-on y adhérer, la soutenir financièrement ? Peut-on mettre à disposition des compétences (graphisme, stratégie Web, relations presse, rédaction, etc.) ? Les plus motivés d’entre nos lecteurs peuvent-il mettre sur pied une antenne locale dans leur commune, qu’il s’agisse d’un village ou d’une grande ville ?
Monira :
Nous venons de diffuser un appel à action qui concerne le géant de la grande distribution Carrefour, dans lequel nous indiquons les actions à mener.

Les lectrices et les lecteurs d’Al-Kanz peuvent nous rejoindre et soutenir nos actions, imprimer des tracts à distribuer, parler au maximum autour d’eux et sur les réseaux sociaux de BDS… Nous avons besoin de personnes qui sont dans la communication et qui connaissent le graphisme et les réseaux sociaux.

En réalité la campagne BDS a besoin de toutes les bonnes volontés. Alors, n’hésitez plus, rejoignez-nous !

Boycott Israël - BDS - 5 actions à mener
Pour plus d’informations ou prendre contact avec l’équipe française de BDS, rendez-vous sur le site officiel : www.bdsfrance.org. Abonnez-vous à leur compte X (ex-Twitter) : @Campagnebds et Instagram : @campagnebdsfrance.

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